2012 Ardennes Mega Trail

J’étais à la recherche d’un trail de fin de préparation pour l’UTMB. Je voulais du dénivelé ; Celui que j’ai trouvé devrait convenir. Pour un parcours de 88km (en fait ce fut 91 km) il y a 4800 mètres de dénivelé ; C’est le AMT: Ardennes Méga-trail.

 

Présentation du trail :

            L’Ardenne est un massif ancien de 600 m d’altitude tout au plus dans sa partie française et très boisé. Son relief a été façonné, entre autre, par l’érosion fluviale ; le parcours emprunte donc les versants des deux vallées de Meuse et Semoy pour offrir un dénivelé « montagnard » de 4 800 m ce qui induit environ 20 montées/descentes sur la totalité du parcours (regardez le dénivelé) ! C’est un Ultra difficile (je confirme), d’autant plus qu’il est en réelle autosuffisance  avec uniquement de l’eau (une première pour moi) sur les points de ravitaillement : pas d’eau gazeuse, ni sucrée….. RIEN ! Même pas de ravitaillement solide ! Tout dans les sacs à dos : barres de céréales, compotes de pomme en gourde, gâteau sport et saucisson sec.

            Dès le départ le parcours pénètre dans la forêt pour n’en sortir qu’à dix reprises (communes traversées). Les essences sont diversifiées : feuillus, épineux (sapins introduits par les Hommes) ou formations végétales dégradées de forêt (après incendies) comme des « mers de fougères ».

 

La météo :

            Les prévisions météo ne sont pas très bonnes pour ce week-end du 30 Juin : de l’eau et peut-être de l’eau ; Pendant tout le trajet j’ai suivi de chaleureux nuages noirs qui ont humidifiés le bitume. Cela s’est plutôt bien passé : Juste deux gouttes d’eau sur la visière de mon casque du côté de Laon. Pas de quoi mouillé un motard ! Le lieu de la course se situe dans un village ardennais au Nord-est de Charleville-Mézières. Nous sommes reçus dans un complexe sportif. Je monte ma nouvelle tente (Après 25 ans de bons et loyaux services, ma tente 5 places n’était plus tout à fait étanche) sous un temps très clément.  Le speaker annonce une belle journée pour demain. Le trail démarre plutôt bien.

 

Les participants :

            753 inscrits dont 433 pour le 88km. Il reste donc 320 pour le 50km (Le Roc la tour). Il est possible pour les candidats de l’Ardennes Méga Trail de se rabattre sur le 50km en cas de difficulté : Le Roc la Tour emprunte le début et la fin du parcours de l’AMT. Comme d’habitude je retrouve des têtes connus ou pas inconnus ! Un Chtimie de Lilles rencontré à l’UTMB et 2 Yvelynois organisateurs de l’Origole.

            278 arrivants pour l’AMT (60% d’arrivants) et 232 arrivants pour le Roc la Tour (70% d’arrivants) ;

            Le 1er, M. Hayche Alexandre gagne l’AMT en 10h08 et 48 secondes. Quant à moi, j’arrive 131ème en 16h28 et 6 secondes è 5,5km/h de moyenne. Je partais pour être dans les 50 premiers (toujours gonflé le gars) mais difficile de courir avec une épée de Damoclès sous les pieds !!! Je vous raconte l’histoire :

 

