2012 Origole

Les épisodes précédents du trail « On ne rigole qu’au départ ! » :

            -2009 : 75km, de la boue et encore de la boue, 300 au départ, à l’arrivée 110… Tout le monde n’aime pas la boue !  38ème en 11h11

            -2010 : 75km Neige 200 inscrits sur le grand trail, à l’arrivée 104… La neige ne fait pas toujours que des heureux…  37ème en 11h09

            - 2011 pas de course ; difficile pour les organisateurs d’obtenir toutes les autorisations.

 

            Cette année, je retourne vers l’enfer accompagné de Sébastien. Bon pour une première fois, Sébastien a choisi de participer au p’tit choun : Mon nouveau compagnon va devoir parcourir la boucle d’Orlande : Difficulté moyenne. Les organisateurs nous annonce une rallonge de 2 kilomètres pour cette boucle. La raison. Toujours ces bons dieux d’autorisation qui n’arrivent pas. Faut faire un détour !

 

            Pour ma part, je ne change pas mes habitudes : Le grand trail de 75km avec ses 3 boucles : La boucle de Sébastien (j’ai droit aussi au 2 kilomètres en plus. M’enfin, personnellement je ne crache pas dans la soupe ; 2 km en plus c’est toujours ça de pris), La boucle du coupe-gorge (la plus facile) et on termine par la boucle de l’Artoire (la plus difficile ; Celle qui vous achève).

 

            Petite présentation comme vous pourriez les trouver dans une brochure à l’office du tourisme avec quelques notes de l’auteur.

 

1: Boucle d'Orlande

Distance de 29 km avec 660 m de dénivelé positif et quelques difficultés (elles ont un peu surpris notre Sébastien)

Vous rejoindrez les Etangs de Hollande* par des sentiers (ils sont boueux alors on galère un peu), traverserez le domaine de Plainvaux et ses fougères (là le sol est carrossable), passerez devant le magnifique Château des Mesnuls (on ne voit pas grand-chose car il fait nuit), grimpez au Camp Romain pour rejoindre l’Etang des Maurues avant de retrouver les Etangs de Hollande et revenir vers le centre ville (en fait seul le bitume est sec !)

 

2: Boucle du Coupe Gorge

Distance de 22,5 km avec 270 m de dénivelé positif et quelques petites difficultés (elles ne sont pas nombreuses, mais il y a une traversée d’un chemin très marécageux qui est galère)

Vous découvrirez un magnifique panorama sur l’Etang du Perray (toujours de nuit…), puis forêt de Rambouillet et retour  en passant par l’Etang du Gruyer et l’Etang du Coupe Gorge. 

 

 

3:Boucle de l'Artoire

Distance de 25,150 km avec 970 m de dénivelé positif et relativement difficile (le mot « relativement » cache une tout autre réalité !)

En longeant l’Etang du Perray, vous rejoindrez les Vaux de Cernay (les organisateurs ne savent pas tracer des lignes droites !) avec retour par les rigoles.  Pas beaucoup d’info sur cette boucle : Ca doit bien cacher quelque chose !

 

            Ce trail présente deux difficultés :

                                   - Un, le terrain boueux

                                   -Deux, des pentes, certes pas longues, mais casse-pattes !

 

            La combinaison de ces 2 paramètres en fait un trail dur : Les taux d’abandon oscillent entre 50% et 60%. Si je le compare à l’AMT (88km 4800m de dénivelé et des pourcentages à vous scotcher en bas de la montée) et bien l’AMT, avec ses 20% d’abandon, ne parvient pas à concurrencer notre Origole. Comment un trail parisien peut-il battre à plate couture un trail ardennais ? Réponse à lire.

 

            Cette année le temps est clément. Certes le terrain est humide, mais il fait froid : Nous allons courir sur des portions durs : Merci le gel. Sébastien connait bien le coin : Mon compagnon est confiant. Je le suis aussi. Dans la première boucle, je vais tenter de lancer Sébastien dans la course. Le lancer n’est pas un problème. L’inconnu se situe dans une seule question : Vais-je tenir ? Car le Sébastien, il enquille. Et pour lancer notre Sébastien, il ne va pas falloir mollir ! Mais les vieux, lorsqu’ils parlent aux jeunes, se doivent de trouver le ton le plus paternaliste pour les avertir du danger qu’ils les attendent. Comme vous l’avez compris la boue est l’ennemie des performances. Donc Sébastien ne doit pas lâcher les chevaux tout de suite ; Il va falloir patienter le plus longtemps possible. Mon rôle est de lui donner le tempo. Il ne faut pas aller trop lentement non plus. Même si pour le grand trailer (80km à parcourir suite aux petites modifications), se serait préférable. De toute façon j’ai mon plan. Repos dans la deuxième boucle et attaque dans la dernière.

