2011 Bretagne Ultra Trail

BUT, Bretagne Ultra-Trail, vous propose pour la 2ème édition deux courses : le 120km et un 64km pour les ceusses  dont le cerveau fonctionne encore correctement. Le mien a jeté l’éponge depuis longtemps : il ne tente plus de me dissuader de m’inscrire dans des courses de folies. Je me suis inscrit sur le 120km. C’est  beau la folie ; Et le BUT est une folie de beauté : un paysage magnifique agrémenté d’un magnifique parcours. Il faut le faire pour le voir !

            Je pars avec une ambition : faire mieux que l’année dernière. J’avais terminé en 17heures et une poignée de secondes mais complètement cuit. Donc je vise un temps de 16 heures et finir seulement à demi-cuit !!! Pour arriver à cet objectif, il faut que je parte moins vite. Faut dire que le parcours vallonné a tendance à vous faire sortir votre cheval de votre moteur. L’année dernière je suis arrivé au gros ravitaillement de Plouay (55ème kilomètre environ) en 6h30. Après j’étais reparti avec deux poteaux ! La fin fut très bretonne : Un calvaire.

            Bon revenons au présent. Après avoir réussi à faire toutes les formalités en urgence : Arrivée le vendredi à 21h10 pour récupérer mon dossard (théoriquement la limite était 21h). Les organisateurs me reçoivent chaleureusement. Ensuite direction le camping du Kérou où je retrouve mon emplacement de l’année dernière. Pendant que je monte ma tente, le cuistot du restaurant du camping me prépare mon plat de pâte. Je mange avec les personnes qui s’occupent du camping : je fais une nouvelle fois la fermeture. Ambiance chaleureuse, mes compagnons m’invitent à danser. Je décline l’offre et m’en vais préparer mes affaires. Le réveil de mon portable est réglé à 2h00. Je dois prendre le car de 3h00 qui doit nous amener au départ. Il est 11h30, extinction des feux.

            Le portable sonne. Il est bien deux heures. Je regarde machinalement ma montre : 3 heures !!! Pu…. de Di... Tout de suite, je comprends : j’ai laissé mon téléphone à l’heure d’hivers. Je saute dans mes trails. Je ramasse ma bouteille d’eau, je prends mon pain d’épice et une bouteille de jus d’orange (c’est soit disant pour les petits réveils en douceur) et je te fourre tout ça dans mon sac à dos. Je sors de la tente en catastrophe et je tente d’arriver avant que les cars ne s’en aillent. Les 120km démarrent par un sprint : J’ai 400 mètres à faire. En cours de route mon sac s’ouvre et je perds une bouteille. Je fais demi-tour. Je referme comme je peux. Je repars : le turbo est activé plein gaz. Je vois les feux des cars qui s’agitent. Ils manœuvrent. Ca y est, je suis là sur la place devant les cars. La porte est ouverte. Je demande au chauffeur : « Y-a-t-il une place ? ». Réponse affirmative. Je monte aussi sec avec un Ouf de soulagement. Christophe, un camarade de course (nous avons couru ensemble le BUT 2010 et la course des châteaux 2009) est surpris de me revoir. Il  me dit : «C’est bête que l’on ne se soit pas vu hier je t’aurais réveillé». Autour les trailers sont médusés : Un abandon a été évité de justesse. Le car démarre puis 500 mètres plus loin s’arrête. Un Tee-shirt vert git par terre. C’est le mien. Je descends le récupérer. Une fois la respiration retrouvée, Je raconte ma déconvenue. Puis,  je me mets à ranger mon sac méthodiquement. Maintenant j’ai le temps. Ma clé de voiture ?!? La petite pochette est ouverte. No. de Di.. elle est tombée aussi. Je crois savoir où elle est tombée. Je demande au chauffeur de s’arrêter, je suis obligé de descendre. Nous avons fait 7,5km. Tant pis, je n’ai pas d’autre solution. Je descends en m’excusant et souhaitant une bonne course à tout le monde. J’ai envie d’hurler mais il bien tôt ! Je n’ais pas le temps de faire 10 mètres qu’une camionnette s’arrête. Peut-être un coureur ? Je fais le tour de la camionnette. Je raconte rapidement ma mésaventure pour lui dire qu’il peut continuer sa route. Et la réponse est inattendue : Le chauffeur me dit : «Monte. Je te ramène. On va tenter de la retrouver ». Illico et presto, je me retrouve à la place du passager. Je lui raconte la précipitation des évènements. Nous arrivons au Pouldu. Là c’est la ruelle à gauche. Nous remontons vers le camping. Je lui explique que j’ai mis la clé est dans une pochette plastique. Là, elle est là au milieu de la ruelle éclairée par les phares .La camionnette s’arrête. Aujourd’hui, je tiens mon Graal dans la main. Je remonte dans la camionnette et lui dit : « Si tu avais été une femme je t’aurais embrassé ! ». Il me répond : « Euh, ce n’est pas la peine ! ». Heureux, je suis heureux. Mon Sauveur m’a évité une grosse galère.