            5h00, je me suis inséré dans le groupe des Chtimies (T-Shirt bleu). Le départ est blindé : Plus de 700 coureurs se serrent comme des pingouins tandis qu’à la sono sont distillées les habituelles consignes. La nuit n’est pas très épaisse. Nos lampes frontales ne vont pas chauffer très longtemps. Les premiers mètres se font sous des torches tenues par les bénévoles de l’AMT. Le pétrole lâche une petite fumée noire. L’ambiance est sympathique. Nous nous en éloignons tranquillement mais dans quelques instants, nous allons retrouver ces fumerolles car nous allons repasser devant le podium de départ. Du coup nous sommes encouragés et acclamés par deux fois. L’humidité est bien présente : une brume basse est prête à nous happer. Espérons qu’elle ne nous tombe pas sur la tête ! Les premiers kilomètres sont assez roulants. Alors l’échelle du plan aurait-elle amplifié le relief ? Les 2 premières côtes sont franchies avec une certaine facilité : pas vite mais sans trop jouer des poumons.  Je me retrouve au col du Loup sans hurler... Mes yeux  admirent cette vallée de la Semoy qui se pare d’une belle brume matinale sous une luminosité naissante. La descente est un peu plus raide que la montée. En fait, maintenant on attaque le dur ! C’est même sacrément raide. Le gars il est content de ne pas avoir oublié ses bâtons. Ils sont bien utiles. Les poumons sont à la recherche d’oxygène dans les montées mais les jambes fonctionnent correctement. Pourvu que ça dure. Le ravitaillement est proche. C’est le premier. Mon cerveau, tant qu’il est frais, effectue toujours ces petits calculs : En moins de 2 heures je viens de parcourir une distance approximative de 15 km. Mais pas d’emballement je vous rappelle que l’on a droit qu’à de l’eau très plate !  La vitesse de croisière est de 8 km/h environ. C’est une chose rarissime chez moi, courir modérément les débuts de course : Bon c’est vrai, le terrain pousse à la modération. On va aller au bout c’est sûr… enfin j’espère ; Attention, il ne faut jamais vendre la peau du sanglier avant de l’avoir achevé. Surtout que les grimpettes ont toujours la fâcheuse tendance à faire monter le cardio. Il ne fait pas une chaleur excessive et pourtant je suis en nage. Il faut picoler sinon gare aux crampes ! Et que je te grimpe des murs de 200/400 mètres de long et que je te les redescends. L’avaient  dit les organisateurs : Ce trail est pour les trailers confirmés. Je confirme … J’en ch… un peu.  Heureusement que le paysage tend à l’apaisement sinon, je crois que …, je grognerais comme un sanglier dans cette verdure sauvage !

            A la sortie d’un bois, je découvre un lieu atypique : une prairie parfaitement plate comme un terrain de rugby en début de saison et au bout un rocher surmonté d’un édifice que je ne peux point distinguer. En tous les cas, un lieu magnifique pour y faire une halte casse-croute. Après une petite descente abrupte (pour rien changer aux habitudes de ce trail), j’accède, je devrais dire nous accédons, au regard de la densité de coureurs après 25km de course, au dudit rocher par un escalier. Je découvre une statue où un cheval est entouré de 4 chevaliers. Bizarre. Contons l’histoire des 4 frères Aymon et retournons quelques siècles en arrière.

 

            Aymon de Dordonne vient à Paris un jour de Pentecôte pour présenter ses quatre fils, Renaud, Alard, Guichard et Richard, à son suzerain Charlemagne (quand je vous disais que l’histoire n’était pas toute jeune), afin qu'ils soient adoubés chevaliers. Renaud impressionne fort, et Charlemagne le fait armer et ordonne qu'on lui remette une monture merveilleuse, Bayard (cette fois-ci c’est un cheval. Peut-être est-il lui aussi sans peur et sans reproche ?!?). Mais Le lendemain, Renaud dispute une partie d'échecs avec Bertolais, le neveu de Charlemagne, qui est mauvais joueur. Il finit par se disputer avec Renaud. Et Renaud, sous le coup de la colère, s'empare d'une des lourdes pièces de l'échiquier et la lance à la tête de Bertolais. Celui-ci est tué sur le coup (avec le matériel de nos jours, le Bertolais serait encore en vie. Comme quoi l’histoire ne tient pas à grand-chose). Renaud s'enfuit avec ses frères, il les prend tous les trois en croupe sur Bayard (Il valait mieux que ce soit un cheval !), qui est doté de pouvoir de porter les quatre frères en même temps ou encore de franchir des vallées d'un seul saut (vous pouvez remarquer que cette histoire ressemble étrangement à une légende). Les frères sèment leurs poursuivants et décident de se réfugier au fond des Ardennes, leur pays natal (le lieu dudit trail).

 

