2011 SaintéLyon

                                               Bonjour,

 

            Pour la première fois je me suis laissé entraîner dans une course : distance 68km (ça me plait) entre Saint-Etienne et Lyon, dénivelé 1300m (cela doit-être juste un peu vallonné mais on ne va pas faire la fine bouche !), mi-route mi-chemin (ça va me rappeler les 50 km des dômes). Le lascar qui est à l’origine de mon inscription se prénomme : Laurent. Bon, je dois l’avouer, il n’a pas eu besoin d’user beaucoup de salive pour m’attirer dans cette balade.

            Le timing va être un peu court. Je prévois d’arriver en début d’après-midi. Le départ étant à minuit, pas de stress pour se présenter sur la grille de départ : Il y a de la marge. Je vais adopter une vitesse qui devrait me permettre d’arriver vers 7 heures du matin, et, dès que je suis prêt, reprendre la voiture en direction de la maison. Là c’est du flux tendu. A priori, je me vois bien faire deux petites siestes sur le trajet du retour. J’ai de la chance : ma femme ne travaillant pas ce samedi, j’ai pris sa voiture. Je ne vais donc pas devoir siester sur ma moto !

            Il est treize heures lorsque j’arrive sur le lieu de départ des cars qui est notre lieu d’arrivée. Euh… Je ressens une pointe d’incompréhension. Je vous explique : le départ de la course se fait à Saint-Etienne et, si tout se passe normalement, mes petites jambes vont me ramener à Lyon. La proposition des organisateurs est la suivante : les coureurs qui le désirent peuvent laisser leur véhicule à Lyon et prendre le car (le billet est à retirer vers 15h00) pour Saint-Etienne. C’est pour cela que le lieu départ des cars est notre lieu d’arrivée. Vous avez compris maintenant !

            J’ai le temps ; Je sors ma gamelle car ce n’est pas le jour où il faut sauter un repas. Devinez le met principal qui va glisser dans mon estomac ?!? C’est …. un plat de … lentilles. Qui a gagné ?...  Ce n’est pas tout mais Laurent doit être dans le TGV avec son ami Nicolas. Je lui passe un coup de fil pour lui signaler ma présence au pied du stade Gerland. A son arrivée, il me rappelle : OK, on se donne rendez-vous à Saint-Etienne. Je place le siège de la voiture en position « sieste » car le premier départ de car est à 16h00. Profitons-en pour dormir car après les heures de sommeil vont se faire rare ! Morphée ne me trouble pas : les paupières restent légères. Enfin 16h00, je me dirige vers les cars. Les chauffeurs voient passer devant eux de drôles d’oiseaux : A moitié en tenue de sport, à moitié en tenue d’hiver avec pour certains la frontale sur la tête. Devant moi, il me semble voir des visages familiers. Mais je n’arrive pas les identifier. C’est eux qui me reconnaissent. Il a fallu que je leur tourne le dos pour qu’ils me reconnaissent. D’habitude c’est le visage qui permet de reconnaître les gens. Bizarre vous avez dit. Bizarre… La conversation s’engage. La mémoire me revient à mon tour: Ils ont participé aux 24 heures de Puttelange aux lacs par équipe. Ils sont arrivés premier dans le classement par équipe de 6. Cette fois-ci, ils courent tous en solo. Le visage des coureurs de l’ASGVO (Association Sportive Gandrange et Vallée de l'Orne), ceux sont eux, remonte un à un dans mon cortex.

