2011 Millau

            Me voilà à Millau pour le plus mythique des 100km de France et de Navarre : les 100km de Millau. Il est 22h00. Le trajet en moto a duré 6 heures.  Je gare ma moto devant l’entrée de l’hébergement gratuit proposé par l’organisation de la course: une grande salle où déjà une bonne centaine de personnes sont déjà couchées. Dehors il fait bon. Je vais pouvoir déguster ma petite salade dehors après avoir naturellement prévenu ma femme de mon arrivée. Certes une salade (pas une laitue, un peu juste pour un 100km !), mais un des plats d’avant course : Une salade de lentilles.

La minute de culture :

            Très probablement originaire d'Asie centrale, la lentille est une plante herbacée annuelle de la famille des papilionacées. On la consomme depuis la nuit des temps, comme le prouvent des fossiles remontant à 8 000 ans avant notre ère. Elle est par ailleurs mentionnée dans la Bible : Esaü ne troqua-t-il pas son droit d'aînesse à son frère Jacob afin de se repaître d'un bon potage de lentilles ?
C'est l'un des premiers aliments à avoir été cultivé. Elle était la base de l'alimentation des populations modestes dans l'Antiquité gréco-romaine. Elle a par la suite conquis l'Europe du Nord et l'Inde (et moi-même !), où elle devenue véritablement incontournable dans la plupart des plats typiques. 

            La lentille est une légumineuse qui ne contient quasiment pas de graisses. Elle est donc légère, 89 kcal/100 g, mais aussi pleine de glucides complexes, qui permettent de rassasier efficacement et d'éviter les petites fringales entre les repas. Valeurs nutritionnelles pour 100 grammes de lentilles cuites (cuit, c’est toujours plus digeste !) : Protides = 8,2g, Glucides = 12,6g et Lipides = 0,5g. De plus, ce légume sec se révèle idéal pour l'équilibre des végétariens. Il fournit en effet une belle quantité de protéines végétales. Sachez que si celles-ci sont consommées en même temps que des céréales (du pain complet ou du riz par exemple), elles sont particulièrement bien assimilées, et peuvent donc rivaliser avec les protéines animales.

            Par ailleurs, la lentille bat des records (contrairement à moi) d'apport en minéraux très diversifiés, des éléments dont on manque souvent, et surtout en fer (3,3 mg/100 g). Minéral antianémique, il permet de garder le tonus (jusqu’au bout d’un 100km ?). Enfin, un bon plat de lentilles reste l'un des moyens les plus efficaces de combattre les problèmes de transit paresseux (là, ce n’est pas un avantage pour un 100km...): 100 g seulement fournissent 8 g de fibres, soit un bon tiers des besoins quotidiens recommandés.

 

            Revenons sur mes petites papilles gustatives. Dans ladite salade pas de sauce, juste des tomates coupées en quart qui accompagnent mes lentilles. Je mange en présence d’un petit groupe qui discute avec une vedette : Zaza ! J’ais eu l’occasion de marcher avec Zaza lors des 24h de Puttelange. Il vous tient la discussion pendant toute la course en ne vous parlant que de course à pied ! Il faut dire que son compteur est impressionnant. Il vous aurait fait pâlir la vieille garde de Napoléon. On me pose la question : « C’est ton premier Millau ? » Et oui. « Tu as déjà fait un 100km ? » Oui, des trails de 120km en 17 heures. « Bon, là, tu vas mettre 15/16 heures ». Je ravale ma salive. Je ne réponds pas, surtout que dans un ultra seul l’heure de départ est connue. Une défaillance et hop 2-3 heures de présence supplémentaire sur la course, c’est vite fait. Ce n’est pas le temps envisagé par mon staff ! Avant de partir, j’ai jeté un rapide coup d’œil sur le dénivelé : les 40 premiers kilomètres ça parait facile (quelques vaguelettes sur le profil) et sur les 60 derniers deux belles bosses (là, la moyenne risque d’en prendre un petit coup). J’espère mettre 11 heures peut-être 10 heures et 30 minutes. Rien à voir avec les 15/16 heures de mes convives d’un soir. Mais pour cela, il faut arriver frais sur la dernière bosse : Ne pas dépasser les 10,5km/h de moyenne. Ce n’est pas gagné d’avance !