            Donc au fond des Ardennes, j’y suis et il me reste, au bas mot, 65 km à parcourir et je n’ai toujours pas vu de sanglier à l’horizon. Je pose mon sac et ripaillons. Les premiers aliments qui tombent sous ma main sont les barres de céréales : Je n’en prends qu’une car la route est encore longue. Je plonge ma main au fond du sac pour retrouver le saucisson. Il est sorti de ma besace et est croqué à pleines dents. Ca ne doit pas impressionner mes 4 chevaliers par contre cela ne laisse pas indifférent  les spectateurs.  Vient le tour du gâteau sport au chocolat. La terminologie est juste : Ce met plâtre bien l’estomac ! Après une petite rasade, je repars. Descente vers le village où coule la Meuse et où nous attends bien sûr quelques litres d’eau minéral! Après s’être désaltéré, le circuit nous pousse vers une fonderie en pleine activité (je vous rappelle que nous sommes Samedi). Les ouvriers portent un T-Shirt jaune AMT pour l’occasion. L’ambiance est sympa, malgré le bruit, je fais un brin causette avec ces forgerons. Ce jour, il fabrique les supports des porcelaines (pas de limoges) qui tiennent les câbles haute-tension des lignes EDF. Allez. Faut sortir de ce village où une petite grimpette nous attend. Les poumons toussent une nouvelle fois ce qui inquiète le bénévole qui nous attend en haut de la butte. Je dois lui répéter plusieurs fois que tout va bien mais le pauvre homme est sceptique… Enfin il me laisse passer. Nous traversons une sorte de tunnel qui est bien gras. Après avoir bien pataugé dans cette marre à sangliers, je retrouve la clarté du jour et les méandres de la Meuse au milieu d’un massif ardennais bien mouvementé : encore quelques poussées de poumon en perspective. Comme dit Joël : « Ca va couiner ! ». J’arrive au trentième kilomètre. La densité de baskettes dans les chemins va être fortement réduite. Les ceusses qui font le 50 km vont prendre sur la droite un raccourci : Les petits veinards. En fait, même les inscrits de l’AMT désirant réduire le temps de souffrance peuvent le prendre. Ils basculeront sur le Trail du Roc de la Tour. Je ne ferais pas parti de ceux-là.

            Un bénévole nous félicite : Nous sommes sacrément bien placé dans le classement (après une rapide enquête aux alentours de la 80ème place).  Je continue tout droit. Enfin quand je dis tout droit c’est juste pour dire que je n’ai pas pris le raccourci. Le chemin continue à faire des tours et des montées et des descentes. Quelques minutes plus tard, dans une descente le pied se met à l’équerre (pas d’affolement ce n’est pas la première fois). La cheville a été un peu distendue mais tout est OK. Euh. Pas tout. Nom de Dieu ! Ma baskette a le ventre ouvert : La semelle ne tient plus que par le talon et le bout en caoutchouc, toute la partie sous la plante du pied est décollé et on peut y passer le doigt. La catastrophe ! Maintenant que faire ? Retourner sur le raccourci ou tenter de boucler l’AMT coûte que coûte ? Vous me connaissez chères lectrices et chers lecteurs. J’ai un cerveau, même frais, il n’est pas du genre à faire des analyses toujours très fines. M’enfin cette fois-ci la situation est claire : soit je tente de faire 20 km avec des trails qui ne tiennent plus les pieds et qui risquent fortement  de terminer dans les mains soit je me lance sur les 60 derniers kilomètres à parcourir avec une probalité de terminer quasiment nulle. Alors d’après vous, quel choix vais-je faire ? 20km ou 60km pieds nus ?!? Et bien, malgré mes bonnes connaissances de math je choisis de terminer cet AMT, dussè-je le terminer pieds nus ! Jusqu’où la folie des hommes va-t-elle nous entrainer ? Je ne peux vous donner de réponse à cette question fondamentale. Enfin si une : Continuer la lecture de ce récit…

 

            Je repars donc avec  des amygdales bien grosses : J’ai les boules, quoi !! Ma première décision fut de modifier mes appuis : Je porte mon poids principalement sur la jambe droite. La baskette de droite ne me parait pas bien fraîche non plus mais je n’ai pas le choix. La deuxième décision est de limiter globalement les efforts de torsion sur les trails : Tous chemins accidentés, toutes descentes seront abordés au ralenti. Il ne me reste plus que les chemins bien roulants pour donner de la gigue ! Pas franchement le pied mais il faut bien se préparer pour l’UTMB. Ma baskette est sous surveillance constante. Le terrain est des plus accidenté. Nous suivons des ornières de plus de 50 cm de profondeur. Mais, pour le moment ça tient. J’ai réellement l’épée de Damoclès sous les pieds. Damoclès l’avait lui au dessus de sa tête.