            Nous montons dans le car de tête. L’organisation nous conseille d’arriver le plus tôt possible pour éviter les files d’attente lors du       classique retrait des dossards. Je me place à côté de mes anciens compagnons de Puttelange aux lacs. Nous partons pour Saint-Etienne, direction le parc des expositions. Rien à relater jusqu’à l’arrivée sur Saint-Etienne. Bon, notre chauffeur à priori se trompe de sortie d’après un des concurrents. Effectivement, après avoir fait un tour de rond point et suivi une rue nous nous retrouvons en dehors de Saint-Etienne. On demande à notre Dame si elle n’a pas de GPS. Réponse de l’intéressée : « Non, c’est inutile ! ». Tant bien que mal, le car fait demi-tour. Du coup, notre chauffeur passe le plan à un concurrent pour qu’il lise le plan ! Ca promet… Bon le parc des expositions de Saint-Etienne se situe à côté du stade Geoffroy Guichard ; Ce serait malheureux de ne pas le trouver ! Un concurrent s’improvise guide. Il nous ramène vers le bon rond-point où le stade y est fléché. Là à droite, à droite, hurlons-nous. Ce n’est pas notre jour de chance. La personne qui tient le volant est un spécimen rare : Elle n’aime ni les GPS ni les ordres et par ailleurs elle n’a aucun sens de l’orientation (caractéristique assez répandue chez certaines Présidentes) ! Nous prenons donc une sortie qui nous mène une nouvelle fois vers des terres inconnues : que c’est beau l’aventure. En fait la petite Dame cherche le centre-ville car de là elle retrouvera ses repères. Une lueur d’espoir l’habite. Pas nous ! Bon tant bien que mal nous retrouvons notre rond-point fétiche. Nous avons droit à un tour gratuit puis prenons la bonne sortie. Enfin ! A droite le mythique stade de foot, et à gauche une pancarte indique le parc des expositions. J’en informe notre chauffeur. Mes compagnons d’infortune crient : « Arretez-vous ». Mais que nenni, la Dame continue sa route. Maintenant, je comprends pourquoi l’organisateur, au moment du départ, nous avait lâchés : « Bonne nuit ». Il savait que nous allions la passer dans le car ! Bon, je distille un conseil : « si vous faites une droite, puis une droite et une gauche, nous allons retrouver le parc des expositions ». Mon entourage rie : Cela devient compliquer. Je ne comprends pas, elle n’est pas blonde… A priori notre chauffeur désire prendre la première à gauche. Moment de folie dans le car : Certains hurlent « Non, à droite » pendant que d’autres sont pliés de rire. Finalement, une petite voie dit à notre chauffeur : « tourne à droite ». Ouf ! On tourne à droite. Le car continue sa route sans prendre la deuxième à droite ; il ne faut pas trop en demander. On entend : « Laissez nous ici, on aura plus vite fait de rejoindre le parc des expositions à pied ». Demande rejetée. Le car continue son épopée. Nous retrouvons notre rond-point et prenons la bonne sortie. Miracle qui ne dure pas très longtemps ; Nous revoyons le parc des expositions mais notre chauffeur ne s’arrête pas et continue sa route pour nous mener je ne sais où ! Nous sommes maintenant dans un carrefour un peu étroit pour un car. Il faudrait tourner à gauche mais c’est interdit. Sans peur notre Dame prend le gauche. Le car monte un peu sur le trottoir et nous voilà dans la bonne direction. Nous roulons toujours. Nous sommes derrière le parc des expositions. Nous sommes nombreux à crier « Arrêtez-vous, arrêtez-vous » sans trop y croire. Le car s’immobilise. Ouf. Saint « Etienne » a entendu notre désespoir ! Nous nous ruons dehors et récupérons nos sacs. Il nous a fallu une petite quarantaine de minutes pour faire Lyon/Saint-Etienne et une bonne quarantaine de minutes pour atteindre le parc des expositions. Incroyable mais vrai !

            Nous rentrons dans le palais par la porte de derrière. Les organisateurs ont l’air un peu surpris de nous voir défiler dans le mauvais sens mais personne ne nous pose de questions. Nous allons récupérer nos dossards ; Pas de queue. Je me dirige dans la salle. Je me pose sur les gradins en attendant Laurent. Un coup de fil et hop nous nous retrouvons pour aller manger le traditionnel plat de pâtes d’avant la course : c’est la pasta party. Nous avons le temps. Pour ma part, je suis prêt : sac et tenue vestimentaire. Ce n’est pas le cas de Nicolas et Laurent. Mes deux camarades de jeu préparent leur sac. Laurent vide le sien. Vous pouvez regarder le contenu de son sac (jeter un coup d’œil sur les photos) ; Epoustouflant. Je ne ferai pas de comparaison avec les sacs à main de la gente féminine. Mais…. Laurent part en expédition, c’est sûr !!!