 

            Il est bonne heure quand mes yeux s’ouvrent pour la première fois : 3h00. Bon il faut encore patienter. 6h00. Quelques agitations commencent à poindre dans la salle où je suis hébergé. Ma première activité matinale consiste à remplir mon ventre. Pour vous mettre en appétit je vous donne la composition de mon petit déjeuner qui complète la salade de lentilles d’hier soir: eau plate (bien plus digeste qu’un jus d’orange !), 250 grammes de gâteau de riz, ½ saucisson (le gras s’est bon pour les kilomètres), une banane et une barre de céréale. La deuxième fut de me brosser mes dents : On a beau être un vieux routier, passer la journée à courir avec du gras de saucisson entre les dents, ce n’est pas top ! Maintenant que l’haleine est rafraichie, il faut préparer les sacs : mon sac de change pour la douche à l’arrivée et ma ceinture banane avec, compotes de pomme, barres énergétiques, pastilles de sel et mes deux bidons d’eau : il y a beau avoir des ravitaillements tous les 5 kilomètres cela n’empêche que parfois la soif et la faim n’attendent pas. Il est 8h00. J’appelle Christophe, nous avions prévu de partir ensemble : c’est le petit breton en tee-shirt noir et orange sur la photo. Nous nous donnons RDV sur le lieu du départ.

            Chemin faisant je retrouve un autre concurrent des 24h de Puttelange : Philippe Véga. Un homme très sympathique et avec 2 bonnes jambes (second au 24h de Puttelange pour une distance parcourue de 185km). Nous discutons un peu surtout que nous retrouvons notre Zaza. Bon, nous repartons chacun dans notre direction. Je laisse mes affaires à la consigne pour l’arrivée et m’en vais m’abriter sous le gymnase reconverti en salle d’arrivée. Il ne fait pas froid : 16° au petit matin. Cela risque de chauffer sous les calebasses dans la journée.

            Alors que je commence à sortir de la salle, je rencontre un autre breton du 120km : Franck (en blanc sur la photo). Il devrait s’inscrire au trail des vulcains encore cette année. Puisque nous sommes de nouveau réunis (Christophe vient d’arriver), nous imprégnions nos images dans nos mémoires électroniques (pratique cette nouvelle technologie photographique). On se retrouve en fin de peloton. Et le peloton est immense dans l’allée du parc : 3200 « cent bornards » et 550 marathoniens. Franck vient pour faire une performance. Christophe a un objectif un peu particulier : arriver à se faire prendre en photo avec le meneur d’allure du « 10 heures ». Mais pour cela, il va falloir le rattraper ! Et avec mon objectif de 10h30/11h, nos baskets ne vont pas être à la fête. De toute façon, tous les trois, nous sommes de joyeux compères qui prenons la course comme un plaisir quelque soit le résultat du chronomètre. Nous marchons tranquillement en fin de cortège dans le Parc de la Victoire vers la ligne de départ situé avenue Jean-Jaurès où le départ officiel doit être donné.

            10h00. Le départ est donné. Les premiers partent. Nous, nous attendons et piétinons. Ca donne toujours du temps supplémentaire pour blaguer... Enfin, nous voilà sous le boudin « départ ». Il nous a fallu plus de 11 minutes pour l’atteindre : pas suffisant pour échauffer les mollets. Bonne ambiance. Beaucoup d’aveyronnais et d’aveyronnaises sont présents pour encourager ces fous à baskets. Franck se lance à faire les bordures pour doubler cette marée humaine. Avec Christophe nous lui embrayons la basket. Tout le monde a le sourire : Euphorie générale, normale nous n’avons même pas fait 5 kilomètres ! Dans Millau pas facile de rejoindre le peloton de tête. Les meneurs d’allure nous sont invisibles. Ils sont partis devant : la file de galériens (on ne rame pas encore mais ça risque d’arrivée !) s’est étirée faisant disparaître de notre horizon les fanions de nos meneurs d’allure (10h, 10h30, 11h00, 11h30, 12h00, 13h00 et 14h00). Notre premier objectif est de sortir du gros de la troupe. Dans Millau, il faut prendre son temps ; Le tour de chauffe quoi. Les blagues continuent de fuser : Nos zygomatiques sont bien plus actifs que nos jambes (encore des mots laids pour des gens bêtes !). Maintenant nous laissons la ville. La densité d’orteils a diminué. Nous pouvons plus facilement nous faufiler. Notre vitesse de croisière augmente peu à peu. Nous rattrapons quelques marathoniens perdus dans le flot de « cent bonards ». Facile de les repérer, leur numéro de dossard démarre à 5000.  Franck lâche en blaguant : « Qu’est-ce que c’est que tout ce monde ? Ils nous ralentissent ! ». Je lui réponds : « Ouai. Ca doit être des marathoniens !!! ». Et ainsi va les 5/6 premiers kilomètres. Franck s’est bien aperçu que l’euphorie activait nos jambes dangereusement. Ce n’est pas le tout de raconter des co….neries, mais il reste plus de 90 kilomètres à parcourir. Franck retrouve un copain et réduit l’allure. Avec Christophe, nous continuons sereinement. Voilà Aguessac et ses interminables files de vélos : le rancard des accompagnateurs. Ils étaient partis devant, vers 9h30, pour le lieu de rendez-vous. Les cyclistes de chaque côté de la route, ils sont plus de 2800 à scruter l’horizon ou à avoir le portable coller à l’oreille en attendant l’arrivée de leur poulain. Des kilomètres de vélos de part et d’autre de la route. Le tour de France à l’envers ! Je  comprends maintenant que la course en solitaire, ce n’est pas pour aujourd’hui ! Accompagnateurs en vélo et coureurs vont devoir se partager la route jusqu’à la nuit.