 

            Vous vous rappelez de l’histoire ? Allez, je vous en narre un bout : Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, vivait dans un château cerné d’une fosse et sans cesse sous la surveillance de nombreux gardes. Denys, qui était toujours inquiet, se trouva des courtisans qui devaient le flatter et le rassurer. Parmi eux, Damoclès, roi des orfèvres, ne cessait de flatter son maître sur la chance qu’il avait d’être le tyran de Syracuse. Agacé, celui-ci lui proposa de prendre sa place le temps d’une journée. Au milieu du festin, Damoclès leva la tête et s’aperçut qu’une épée était suspendue au-dessus de lui, et n’était retenue que par un crin du cheval de Denys. D'autres disent que cette épée était suspendue par le tyran Denys. Et ainsi il montra à Damoclès que son rôle de tyran possédait deux faces, c'était à la fois un sentiment de puissance et le risque d'une « mort » pouvant frapper à tout moment.

 

            Revenons sur terre. Je suis dépité et aussi je n’ai plus de goût à prendre des photos. Désolé.  J’arrive ainsi au 3ème ravitaillement par un pont enjambant la Meuse. La moyenne n’est pas si mauvaise que ça : Les 38 premiers kilomètres ont été parcourus en un peu plus de 6km/h et dans des conditions délicates. Au ravitaillement j’entends parler d’une certaine côte : La côte de Madagascar. Je n’y prête pas bien attention. Mon regard est réservé à mes saletés de trail ! Je repars par une petite route bitumée (presque le bonheur !). Puis il y a une suractivité humaine sur un bout de chemin à droite. Je m’approche. Ah ! Bon… Je regarde mes piteuses chaussures. Je leurs parle : ‘Là, les filles… Il va falloir tenir ! ». Je suis au pied d’un mur d’où on ne voit pas la fin : 200 mètres de dénivelé sur une longueur de 400 mètres ! Des cordelettes sont placées à notre droite pour nous aider à grimper. Ce passage ne peut pas être pas pris en photo. Je commence  l’ascension de « Madagascar » avec prudence : Jamais je n’avais prêté autant d’attention à mes appuis. Quelques dizaines de mètres sont ainsi parcourus. Repos. Bon je ressors mon appareil photo pour vous donner une idée de la chose. Je prévois déjà de revenir en 2014 (et oui en juin 2013 j’ai un 24h de programmer) avec des baskettes digne de la région ! A mon tour d’avancer, J’attrape la cordelette. La progression est lente. Le haut de la côte est atteint. Nouveau regard sur mes pieds (je vous assure que mes chevilles n’enflent pas !), l’état des baskettes est stable. Une idée me traverse le cerveau en s’y arrêtant tout de même ! J’ai de la bande autocollante pour faire des strappings. Soulageons la baskette. Je fais 2 à 3 tours (regardez la photo du pansement). Je repars sans euphorie : Normalement la bande devrait s’user. Maintenant il ne reste plus qu’à savoir à quelle vitesse. Nous évoluons sur une crête qui surplombe la Meuse et le terrain est toujours bien évidemment accidenté.