 

            Nous ne nous positionnons pas trop loin des premiers pour ne pas se trouver dans les embouteillages. J’explique pour les non-initiés que cette position est néanmoins dangereuse. Et oui ! Un gros risque nous attend : suivre des trailers très affutés et qui nous mettent sur une orbite d’où on ne revient pas ! C’est pour cette raison que normalement je me place plutôt en queue de peloton. Mais sur des distances courtes le départ est important. Alors prenons place parmi les gazelles et concentrons nous sur notre course. Comme d’habitude, le départ est donné dans une sorte d’anonymat : On ne peut pas vraiment dire que les autochtones soient très attirés par cet évènement.  Enfin. Ici ce n’est pas la croisette… On ne vient pas pour s’y faire voir. Plutôt pour se limer les dents !

 

            Cette année la boucle est prise à l’envers : Le démarrage s’effectue par la fin et donc le début de la boucle 2010 devient la fin de la boucle 2012. Vous avez suivi j’espère. Pan le départ est donné. Nous nous élançons dans les rues du Perray en Yvelines. Le rythme est bon. L’avantage de prendre la boucle d’Orlande à l’envers (Sébastien ne peut pas savoir que l’on a prise à l’envers car c’est son premier Origole. Donc pour lui la boucle se fait dans le bon sens. Vous continuez à suivre j’espère !) est la facilité de doubler car la fin (référence à 2010) est plus large. Tous les départs se passent avec une grosse densité de coureurs au mètre carré. Mais cette année nous pouvons doubler tranquillement sans subir les embouteillages de la version 2010. Mais attention, en commençant par cette fin de boucle (pas trop embêtant à suivre cet épilogue !) nous attisons notre faim de vitesse. D’ailleurs les premiers mètres de sentiers tendent à pousser les trailers à courir vite ; Le chemin est gelé et très carrossable. Il faut être vigilent. La boue ne doit pas être bien loin. Pour le moment, chaque trailer participe à la sécurité de son poursuivant en donnant l’alerte : « Attention, pierre (pas le trailer, le minéral). Attention, tronc. Attention et ainsi de suite. ». Dans 1 ou 2 heures ses voix vont s’éteindre : L’Origole aura fait son travail de sape. C’est l’Origole qui est le maître à bord alors « vos gueules les mouettes ! ». Sébastien est bien. Faut un peu le retenir mais tout se passe nickel. Je le conseille : « Dans les passages de boue (vous avez compris qu’il y en aura un paquet), il ne faut pas perdre de l’énergie à les éviter. Le mieux c’est le tout droit. Tant pis pour les baskets... ». Sébastien m’interroge : « Ce n’est pas la boucle la plus dure ? ». Et non. La boucle d’Orlande est de difficulté moyenne. Et quand on dit « difficulté moyenne » c’est pour la comparer à la Boucle de l’Artoire. Mais déjà cette première boucle entame le physique des trailers. Beaucoup de trailers abandonnent à la fin de cette boucle. Elle a tendance à vider nos corps.

 

             Sébastien connait bien le coin mais il ne voyait pas la forêt avec tant de dénivelé et aussi raide. Faut dire que les organisateurs de trails ont une propension à suivre la règle suivante : Tu monteras par là puis descendra par ici et encore tu remonteras par là… Et l’Origole ajoute à ces difficultés habituelles : tu glisseras par là, tu tomberas par ici et tu recommenceras un peu plus loin… Malgré tout, petit à petit le rythme devient de plus en plus soutenu. Les décibels se propagent dans la forêt. Sébastien peut y aller. Je dis à Sébastien : « Vas-y. Moi je dois réduire mon allure pour tenir jusqu’au petit matin. Je vais me refaire une santé dans la deuxième boucle ». Nous nous séparons. Sébastien continue sur sa lancée tandis que je descends d’un cran mon allure. Je ne le reverrai plus. Par contre, mon Sébastien, lui m’entendra encore pendant un sacré bout de temps ! Ah, ces poumons ! La boucle n’est pas terminée. Je rattrape une paire de trailers qui me font une confidence : Ils pensaient qu’un hibou les suivait. Ils furent un peu surpris qu’en guise de grand duc ils avaient un petit citoyen à leur trousse.

 

            Trois heures quarante deux minutes plus tard je retrouve Sébastien, rassurez-vous c’est le ravito : Pour lui le contrat a été bien rempli. 20ème en 3h33mn. Sébastien me dit qu’il n’aurait pas pu faire le grand trail. Je crois qu’il n’est toujours pas revenu du dénivelé. Nous discutons pendant que je me ravitaille et que je décontracte les jambes. Je les ai pas mal sollicités. A la fin du parcours, les crampounettes se sont installées dans mes mollets. Je repars avec les encouragements de Sébastien. La deuxième boucle est la boucle de « récup » !