            Du monde il y en a : 11600 participants dont 6000 environ en solo. Encore une course où la solitude est bannie. Laurent a le profil de la course sur lui. Je lui demande de me le faire voir histoire de se renseigner. Beau profil. Le qualificatif « vallonné »  ne convient pas à la Saintélyon : beaucoup de raidillons entre 10 et 20%. Les 7 heures de course sonnent comme un défi. De toute façon, j’adopte toujours la même stratégie : Qui courra, verra ! Nous nous dirigeons vers le lieu de départ. Il y a du monde devant nous. Nous nous situons plutôt vers la fin du peloton. L’organisation adoptée par les organisateurs est la suivante : En première ligne, les « pros » du solo (peut-être une centaine), deuxième ligne, les premiers relayeurs (environ 1500) et en dernière ligne les « amateurs » du solo (devant nous peut-être les 2/3 des solos, soit 4000). Que de monde. Il tombe une petite pluie mais il fait doux : Une huitaine de degrés. J’ai chaud. J’enlève mon poncho : Allez hop dans le sac. L’attente est un peu longue.

            Pan ! C’est parti. Enfin il faut attendre un désengorgement pour commencer à avancer. Ca y est, nous passons sur le tapis qui est le top départ de notre chronométrage. La course démarre maintenant. L’embouteillage nous permet d’échauffer nos mollets doucement. Nicolas, Laurent et moi-même sommes toujours ensembles. Un petit faux plat montant. Je maintien tranquillement le rythme. Je me retourne : plus de Nicolas, plus de Laurent. Je ralentis. Très rapidement je retrouve mes deux compères. Nous repartons ensembles jusqu’au bas de la première difficulté : Après le 5ème kilomètre, une petite côte bitumée à 10% pendant 2 kilomètres. C’est le moment où nos chemins se séparent. Comme pour toutes côtes, je réduis l’amplitude tout en conservant le rythme. J’écoute mes poumons. Ils ventilent normalement. Je peux donc continuer sur ce rythme. J’ai l’impression d’être un OVNI. Je double des bipèdes par paquets. Je fais les bordures. La densité de mollets est trop forte pour pouvoir passer au milieu de la foule. Enfin le premier chemin fait son apparition après 8 kilomètres d’asphalte. Et oui les routes goudronnées sont honnies des trailers. Celui-ci est un peu boueux. Je crois que si Laurent était à côté de moi, il dirait : « Comment ça, un peu boueux ?!? Une véritable gadoue oui ». C’est vrai que le chemin est parsemé de quelques mares d’eau et que de temps en temps vous avez le choix entre faire trempette ou rester scotcher par cette terre très amoureuse… Bizarrement, tous les concurrents qui sont devant moi évitent les flaques d’eau. Les organisateurs ayant tracé une ligne droite entre Saint-Etienne et Lyon pour créer cette belle course. Faisons comme eux ! Tout droit et traversons ces flaques d’eau. De toute façon, à la fin tout le monde aura les pieds humides !... Quelques répits pour les jambes : nous passons sur des petites portions de  bitume. Voilà 1h20 que je cours et je vois juste devant moi des dossards rouges : ceux sont les premiers relayeurs que je rattrape mais eux sont les derniers des relayeurs. Maintenant ça grimpe fort ; On ne doit pas être très loin des 20%. J’arrive tout de même à maintenir une petite allure jusqu’à la moitié de la portion. Je double donc. Beaucoup de concurrents ont adopté la marche.

            1er ravitaillement. Kilomètre 16. Plus d’une heure trente de course. Je ne dois pas être bien loin des 10km/h de moyenne. Pas mal au vu des conditions. Je suis donc dans les temps pour 7 heures de course. Ou lala ! Ce n’est pas possible, c’est le jour des soldes ! Difficile de se frayer un chemin vers le buffet. Je prends le temps d’avaler quelques friandises et de boire deux verres de n’importe quoi ! Je joue la montre. En même temps que j’ingurgite des calories, je secoue les jambes afin d’assouplir un peu ces cuisses. Aujourd’hui, je vais faire restauration rapide…