            Je trouve de nouveau un petit coin sympa : Un rocher pour poser mes vieux os, une vue sur la Meuse et deux signaleurs pour la discute. Saucisson, gâteau sport, barre de céréales et compote de pommes sont toujours au menu. Je regarde aussi passer les concurrents. Je salue mes compagnons d’un instant et repars le ventre assouvi. Nouvelle difficulté du parcours : une descente courte mais abrupte. Il y a beaucoup de personnes de l’organisation pour nous guider et une corde pour nous aider. Je décide de descendre en rappel. La technique n’est pas très au point : les bâtons ont tendance à se mêler avec les jambes. M’enfin, ça passe. En bas, c’est la route. Je vais surement vous ennuyer avec ça, mais mes yeux se posent une nouvelle fois sur mes pieds. Le bandage est parti ! La descente a eu raison de lui. Je repars donc une nouvelle fois perdre ma détresse dans un nouveau tronçon de cette forêt ardennaise. Au détour d’un chemin, mon pied bute sur une aspérité du terrain. Ma baskette droite est éventrée. Le tocsin est entrain de sonner l’arrêt de la course. Je pose mon arrière-train sur un talus. Elle baille aux corneilles ! Un concurrent passe s’inquiète de mon état. Je lui montre ma chaussure. Il me dit : « tu abandonnes ? ». Je le regarde. Quelques secondes de silence. Non, je vais bien trouver un moyen de réaliser une réparation de fortune. Il s’en va. Mes lacets sont suffisamment longs pour en récupérer un bon bout. Mon couteau suisse va enfin me servir. Il n’est pas bien gros, mais il fera l’affaire. Le premier travaille consiste à défaire les lacets pour récupérer la plus grande longueur possible. Je sors la grosse lame. J’attaque le lacet. Cré nom d’un chien cette lame n’est pas affutée. Elle va et vient sans entamer le lacet. Je sors les ciseaux (couteau suisse…). C’est pire. Les suisses sont très forts question banque mais question cisaillement ils sont plutôt nuls ! Je reprends ma lame. Il ne vaut mieux ne pas être trop pressé. Au bout d’une demi-heure le lacet a cédé. Je fais mon nœud de lacet puis je ligote mon bout de chaussures en faisant passer ma bride entre les crampons de ma chaussure pour limiter l’usure et termine par un nœud dans les passants de la languette de la chaussure. Il me reste encore un lacet (de l’autre chaussure) mais la question est la suivante : Combien de temps va tenir la gauche ? 1km ? 30km ? Ou va-t-elle tenir jusqu’au bout ? Allez savoir ! Je dois avoir plus d’une cinquantaine de kilomètres à parcourir. Je n’ai pas le choix ; Je dois trouver de la ficelle. Mais pour cela il faut retourner à la civilisation. Reprenons le bâton de pèlerin : Les quelques difficultés techniques  sont passés avec le plus de douceur possible. Chaque touffe d’herbe foulée est un petit ballon d’oxygène pour mes semelles. Nous redescendons vers la Meuse. Un beau chemin longe la rivière. Je respire : quelques familles d’autochtones  se prélassent, se baladent le long de la Meuse. Je questionne: « Avez-vous un bout de ficelle ? ». Les réponses sont négatives mais une des personnes  me redonne espoir. « Le village n’est pas bien loin. Vous devriez trouver votre bonheur ». Et oui, parfois le bonheur ne tient qu’à un fil… Le village d’Anchamps est là. Et à l’entrée du village, sur la droite, un homme se dirige dans sa cabane de jardinier. Je le hèle. L’homme me tend une oreille et me fait signe de venir. Il déroule une belle ficelle de jardinier en nylon toute blanche. Il m’en coupe plusieurs morceaux. Je suis sauvé. Je vais assurément pouvoir terminer ce trail. Je remercie chaleureusement mon sauveur. Je peux repartir. Nous sommes au cinquantième kilomètre, il en reste donc 41 à avaler. Ce village est aussi le lieu de notre 4ème ravitaillement d’eau. Après avoir mangé quelques petites friandises, je repars d’une foulée un peu plus soutenue. Et que trouvons-nous à la sortie du village ? Mais non !... Pas une paire de trail taille 44 ! Mais une côte (encore une) pour monter sur le plateau ardennais : Le plateau des Hauts-Butées.

            Je m’enfonce donc à nouveau dans une forêt : les chemins y sont humides. Je ressens une certaine chaleur dans mes baskettes. Pas étonnant. La foulée n’a pas été des plus naturelles et cela a surement contribué au développement d’ampoules. N’y pensons pas, c’est le meilleur moyen de les faire passer !!! Arriva ce qui devait arriver : Le lacet ceinturant la chaussure droite lâche. Pas grave ! Je m’arrête pour le remplacer par une cordelette. Deux tours sont effectués. Un bon nœud termine la réparation. La corde de nylon me parait sacrément solide. Je repars confiant. Quelques kilomètres plus loin, c’est au tour de la chaussure gauche de jouer au crocodile ! Elle a la gueule grande ouverte. Le caoutchouc vient de lâcher et il s’en ait fallu de peu que la mienne (de gueule) aille au tapis. Nouvelle réparation. Depuis le temps que je vous parle de mes pieds, vous devez vous posez quelques questions concernant leurs états : je vous les photographie ! Côté esthétisme, ce n’est pas encore demain que je vais me faire embaucher pour les paquets de Noël ! Mais il faut que ça tienne c’est tout ce que je demande. Je peux repartir en espérant que mon affaire soit bien ficelée ! La progression reste modérée dans cette forêt qui a connu bien des déboires (la bataille des Ardennes vous connaissez ?). Le maquis des Manises nous amènent vers le 5ème ravitaillement. L’arrivée est du genre bucolique : Sous le soleil, quelques trailers sont allongés sur un coin de pelouse tandis que d’autres sont assis et regardent, encouragent les arrivants. L’arrivée est proche (25km environ). Sur mes 4 gourdes de 600ml, je ne fais le plein d’eau que de 2 gourdes ; Il me reste 1 gourde de boisson hydratante et j’en laisse une vide (ça fait toujours ça de moins à trimbaler. Passons à mon sublime repas. Je peux terminer le dur : Saucisson et gâteau sport. Mon gâteau au chocolat est partagé avec un concurrent en perdition : il a faim et n’a rien à se mettre sous la dent. Il a fait un mauvais choix : Il est parti qu’avec des gourdes de gel et cela ne nourrit pas son homme. Certes je perds du temps lors de mes ravitaillements, mais au moins je ne laisse pas la fringale prendre mon corps. Parce que lorsque la fringale est là, elle vous stoppe net. Votre estomac n’est plus qu’un sac de nœuds ! Votre seul recours est de vous reposer et de vous alimenter. Le collègue me remercie chaleureusement avant de repartir avec son ami. Pendant ce temps je termine ma collation. Il fait beau. L’endroit est agréable. On aurait presque envie de rester. Mais, non ! Des surprises m’attendent du côté de « Roc La Tour » …