            Sur la route départementale qui mène au Rozier, je ressens deux choses : le dénivelé du marathon, qui n’est pas si anodin (les vaguelettes sont font plutôt parties de la catégorie « bonnes vagues »), de bonnes sensations (les jambes  ont l’air de tourner correctement). Nous passons les 10 premiers kilomètres  en moins de 50 minutes. Il faut ralentir : 12 km/h de moyenne c’est beaucoup trop rapide. Je ralentis tandis que Christophe part pour la photo. Maintenant, je surveille un peu mon allure : Les montées se font en réduisant l’amplitude de la foulée (tout en gardant le rythme) et les descentes laissent la foulée se détendre. Ainsi l’allure est devenue régulièrement régulière. Du jamais vu ! Chaque tranche de 5 kilomètres est parcourue en une trentaine de minutes avec une précision suisse : pile poil 10km/h. Je longe ainsi le Tarn (http://fr.mappy.com/#d=millau&p=map) côté rive droite puis rive gauche à partir du 20ème kilomètre. Nos jeunes ravitailleuses assurent : En plus de nous servir boissons et condiments nous avons droit à des chorégraphies dignes de Béjart. Après ce doux ravitaillement, il reste une bonne vingtaine de kilomètres pour arriver à Millau. L’allure se maintien. Le moteur ronronne toujours à 10km/h de moyenne. Les 40 premiers kilomètres ont été parcourus en 3 heures et 50 minutes. Je viens de courir à allure de métronome pendant 30 km ; Cela tient du miracle ! Cependant une croche arrive. Malgré cette foulée sage, les crampes apparaissent : un peu du côté du mollet droit, puis à gauche, puis les cuisses. C’étaient bien la peine que je sois sage ! Je mets le clignotant à droite. Arrêt. Il faut détendre ses muscles durs. J’en profite pour alimenter la machine : pastille de sel, barre de céréale énergétique et toujours ma petite gourde de compote de pomme. Je marche beaucoup. Tiens donc. Je retrouve Christophe qui se trouve dans la même situation. Il n’a pas pu rattraper le meneur d’allure des 10 heures. Tous les deux nous nous retrouvons en galère. Du coup, on discute à défaut de chanter ! Nous entrons dans Millau, en faisant chacun notre tour une petite relance. Je pense à hier soir : les 100km en 15/16 heures ! C’est parti pour… Millau. Toujours beaucoup de monde pour nous encourager. Frank nous rattrape et nous chambre. Faut dire que Monsieur de La Fontaine a écrit une fable ; Ne serait-ce pas l’histoire du lièvre et de la tortue. Le jus commence à revenir. J’encourage Christophe à repartir. Cette fois-ci, Christophe ne suit pas. Je pars seul à petits pas rejoindre l’arrivée du marathon.  25 minutes pour faire 2 kilomètres : la vitesse (je ne sais pas si le mot vitesse est de bon aloi !?!) a été divisée par 2. Il me reste une soixantaine de kilomètres : A 5 km/h, cela laisse une douzaines d’heures à mes pieds pour batifoler avec l’asphalte. Bon n’y pensons pas. Qui courra, verra.