            C’est reparti. Je fais toujours les bordures pour éviter la dureté de la route. La densité de mollets diminue. Très rapidement nous retrouvons mère nature qui est un peu molle. Je trouve de plus en plus de caillasses dans ces chemins un tantinet boueux. Le parcours me fait penser à la mythique course « Paris/Roubaix » avec ces passages pavés : cela doit être du même genre. Il faut donc être attentif à l’endroit où l’on pose les pieds. D’ailleurs certains improvisent un bain de boue. Et hop ça regrimpe. Vers le haut des côtes, ça coince. Non ce n’est pas mes mollets qui coincent mais la muraille humaine qui me coincent. Je fais donc comme tout le monde, je marche en attendant un désengorgement de la situation. J’en profite pour me reposer et pour me retourner. Et pourquoi je me retourne, me direz-vous ? Pour le spectacle : Derrière moi de petites étoiles brillantes dessinent le tracé du parcours. C’est presque magique. C’est bien beau de grimper mais un moment il faut bien redescendre. Après un passage bitumé. Ca redescend. Quand je peux, je double. J’arrive à allonger la foulée. Dans la dernière descente, avant le deuxième ravitaillement, je ressens quelques tensions à l’intérieur des cuisses. J’ai surement trop sollicité mes adducteurs lors du slalom entre les pierres.

La minute de biomécanique :

            Les adducteurs sont situés à l'intérieur de la cuisse. Il y en a 5 ; ce sont : le petit adducteur, le moyen adducteur, le grand adducteur, le droit interne et le pectine. Ils servent à verrouiller le bassin en station debout, quand on est par exemple en appui sur une jambe (cas d’une descente parsemée de pierre). Les adducteurs permettent au bassin d'être fixe et donc de nous tenir droit (pas toujours efficace, des fois la station debout se transforme en station allongée !).


Le grand adducteur est le plus profond et large, il est formé par 3 faisceaux et va de la ligne ischio-pubienne au fémur pour les faisceaux supérieurs et moyens, et de la tubérosité ischiatique pour le faisceau inférieur au tubercule du grand adducteur au fémur.
Il permet l’adduction (mouvement qui rapproche un membre de l'axe du corps, en clair il évite que l’on se casse la figure) de la hanche, la rotation externe de la cuisse par rapport au bassin.

1- Grand adducteur.
2- Long adducteur (coupé).
3- Court adducteur.
4- Fémur.
5- couturier (coupé).
6- Gracile ou droit interne.
7- Pectiné.
8- Tubercule grand adducteur.


Le long adducteur se trouve au premier plan (2) et va du pubis au fémur. Il permet l’adduction de la hanche, la rotation externe de la cuisse par rapport au bassin.

Le court adducteur (3) est formé de deux faisceaux et va du pubis au fémur. Il est aussi adducteur de la hanche et rotateur externe.

            Cette fois-ci, mes adducteurs ont bien « adducté » ! Je suis resté bien droit tout au long de la course…

            2ème ravitaillement. Kilomètre 30 et voilà 3 heures que les jambettes s’activent. Cela devient de plus en plus facile de calculer sa vitesse moyenne. Donc l’objectif est en bonne voie. Néanmoins de mauvaises sensations dans les adducteurs des 2 cuisses (heureusement que j’en ai que deux !) sont bien présentes : Mauvaises augures. Les cuisses sont peut-être dérangées mais l’estomac, lui, ne l’est pas. Ripaillons. Toujours les mêmes friandises glissent vers l’estomac ; J’évite de trop diversifier mon alimentation. Là je ne peux pas vous expliquer ! Si tout doit être rationnel dans une course, autant rester à la maison. Je me trouve une petite place pour faire quelques assouplissements. Oui, je sais j’exagère toujours un peu ; bon disons que j’étire comme je peux mes cuissettes ! L’arrêt est un peu plus long que le premier mais cela reste très sobre.