            Et maintenant, nous repartons pour l’Abbaye de Guern. Mon Saint Sauveur (j’ai suffisamment blasphémé aujourd’hui) se prénomme Christophe et est le Webmaster du site Yanoo.net. Tout en m’alimentant, nous discutons. Christophe va suivre la course des trailers de tête du 120km.  Bon on ne se verra pas, je serai dans le peloton derrière.  Pour le moment, il s’agit de rallier le départ. L’Abbaye est dans un trou perdu. L’année dernière les chauffeurs de car avaient eu aussi quelques difficultés pour nous amener au point de départ. Heureusement le GPS nous indique le chemin à suivre. Nous arrivons avec une vingtaine de minutes d’avance. Christophe est parti faire des photos, moi je remplis mes gourdes. Je revois l’autre Christophe (le trailer) surpris et heureux de me revoir. Je lui raconte bien évidemment la bonne providence nommée Christophe (vous suivez j’espère…). Bon, on va pouvoir  faire le trail ensemble. Les trailers sortent du café des anges. Le départ approche. D’abord le briefing : Attention, il y a une course balisée de VTT sur le parcours, il faut bien suivre le s balises rouges et blanches « le télégramme ».

            Il est cinq heures, nous partons. Je viens de faire à peine une centaine de mètres que déjà je suis obligé de m’arrêter : le lacet gauche s’est défait. Mon réveil éclair ne m’a pas permis de faire le double nœud. Je m’arrête. Christophe m’attend. 2 trailers s’arrêtent aussi : c’est la voiture balai ! Il ne faut jamais être derrière eux ! Sinon c’est synonyme d’abandon. Nous repartons. La cadence pour un 120km est dynamique. Nous doublons. C’est au tour de Christophe de faire un arrêt technique. Nous repartons. Mon deuxième lacet s’est défait. J’attends une côte pour le refaire : Cela va éviter de perdre trop de distance par rapport aux autres candidats. Enfin la côte. J’en profite pour doubler cet arrêt d’un arrêt technique. Le litre de jus d’orange que j’ai bu n’est surement pas étranger à cet arrêt technique. Cette fois-ci je repars seul. Christophe est devant et sait que nous nous reverrons. J’ai moins de 120km pour le rattraper. Normalement la jonction devrait être faite en une trentaine de minutes. La nuit s’estompe petit à petit tandis que mon estomac grogne un peu. Les yeux peuvent profiter d’un paysage boisé à demi sauvage. C’est dans la vallée de la Sarre que je retrouve Christophe accompagné d’un couple de trailers. Nous courrons vers la chapelle de Guelhouit. Je m’y arrête pour faire quelques photos. La luminosité est un peu juste. Cette chapelle mérite le détour.

            Un peu de culture : Le vallon de la Sarre abrite au pied d´une colline la chapelle du Guelhouit et son reposoir, connu sous le nom de «scala». On y honore à la fois Notre-Dame et saint Isidore dont le patronage semble avoir prédominé. Saint patron des laboureurs originaire de Madrid, il est très vite adopté par les Bretons après sa canonisation au début du XVIIe siècle. La chapelle fut édifiée en 1683, à l´emplacement d´un ancien sanctuaire, grâce à l´octroi d´indulgences accordé par le pape Clément XIV à la confrérie de saint Isidore. La fréquentation du pardon est telle qu´en 1885, l´abbé Constant Daniel fait construire comme à Quelven, un sanctuaire de plein air, la chapelle étant devenue insuffisante pour l´affluence des pèlerins. Les pardons de saint Isidore et de la Vierge donnaient lieu à des processions et des fêtes qui duraient toute la journée. La grand-messe et les Vêpres étaient célébrées en plein air devant la « Scala », les femmes se tenaient d´un côté, les hommes de l´autre, face à l´autel. L´architecte parisien Douillard, chargé du projet, aménage la pente de la colline en plusieurs terrasses desservies par des degrés et dominées par un reposoir encadré de deux fontaines de dévotion. Le plan allongé polygonal, couvert d´un toit à croupe brisée, confère à la chapelle une impression d´écrin, accentuée par les arbres environnants. La sacristie à étage construite en alignement à l´est est une adjonction du 2e quart du XVIIIe siècle.