            Je laisse ce maquis pour des sentiers qui deviennent de plus en plus caillouteux. Je les aborde mollement ; Déjà que les passages techniques ne sont pas franchement ma tasse de thé, de plus mes conditions de course sont tout de même handicapantes. Donc mollo, mollo ! J’arrive dans une clairière parsemée de gros rochers. Nous devons nous diriger vers un passage encadré par deux volumineuses masses minérales (et naturelles). Nous découvrons un passage très étroit : Roc la tour. Ah ces organisateurs Ardennais sont aussi fous que les bretons ! 2 solutions s’offrent à nous : une escalade de 3 mètres de hauteur à gauche ou à droite. Bon. Ce n’est pas franchement un choix. Après une rapide inspection des lieux. Je choisis le passage de gauche. Bizarrement je pense une nouvelle fois à mes chaussures ! Pourvu que ça dure…  Le genou se lève, puis le suivant. Et hop ça passe. Les trails ont bien agrippé le terrain et les ficelles sont bien présentes. Je repars après une petite pose photo. Le terrain est agréable : monotrace au milieu d’une belle forêt, de temps en temps une belle ligne droite plane synonyme de relance pour moi. Le terrain devient une nouvelle fois un peu plus accidenté. Je me retrouve devant une paroi rocheuse bien abrupte. Tellement abrupte que des personnes y font de l’escalade. Qu’est-ce qui nous attend ? Un piolet ? Les balises nous enjoignent de longer cette falaise. Il fait sombre au fond. Je ne distingue pas bien la nouvelle surprise qui nous attend ; Il faut dire que, sans mes lunettes, je me rapproche plus de la taupe  que de l’aigle ! J’avance. Un comité d’accueil est là. Cette fois-ci je me retrouve devant un mur qui me parait infranchissable. Une charmante ardennaise me fait signe : Sur la droite, une échelle. Décidemment ce trail présente un relief de plus en plus chaotique. Jusqu’où les difficultés vont-elles croitre ? La forêt, dans la dernière partie, est des plus humides. Nous suivons un ruisseau, le traversons, puis nous nous en éloignons pour le retrouver. Les traversées de ruisseau ne sont pas du goût de mon rafistolage : Les ficelles ont tendance à s’échapper de mes trails. Je les remets en place. Par contre l’eau froide rafraichit mes pieds faisant tomber leur température ; C’est que les ampoules, à défaut d’éclairer, chauffent leur environnement ! Dernier ravitaillement d’eau. J’y retrouve le trailer affamé que j’ai dépanné. Le chemin qui longe la rivière « le Semoy » est large. Cela sent la fin du trail. Pour sûr je reviendrais. Le paysage est très agréable. Des passages très particuliers. Une distance intéressante (pour un coureur d’ultras !). Des côtes à vous couper le souffle voir plus avec un dénivelé qui concurrence les trails de haute montagne. Et une revanche personnelle à prendre avec des trails (baskets) digne de ce nom.

 Mes temps officiels de passage :

25,5km en 3h57mn              è moyenne sur les 25,5km = 6,3km /h

38km en 6h14mn                 è moyenne sur les 12,5km = 5,5km /h

64,8km en 11h51mn            è moyenne sur les 26,8km = 4,8km /h

72km en 13h17mn               è moyenne sur les 7,2km = 5,0km /h

91km en 16h28mn               è moyenne sur les 19km = 6,0km /h

 

Désolé pour ce retard de script mais un problème technique a contrecarré la sortie de cet article. Malgré le retard, je vous souhaite à tous une excellente saison à petites foulées

 

JMichel

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