            Allez c’est reparti. Pas pour très longtemps. Dans la montée vers la Bullière, les adducteurs se tétanisent côté gauche. Arrêt. Re-assouplissement… Je repars. Pan, la droite jalouse se raidit à son tour. Re-arrêt et re-assouplissement. Je repars en marchant. Sortons le joker de ma pochette ventrale : une barre énergétique et une pastille de sel. La descente du bois d’Arfeuille est un peu pénible : en moins d’1 kilomètre, on descend de 150m et dans la boue et les caillasses avec des adducteurs sous tension : Pas le pied… Après plus d’une heure de marche et de « je te cours quelques mètres » j’arrive au 3ème ravito. Quoi ?!? Je n’ai parcouru que 4 kilomètres. Ce n’est pas possible. Il y une gourance quelque part. D’un temps de course de 7 heures, je passe à un temps de course de plus de 8 heures voir même beaucoup plus (10 heures ?) si mes adducteurs jouent les revêches. Il n’y a pas que la nuit qui est noire : Le moral aussi. Maintenant, il ne doit y avoir plus que de la descente. Il va falloir négocier ça avec sagesse même si cela ne me ressemble pas… De toute façon ça grimpe fort. Pas de détail, je marche. Je sais être sage de temps en temps. On aborde une descente : D’après mes souvenirs elle doit être longue. On doit pouvoir allonger la foulée sans trop puiser dans les ressources de mes cuisses : Espérons que mes adducteurs ne couinent pas. Je continue de doubler. C’est bon pour le moral. Surtout que de nombreux relayeurs sont accrochés à mon tableau de chasse. Même au 100km de Millau, je n’ai pas autant doublé ! Par contre je ne doublerais pas autant que je me suis fait doubler à mon dernier marathon de Paris : Au 25ème kilomètre, crampe (chez moi c’est comme qui dirait une habitude), du coup quand je suis arrivé j’avais perdu plus de 10000 places ! Qui dit mieux !

            4ème ravitaillement : kilomètre 45 en plus de 5 heures. L’horizon est toujours noir mais le moral est au beau fixe. Voilà ti pas que j’envisage maintenant de terminer en 7h15/7h30. C’est à ne plus rien comprendre. Ce n’est pas le tout de faire des calculs et des pronostics, mais j’en connais un qui s’en bas le coquillard de tout ça. Lui, ce qu’il veut c’est bouffer ! L’estomac n’est ni noué ni dans les talons mais il veut sentir venir à lui quelques friandises. Une fois la chose faite, je repars. La tension dans les adducteurs est présente. Discrète mais toujours présente. Je me à réfléchir ou plutôt à gamberger. A Millau je suis parti au 60ème et j’ai terminé à bonne allure les 40 derniers kilomètres. Là, il m’en reste 20 kilomètres. Je viens de passer une bosse. Allez, mon cerveau ou une petite voix me dit : Attaque ! Je ne me fais pas prier. Je force mon allure en me disant que je vais friser les 7h15. 5 kilomètres d’euphorie. A la bosse suivante, mes adducteurs disent halte au carnage ! De nouveau crampe. Mer..e . Bon, comme je n’ai pas été sage il va falloir gérer maintenant. Heureusement le terrain est agréable : Les chemins qui se faufilent dans les sous-bois atténuent mes déboires. Je marche, je me fais doubler. Quand je sens que les adducteurs se font oublier, je recolle au concurrent qui vient de me doubler. J’arrive à contenir mes foulées pendant quelques courtes minutes. Puis je me remets à doubler. Et quand adducteur dit arrête-toi. Je m’arrête. De toute façon ces saletés de muscle ne me laissent pas le choix. Un jour je les aurais ! En attendant je les écoute. On commence à voir la vallée du Rhône ou plutôt ces millions de lumières.