            Pardonnez-moi, mais ma halte fut courte. Je repars. Nous passons devant une vieille chapelle (chapelle de la Madeleine 16/17ème siècle) : Nous quittons alors la vallée de la Sarre. Dans quelques dizaines de minutes, nous allons traverser un village moyenâgeux : Le village de l’an mil. Il y a deux passages magiques sur ce trail : Ce village et les roches du diable.

            Maintenant un peu de tourisme culturel : Situé à proximité de Melrand, ce village fut déserté par ses habitants quelques siècles après sa création. Les vestiges sont bien conservés et ont fait l'objet de recherches scientifiques. Il est le témoignage de la vie des paysans bretons aux environs de l'an mil. Aujourd'hui, en plus de la visite des vestiges archéologiques, on peut y visiter une reconstitution du village, architecture des maisons, fours de potier et four à pains. Les animaux des races rustiques y sont présents, mais aussi un jardin qui accueille des plantes du moyen-âge où l'on peut découvrir leurs vertus thérapeutiques. Les vestiges du village, on voit l'architecture de pierre formant chaque maison, ainsi que le foyer central. Méthode de construction de la maison. Les murs de faible hauteur sont constitués de deux parements et d'un remplissage de pierres lié avec de la terre argileuse. Le toit couvert de chaume enveloppait complètement la construction presque jusqu'au sol. La charpente est composée de chevrons maintenus à leur base par une perche de bois. L'ensemble de la toiture est solidement fixé par des tresses végétales. Le foyer se trouvait au centre, la fumée s'échappait par la porte ou par une ouverture dans le toit. Une partie de la maison servait d'étable, hommes et animaux vivaient ensemble, permettant ainsi aux hommes durant l'hiver de profiter de la chaleur des animaux. L'équipement de ces maisons est très limité. Peu d'objets en métal, beaucoup de vaisselle en céramique et des objets en bois. L'alimentation se compose principalement de bouillies et de potées complétée par la chasse. Le pain est cuit dans le four à proximité des habitations. (Site internet du Village de l'an Mil : http://www.melrand-village-an-mil.info).

            Je vous avoue : je n’ai pas tout vu ! La course garde ses droits : le sport avant tout ! Après donc un bref arrêt, je repars une nouvelle fois. Il doit me rester une petite centaine de kilomètres à faire. De nouveau je retrouve mon Christophe. J’ai une mauvaise sensation dans les jambes : Je les trouve lourdes. Et j’ai toujours mon estomac qui chante la balade des jours pas très heureux. Nous faisons la route à trois. J’observe les environs. Il faut que je me trouve un petit coin tranquille.  Là à gauche en surplomb du chemin. Après avoir libéré une charge pondérale bloquée dans les intestins, je me relook ! Changement de Tee-shirt (le fameux vert qui gisait lamentablement sur la route au Pouldu) et élimination des brindilles qui se trouvent dans mes trails. J’avais pris des petites guêtres mais ce matin je n’ai pas eu le temps de les mettre ! Pendant ce temps je vois passer plusieurs groupes de concurrents. La chasse va bientôt être ouverte. La halte a duré une bonne vingtaine de minutes. Je repars. Je suis de nouveau seul. Bon, cette fois-ci, pour rattraper tout ce monde il va me falloir plus de temps que les fois précédentes. Il faut néanmoins partir à son rythme et ne pas oublier qu’il y a les balises « Télégramme » à suivre. De plus les douleurs du ventre deviennent de plus en plus gênantes. Ma ventrale titille mon ventre à chaque foulée. L’objectif est simple : Retrouver des bipèdes sans se tromper de chemin. Pour le moment je maintiens une foulée honorable. Bubry s’annonce : « Bienvenue à Bubry ». Et toujours pas de bipède. J’arrive à une intersection en forme de T : Le chemin d’où j’arrive débouche sur une route. Pas de balise en vue : ni à droite ni à gauche. J’ai une balise « Télégramme » sur le chemin. Donc jusque là pas d’erreur. Au hasard, je prends à gauche. Je réduis le rythme. Toujours pas de balise. Que faire ? Demi-tour ou continuer ? Je m’arête. Je sors le road-book. Bon, je ne sais pas où je suis. Je continue.  Ah ! Enfin une balise VTT avec notre balise blanche et rouge. Je scrute l’horizon. Là-bas. D’autres balises blanches et rouges. Je reprends mon rythme. Puis au loin un petit groupe de bipèdes. Euh ! Petit problème. Ils sont en sens inverse. Ah, ils tournent à droite. Il y a eu surement une erreur de navigation : soit eux ou soit moi ! Quelques secondes plus tard, un autre groupe : eux aussi dans le sens inverse. Bon, il eût fallu alors que je tournasse à droite à mon embranchement. Je retrouve le couple de trailers avec qui j’avais couru. Je m’inquiète : ont-ils passé le Ravitaillement de Bubry ? Non. Nous y arrivons. Ils croient que j’ai fait un long détour. Je leurs explique que non. J’étais derrière eux car j’ai du m’arrêter. L’homme me raconte : apparemment nous sommes quelques uns à s’être perdus. Ils avaient demandé aux vététistes de baliser que l’après-midi. Ils n’ont pas suivi la demande des organisateurs du trail. Maintenant, je comprends mieux à la vue deux de balises: les balises des vététistes sont blanches et rouges mais il est inscrit « Sport 2000 ». Le vent nous a joué un sale tour : les balises étant vrillées par le vent, l’inscription n’apparaissait plus clairement. Je faisais attention à la forme pas à l’inscription !