 

            Les jambes ressentent les crampes de la boucle d’Orlande. Je m’arrête un peu pour faire quelques étirements. Je repars à petites foulées : Celles du groupe 2. Le silence de la nuit a repris ces droits : On ne m’entend plus… Dans les côtes, mes jambes ne sont pas à la fête. Ce n’est pas que le pourcentage de grimpette soit excessif, c’est plutôt que qu’Orlande est encore présente. Heureusement que les bâtons sont là pour m’arracher des passages critiques. Vous l’avez compris je suis un peu en galère : Je n’ai pas à me plaindre c’était un peu couru d’avance ! Arrive le passage, pour moi, mythique de cette boucle : Un chemin de plusieurs centaines de mètre, marécageux où chevaux et gros véhicules ont fait leurs traces. Et vous, vous arrivez avec vos trails (et vos peines, et, pas de cœur !) dans ce bourbier (c’est pour résumé). Au début, vous faites attention à ne pas poser vos pieds indélicats dans des zones trop humides. Vos yeux scrutent le chemin. C’est vrai qu’il est large et que l’on peut chercher la moins mauvaise des traces. Bon, je vous avoue qu’éviter les grandes mares d’eau boueuse c’est possible. Mais pour le reste ! Je tente une petite pointe de vitesse ; Le marécage est là. Splash ! La basket gauche vient de plonger dans une mare de boue Je n’ai pas pu contrôler l’accroche : il n’y en avait pas ! Je remonte le pied. Le talon de la basket reste coller à la boue. Et pourquoi me diriez vous !?!

 

La minute scientifique :

            L'effet Venturi, du nom du physicien italien Giovanni Battista Venturi, est le nom donné à un phénomène de la dynamique des fluides où il y a formation d'une dépression dans une zone où les particules de fluides sont accélérées (euh, dans mon cas l’accélération est négligeable !). Plus simplement  l'effet Venturi peut être utilisé pour créer une dépression et ainsi réaliser une aspiration

            Lorsqu’on applique une ventouse sur un substrat solide (la boue serait-elle considérée comme solide ? “To be or not to be” éternelle question), on chasse presque tout l’air. Lorsqu’on augmente le volume de la ventouse en tirant dessus (dans mon cas c’est le talon qui se lève), sa pression interne diminue (vous suivez !?!).

            La force qu’on exerce en tirant est égale au produit de la surface par la différence de pression entre l’intérieur et l’extérieur (bon on se passe de la formule, nous ce que l’on veut c’est que la basket reste accrochée au talon).

            En bref, si la ventouse résiste, c'est parce qu'en tirant, on lutte contre la pression atmosphérique (et pas que la pression atmosphérique !).

            Lorsqu'on tire suffisamment fort, la déformation de la ventouse permet à l'air d'entrer (là vous êtes sauvez, vous ne rentrez pas pied nu !).

 

            Ce que ne dit pas M. Venturi, c’est le bruit que fait l’entrée d’air dans ce marécage nauséabond. Bruit sec et court mais bienfaiteur ! Rapide coup d’œil. La basket est là bien présente. Ouf ! Je ne prends plus de risque, je marche : Les particules sont moins accélérées comme ça. Le trail cela devient de plus en plus complexe !!! Tant pis pour la stabilité, mais je ne pose plus le pied à plat pour diminuer la force de l’italien (puisqu’elle est proportionnelle à la surface). On s’enfonce un peu plus. Les baskets sont de plus en plus sales. Tant pis ! On les fera tremper pendant une bonne semaine avec un changement de bain en milieu de semaine… Bon, je ne suis pas venu là pour laver mon linge sale, même en famille ! Cette boucle, soit disant la plus facile, n’était pas de tout repos. Espérons que j’ai récupéré tout de même.

 

            Le ravitaillement approche. Pour la deuxième fois je me retrouve dans le gymnase. J’ai perdu une trentaine de place ; J’ai mis, à une dizaine de minutes près, le même temps que dans la boucle précédente. Pas normal. Enfin si. L’objectif était de récupérer et donc la vitesse de croisière a été faible. Mince, je viens de perdre ma prime !?!