            Le dernier ravitaillement approche. Kilomètre 57 et moins de 7 heures de course. Cela reste honorable : Je ne dois être très loin des 9 km/h de moyenne. La densité de population est encore élevée. C’est désagréable car il faut jouer un peu des coudes pour pouvoir accéder à la table. Vivement que je reprenne des courses avec quelques centaines de participants. L’ambiance est bien plus courtoise. Je repars. Encore une bosse. Une vraie ! Un spectateur nous encourage et nous informe : Ca monte à 20% pendant un bon kilomètre et après c’est tout plat. OK. Adoptons la marche. Tout le monde autour de moi a adopté ce moyen de locomotion : Etonnant non ! Un petit faux plat. Je tente une petite foulée. Je suis stoppé de suite. Par qui ? Non pas par la maréchaussée. Toujours par mes adducteurs. Re-marche. Oulala ! Mais ça regrimpe encore. Je marche et je recherche à tout pris à me faire oublier de mes adducteurs. Tout en haut de la bosse, à Sainte Foy lès Lyon, le spectacle est lumineux : Nous voyons très distinctement une civilisation qui s’éveille tout doucement ; il faut dire que l’on se rapproche de 7 heures du mat et que nous sommes Dimanche !!! Il ne peut pas y avoir non plus une effervescence du tonnerre de Dieu ! La descente s’effectue dans un environnement urbain. Fini la boue ! Petit à petit les jambes reprennent du service. Une triplette de concurrents me double. Je me colle une nouvelle fois derrière des lièvres. Un des concurrents lit son GPS : Nous descendons à 12 km/h une rue sinueuse. J’en suis fort aise. Sagement je reste derrière. Mes pieds foulent maintenant le plat. Les dénivelés sont terminés. La vallée du Rhône est bien là. La vraie, celle qui est toute plate ! il ne doit pas rester plus grand-chose. Je réduis l’allure car les adducteurs me titillent un peu. Je vois les mètres s’accumulés entre mon petit groupe et moi-même. Je désire finir sans être stoppé par des crampes. 5 kilomètres. Il ne reste plus que 5 kilomètres. Je regarde ma montre : il est bientôt 7h30. Le cerveau reprend du service : Passer la ligne d’arrivée avant 8 heures c’est possible. Il faut mettre moins d’une demi-heure et donc courir à un bon 10km/h. Oui, je sais. Vous allez me dire que le calcul ne m’a pas mi sur les genoux ! Eh, c’est que j’en ai encore besoin moi de mes genoux. J’allonge la foulée. Je sens bien que mes adducteurs ne m’ont pas lâché ; ils sont bien présents mais ils ont l’air de s’accommoder de ce rythme. Voilà le Rhône, maintenant nous suivons les quais. Je retrouve le moteur du petit groupe que je suivais dans la descente de Sainte Foy. De toute évidence il n’est pas au mieux. Je tente de le relancer : « Allez. Viens avec moi. Après le pont c’est l’arrivée ». Il me remercie mais décline aimablement mon offre. Je continue donc seul : aucun des concurrents que je double ne tente de me suivre. Encore 2 kilomètres. Long. C’est très long. L’impatience me gagne. J’ai une épée d’Amoclès non pas sur la tête mais à l’intérieur de mes cuisses. Enfin je vois l’entrée du palais omnisport. Trois concurrents sont devant moi : 2 relayeurs et un solo. Je passe la vitesse sprint et je les encourage à faire de même. Le solo suit tandis que les relayeurs restent scotchés sur le bitume. Il me double. Je rehausse ma foulée. Je reprends de la vitesse (je n’ose pas parler d’accélération…). Je le redouble dans le virage et passe sous l’arche en VMA : pour les non-initiés, VMA veut dire Ventilation Maximum Atteinte ! Fou, il fallait être fou pour terminer ainsi !?! A nos âges, ce n’est pas très sérieux…

Je termine finalement 629ème en 7h46mn27s. Laurent termine 1443ème en 8h40mn42s. Pour une première sortie longue de nuit, il faut le féliciter. Tandis que Nicolas termine1923ème en 9h06mn57s sur 6000 candidats : Comme Laurent, c’était la première fois qu’il participait à une course aussi longue et avec un dénivelé que de 1300 mètres mais avec des pentes à 10% et plus. Tous les trois nous sommes arrivés bien cuits.

 

                        Je souhaite à tout le monde une chaleureuse année

 

Lien :

Le site de la SaintéLyon

http://www.saintelyon.com/course-raid-nocturne/home.jsp

Une vidéo pour ceux qui ne sont pas allés jusqu’au bout du récit !

http://www.dailymotion.com/video/xmrfyl_saintelyon-2011-pour-amateurs-eclaires_sport

Un reportage

http://www.rhonealpes.fr/681-actualites.htm