            Ravitaillement de Bubry : La civilisation. Beaucoup d’homo sapiens : Une bonne quinzaine. On raconte. On mange. On boit. Et on repart. Je change une nouvelle fois de compagnon de route. Nous avons vécu la même expérience l’année dernière. Il est arrivé à Plouay en 6 heures. Puis très dur pour lui, il a terminé en 18 heures. Nous avons tous les deux le même objectif : Rejoindre tranquillement Plouay en 7 heures environ et éviter ainsi un final à l’arrache (tout dans la tête et plus rien dans les jambes). Au détour d’un pré, nous faisons une halte photo. Puis nous repartons. Un signaleur nous informe sur nos places : nous sommes 51 ème  et 52 ème. Mon ventre devient de plus en plus douloureux. J’ai baissé le rythme. Je me sens faiblir. Il faut que je m’arrête. Je vois une maison d’où une vielle dame regarde passer les coureurs. Mon compagnon continue : je lui ai dit de ne pas m’attendre. Je trouve une charmante bretonne d’antan. Ses toilettes me sauvent. Je me vide. Je repars mais au bout de quelques minutes je m’arrête pour récupérer. Panne sèche. Il doit me rester au moins 2 heures de course. Je repars. Maintenant même les descentes sont abordées en marchant. Je cours un peu dans le secteur du « bugul noz ». L’année dernière j’avais un peu attaqué dans cette portion de dévers, de montées et de descentes. Cette fois-ci c’est moi qui suis attaqué ! Lentement mais surement l’allure baisse. Ca y est cette fois-ci c’est la panne sèche. Plus qu’un objectif : Rejoindre Plouay. Là-bas, soit j’abandonne soit je me refais une santé. Les trailers qui me doublent m’encouragent. Je leur souhaite aussi courage. La route est encore longue. Puis je me fais rattraper par mon Christophe. Que fait-il là ? Il aurait du être devant. Et bien il fait parti des heureux gagnants : il s’est perdu avec la dame qui l’accompagne et a donc gagné quelques kilomètres supplémentaires en prime. Christophe est un peu usé. Il marche avec moi. Je l’encourage à repartir ; La voiture balai ne doit pas être bien loin. Il me répond : « Non. Nous sommes en 70ème position environ. Il y a encore du monde derrière ». Nous discutons de nos façons de nous préparer à ces épreuves. Puis mes compagnons d’un instant reprennent une petite foulée. Plouay, je n’attends plus que ça. Je marche encore et encore. Les passants sont de plus en plus  nombreux et inlassablement ils m’encouragent : « Le ravitaillement est tout proche. Bravo. Courage ».

            Enfin le gymnase. 12h40. 7 heures et une 40 minutes pour faire 58 kilomètres. Je ne vais pas pouvoir repartir. Mes intestins sont trop accros des toilettes ! Cette courante a stoppé ma foulée. Presque un comble !!!Tant pis. Je vais être obligé de revenir l’année prochaine. Et, cette fois-ci, j’aurais un réveil à l’heure d’été et je ne boirai pas de jus d’orange avant de partir. Je reprends l’eau plate.