            Tout doucement je sors de Millau en direction de Saint-Affrique. Et tout doucement le rythme revient. La forme revient. Je suis impatient de voir le pont. Enfin je le vois. Mais, une côte à plus de 6% attend les gens pressés. Je décide d’attaquer la côte : je la monte en petites foulées (sparnoniennes bien sûr !). Il y a très très peu de concurrence. Presque tout le monde la monte en marchant. Je dois dire que c’est plus sage. Au bout de 2 kilomètres, je m’arrête. Non je ne suis pas cuit ! Je prends juste quelques photos du pont. Je repars en marchant. Fin de la bosse. Et ça repart.         Nous sommes à mi-chemin : 50 kilomètres de parcouru. Je délire. J’entends des voies de sirènes. Je les vois maintenant. Elles s’agitent. Je m’en vais les rejoindre. Elles ne sont pas farouches. Elles ne se sauvent pas à mon approche ! Du coup, photo souvenir au milieu de ses violettes. Il faut repartir. La descente est difficile. Quelques crampes réapparaissent. Au fil des kilomètres, les jambes font leur petit bonhomme de chemin. Saint Georges de Luzençon. Ravitaillement. Mais que vois-je ? Un stand de massage.  Je me plante dans la file d’attente : personne devant moi c’est génial. L’attente est longue. Mais cela veut dire que la petite kinésithérapeute prend le temps de bien décontracter les muscles du collègue. Ils sont au moins 6 à offrir leur service. Enfin mon tour. Je m’allonge. Ma kiné s’inquiète : « qu’est-ce que je dois masser ? ». Tout : mollets et cuisses, la gauche comme la droite. Toujours bonne ambiance. Ma petite kiné vient d’obtenir son diplôme. Et moi, je vous le dits, c’est mérité. Je ne ressens que du bonheur. Au moins 20 minutes de massage. Je suis engagé à repasser au retour. OK. Merci et à plus tard. Je ne repars pas de suite. Je me dirige vers le ravitaillement. C’est le moment non pas de s’alimenter mais de recharger la mule !  A mi course, il faut refaire le plein et surtout de prendre le temps de manger  pour éviter toute aigreur dans l’estomac. Ma halte a duré pas loin de 40 minutes. Il est temps de repartir.

            Les jambes vivent une autre histoire. Je me méfie. Je limite la foulée, surtout que ça monte et que je viens de me rendre compte que ce n’est pas 2 bosses mais 4 à grimper ! Et oui, à Saint-Affrique on va faire demi-tour ! Les 11 heures de course étaient une utopie… De l’autre côté de la route, les premiers arrivent. Le côté sympa est de s’apercevoir que, comme nous, les traits sont tirés pour quelques uns d’entre eux.  Doucement mais surement, le rythme revient. Au 60ème kilomètres je relance mais pas très longtemps. Il faut dire qu’après Saint Rome de Cernon, ça grimpe dur : la marche est de rigueur. Les accompagnateurs en vélo souffrent. Ils sont nombreux à mettre le pied à terre. Je revois Philippe Véga : il descend, moi je monte. Nous nous saluons. Puis je revoie Franck : lui aussi est dans le retour. Nos mains se claquent amicalement au passage. Enfin le col. La descente vers Saint-Affrique se fait à bonne allure. Le massage a été efficace : pas de douleurs dans les cuisses. Tellement bonne allure, que le cerveau doit calmer les jambes. Il ne faudrait peut-être pas oublié qu’il y a encore deux belles bosses à arpenter au retour. Saint-Affrique, 71km avalé en un peu plus de 8 heures et je suis en bonne santé. Le ravitaillement se passe tranquillement. Je repars pour 7km de côtes. Lorsque la pente nous laisse un peu de répit, en moyenne 5% de dénivelé, les jambes se mettent à courir. Dans la montée vers Tiergues, les rencontres se succèdent. Christophe a retrouvé du peps. Il me dit : « J’arrive ». Puis arrive une surprise : Mimi de l’ACFA (une bénévole du trail des Vulcains). Attention voilà une femme à ne pas suivre : Mimi est capable de vous faire courir au moins une semaine entière ! Un beau petit diesel !!! Vous voyez sur un 100km on n’a pas le temps de s’ennuyer. Enfin le col. Arrêt ravitaillement. Une soupe de légume est proposée : j’en bois deux verres. C’est excellemment digeste et cela redonne du tonus. La descente s’effectue encore avec une bonne allure. Les kilomètres défilent. Dans la descente après Saint Rome de Cernon, encore une tête connu : Celle de Zaza. Par contre il n’a pas la tête des bons jours ! Zaza doit avoir une contrariété…