 

            Après avoir rechargé le mulet (c’est moi, enfin mon estomac), je repars. Les jambes ne sont pas fraiches. Je repars tranquillement. La bête ne doit pas s’affoler si elle ne veut pas mourir. Très rapidement la densité de population diminue jusqu’à ce que je me retrouve au milieu des bois sans âme qui vive. Les yeux doivent s’écarquiller pour ne perdre notre fil d’Ariane : Les rues-balises. Tant que la pénombre est présente le repérage n’est pas trop difficile. Les rues-balises sont rétro-réfléchissantes. Ah, j’allais omettre de vous parler du terrain. Pentu à souhait. Un peu gras. La forêt et ses fougères poussent sur un humus dense. Un régal. J’ai repris un peu du poil de la bête. Par -5°C, ce n’est pas inutile ! D’ailleurs je rattrape quelques trailers. Le souffle reprend du volume. Du coup, je me suis fait un copain invisible. Je n’ai pas recherché non plus à le rencontrer… Un hibou hulule depuis plus d’une demi-heure ! Il me suit tout bêtement. Ce n’est pas très chouette (je n’ai pas pu m’en empêcher !) de ma part, mais, je n’ai pas répondu à ses avances ! Je pense à mes deux compères qui m’avaient pris pour un hibou. Moi qui croyais que je soufflais comme une vieille locomotive à vapeur. Et bien non. Cette nuit des  hommes et une nature m’ont renvoyé à mon image : Grand Duc ou Petit Duc, allez savoir… J’ai fini par lasser mon hibou. Mon souffle ne trouve plus d’écho.  Les cuisses et le moral sont mis à rude épreuve. A peine avoir escaladé le versant d’une difficulté que l’on doit redescendre pour recommencer aussitôt. Dur, dur d’être un trailer dans le coin d’Auffargis. Je regarde ma montre. Ma parole, je vais mettre cette fois-ci plus de treize heures. Difficile de le savoir. L’heure je l’ai mais pas le nombre de kilomètres à parcourir. Je suis incapable de vous dire si j’ai parcouru moins ou plus de la moitié de la boucle !?! Une seule certitude : Il faut continuer à monter et à descendre ces pentes, boueuses parfois. Je commence à reconnaître les lieux : Je m’approche d’Auffargis. Dans une petite bourgade, des villageois m’annonce qu’il me reste 4 à 5 kilomètres à faire. Je rassemble mes forces pour allonger la foulée. Je viens de passer en survitesse. Le cerveau, tient le revoilà, émet un doute sur la distance. Nous ne sommes pas encore à Auffargis et il reste la distance Auffargis/Le Perray en Yvelines à courir. De plus les organisateurs ne sont pas du genre à tirer des lignes droites ! J’les connais ; Nous avons fait le trail « Ardennes Méga Trail » ensembles. Pas des enfants de cœur donc. Ce n’est pas grave, si  je cours ce n’est pas pour réfléchir. Donc  on fonce ! La seule chose dont je suis sur c’est que l’écurie n’est plus très loin. Je continue donc de souffler comme un bœuf, ou, …, peut-être comme un cheval ! En ce moment on ne sait plus trop… Enfin mes pieds foulent la ville d’Auffargis. Cela doit faire au moins 3/4 kilomètres que je réveille les alentours. Un groupe m’applaudit en m’indiquant qu’il me restait 4 à 5 kilomètres à parcourir ! Le grand classique des spectateurs : Quelque soit l’endroit où ils se trouvent ils ne connaissent qu’une seule et même distance ! Enfin c’est aussi ça, le trail… Par contre les cuisses, elles sont entrain d’abdiquer. La situation est bizarre mais très claire : Le physique général est relativement frais mais les cuisses. Oulala. Ce n’est pas tant les cuisses qui sont cuites. C’est juste les muscles : Le droit antérieur n’en peut plus, le crural est à genou, le vaste externe est au placard et l’interne est exténué. Bref, les quadriceps droit et gauche sont rincés de chez rincés ! Je termine donc les derniers kilomètres en alternant marche et simulacre de course. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas terminé une course sur les genoux.

 

            L’Origole a encore frappé : 157 arrivants pour 350 partants (55% d’abandons).

 

            Et pourquoi tout ça? Chercher la réponse dans le lien ci-dessous. Vous aurez plus qu’un embryon de réponse…

http://cotentrail.over-blog.fr/article-113320894.html

 

            Vous pouvez féliciter Sébastien de sa course : Il arrive 20ème sur 147 arrivants. Il a parcouru les 31km en 3h33mn soit une vitesse moyenne de 8,74km/h.

 

Mes temps de passage :

             1ère boucle dénivelé = 660 mètres 31 km en 3h42 68ème 8,41km/h sur 346 arrivants.

            2ème  boucle dénivelé = 270 mètres 52,7km en 7h14 95ème 7,28km/h sur 241 arrivants (la boucle en 3h32 21,7km è 6,1 km/h)

            Grand trail dénivelé = 970 mètres 80km en12h05 79ème  6,61km/h sur 157 arrivants (la dernière boucle en 4h51 27,3km è 5,6 km/h)