             Les jambes sont bonnes. Je me pose la question : Vais-je aller à mon rendez-vous ? Vous vous rappelez  de ma petite kiné et de ses mains merveilleuses. Si mes jambes ont la pêche, c’est bien grâce à cette charmante damoiselle. Il y a encore la montée vers le pont de Millau et la descente. Et le souci c’est les descentes, ça fait mal quand les jambes sont dures ! Ce n’est pas mon cas : les cuisses semblent en service. Malgré de bonnes sensations, je décide tout de même de m’arrêter. Je me présente de nouveau devant le stand de massage. Et là, ma petite kiné est absente ; Je me suis fait poser un lapin en pleine course ! Un comble… Bon un élève infirmier m’accueille chaleureusement. Il manque de bénévoles, il est venu en renfort. Merci à tous ces bénévoles. Je commande un massage des quadriceps (le haut des cuisses) pour prévenir les douleurs musculaires liées à la descente. Le massage dure une petite dizaine de minutes : Je me sens bien. Après ce moment de détente je ne me ravitaille pas, je finirai la pitance de ma besace. Je repars pour les 13 derniers kilomètres. Je regarde ma montre. Pour passer la ligne d’arrivée avant 22 heures je dois mettre un peu moins de 1h30. Ce n’est pas gagné d’avance car la montée vers le pont est assez raide. Regardez le profil pour faire une idée. Seulement je n’ai plus que cette idée en tête. J’allonge donc la foulée : soit ça passe, soit ça casse. Il est inutile de réfléchir ou de se poser des questions ; Allez,  je fonce. Je cours pour descendre en dessous des 12 heures. Je ne cours pas très longtemps. La côte est là sous mes baskets : Je me mets donc à marcher. J’en profite pour manger ma dernière gourde de compote de pommes. Le col s’approche. Les jambes repartent toujours pour le même objectif : faire les 100km en moins de 12 heures. Je vous l’ai déjà dit, je ne pense plus qu’à ça. Beaucoup de concurrents marchent dans la descente. Je vois le panneau 95km et encore un petit raidillon à monter. Non, je ne marcherai pas. Il ne me reste plus beaucoup de temps. Je garde ma foulée. Au panneau, je regarde ma montre : Il faut mettre moins de 27 minutes pour atteindre mon Graal. Le raidillon est passé. Je jette mes dernières forces. Je remets un coup d’accélérateur. Cette fois-ci, je suis à bloc ! Une descente. Aucune douleur dans les cuisses. Nickel. Les poumons crachent une nuée de décibels. La nuit n’est plus calme… Un signaleur me rappelle. En bas de la descente je viens de faire une sortie de route : j’ai sauté un terre-plein au lieu de prendre sur la gauche. Je repars aussi sec. J’arrive sur le panneau 98km. Je suis dans la ville et ça c’est remis à grimper. Je trouve le temps long. Je commence à marquer le coup. Un concurrent que je viens juste de doubler me dit : « Allez, on s’accroche ». La pente décroit. J’en profite pour remettre un coup de collier. Je décroche mon concurrent. C’est dur de maintenir le rythme ; Je ne vois toujours pas cette Bon Dieu d’allée qui mène au gymnase. Enfin je reconnais l’avenue qui mène au parc. Ca y est ! Je rentre dans le parc. Je suis encouragé par les spectateurs. La tension monte (normal pour un prof d’électronique me direz-vous !). J’entre dans le gymnase et je passe l’arrivée à 21h59mn et 33 secondes. J’ai réussi ! Des chaises m’attendent. Je m’assois dans la première chaise. Je suis archi-cuit mais heureux. Je viens de terminer les 5 derniers kilomètres d’un100km à 11,5km/h de moyenne : beau final.

           

            Sur 3200 participants, je termine à la 656ème place en 11h59mn33s (temps réel 11h48mn). Mes 2 copains bretons : Franck est 454ème en 11h31mn03s (temps réel 11h20mn) et Christophe est 910ème en 12h41mn53s (temps réel 12h30mn).

 

A bientôt

JMichel