2012 Bretagne Ultra Trail

            La météo pour ce week-end n’est pas très réjouissante : de la pluie pour le Samedi suivi de pluie le Dimanche et tout ça après une semaine de pluie. Le terrain de Bretagne Ultra-Trail s’annonce un tantinet boueux. C’est la 3ème fois que je participe à cette EPREUVE. Bretagne Ultra-Trail, mon ultra trail préféré. Pourquoi participer de nouveau à ce trail me direz-vous ? La raison est toute simple : Il est MAGNIFIQUE, les yeux captent tous ces paysages avec enthousiasme tandis que les jambes tremblent de plaisirs sur les chemins bretons.

            Résumé de la 1ère édition : les 117km sont parcourus en 17h00mn et 43s : Vitesse moyenne 6,9 km/h. Je termine à la 51ème place sur 133 participants. A l’arrivée nous ne sommes plus que 86. Donc 1/3 des participants n’arrivent pas à destination. Certains pensent que c’est fou. Et bien j’ai connu résultats bien plus impressionnants : 1/3 d’arrivants à l’ultra de l’Origole (75km de boue). Qui dit mieux !

            Résumé de la 2ème édition : BUT est passé à 120km et moi je suis passé à côté. Réveil en fanfare avec un jus d’orange avalé à la hâte et mes intestins se sont vidés au cours des 40 premiers kilomètres. J’ai du abandonner à Plouay ; Je n’ai pu parcourir que 58km !

            Objectif pour cette 3ème édition : Parcourir les 115km (les organisateurs ont un peu raccourci le trajet) en 16 heures : Je compte donc courir à une vitesse moyenne de 7,2km/h. J’ai mis de bonnes cartes de mon côté: mon réveil est à l’heure et je n’ai pas amené de jus d’orange cette fois-ci. Je pars donc gonfler (la tête pas l’estomac) parmi les 171 inscrits.

            Fin de vacances. Mon dernier Vendredi de congé défile sur la route en direction du Pouldu (au sud de Quimperlé). Je pars avec mon ravitaillement. Dans ma besace, un repas à faire trembler le préparateur du pot belge : Lentilles (ça vous avez l’habitude) accompagnés de boudin noir pour obtenir un mélange détonnant.  Profitons-en pour faire une digression culinaire.

Le boudin noir

            Il aurait été inventé durant l'Antiquité par un grand cuisinier grec nommé Aphtonite. L'origine du mot est obscure, elle pourrait venir de bedaine, de l'ancien français boudine, signifiant « gros ventre » ou bien alors du radical bod- qui indique quelque chose d'enflé. Rien de bien réjouissant en apparence surtout lorsque l’on regarde la composition dudit boudin : Fabriqué à partir de sang de porc, de graisse de porc et de condiments, et dans une moindre mesure du sang de mouton et de chèvre. Je sens mes canines poussées…

            Qu’est-ce qu’un trailer peut attendre de ce boudin ? Se transformer en comte Dracula ? Non. Le boudin noir est très énergétique (environ 300 calories aux 100 grammes, selon le gras qu'il contient). C'est  surtout que c’est un aliment très riche en fer : 100 grammes apportent 19 milligrammes de fer héminique (plus facilement assimilable que le fer non héminique contenu dans les légumes secs telles que mes traditionnelles lentilles).

            Je disais donc que je me véhiculais à moto. Je dois me trouver un lieu pas trop humide pour ingurgiter mon mélange lentilles/boudin. Le temps est menaçant. Un peu trop menaçant : A Rennes c’est le déluge ! Il faut patienter pour faire la pause repas. Finalement, la Bretagne reste la Bretagne : La pluie cesse pour laisser place un ciel nuageux : Vous ne pensiez pas qu’il allait faire beau tout de même ! Le repas aux lentilles et boudin fut absorbé assez rapidement. Je ne peux terminer ma gamelle. Question quantité, j’ai eu la main lourde et …. Le plat teint bien au corps ! Ce n’est pas grave j’en reprendrais demain matin au réveil.

            Les habitudes sont prises : Je plante ma tente au camping du Kérou sur l’emplacement N°6, il m’est comme qui dirait réservé. L’accueil est toujours chaleureux. C’est mieux pour les habitudes. Une fois la tente plantée, je fais quelques photos ; Vous pouvez-voir la mer depuis mon emplacement. Ah, je vais faire plaisirs aux bretons bretonnants : Dans la baie du Pouldu il fait beau. Et oui, la Bretagne reste la Bretagne, il y a toujours un endroit où il fait beau (je me refais des copains). Sacré Bretagne !

            Le soir se passe tranquillement : J’ai retrouvé mon pote Christophe (Je réanime votre mémoire. Nous avons couru ensemble aux 100km de Millau). Nous allons à la Pasta-Party du soir où j’y retrouve une connaissance : Jacques. Il y a 2 ans (je précise l’année pour les personnes qui auraient oublié que l’année dernière j’ai du abandonné) nous avions terminé la course ensemble : nous avions parcouru les 5 derniers kilomètres ensembles et passé la ligne d’arrivée en communauté.

            Rien à déclarer de particulier ni pour le réveil (hormis la délicatesse des lentilles et  du boudin) et ni pour le trajet en car : Le chauffeur arrive à destination sans faire le moindre détour. Descente du car radieuse jusqu’à ce que je m’aperçoive que j’avais laissé mes bâtons dans le car. Décidemment j’accumule les perles ! M’enfin, avec mon entrainement de trailer, je devrais ne pas trop en souffrir. Nous prenons un rapide petit café. Tous espèrent se métamorphoser en ange ou du moins récupérer leurs ailes : Dans la deuxième partie nos baskets se feront lourdes et un petit coup d’ailes ne nous fera pas de mal…

            5 heures s’approchent. Nos gentils organisateurs donnent les directives de course au pied de l’abbaye de Guern. Cette fois-ci, il n’y a pas d’autres courses ; Donc pas de risque de suivre les mauvaises balises. Le départ est donné sans un seul coup de feu. A cette heure il vaut mieux être discret ! Christophe vise 17 heures. Sagement je décide de faire le début du parcours avec lui. Nous allons d’une foulée très tranquille. Nous nous trouvons au milieu du peloton : Environ 170 coureurs ont opté pour le 115km avec un peu plus de 2400 mètres de dénivelé positif. Chaque année les fous sont toujours plus nombreux… Dans le peloton quelques folles d’ailleurs. Pas nombreuses : 5 au total. Sur le 63, elles doivent être un peu plus nombreuses. Christophe reconnait une concurrente : Sylvie. Ils ont participé à un marathon ensemble. Nous formons donc un trio virtuel et tapons la discute : je vous l’ai dit, l’allure est sage donc les mâchoires ne sont absolument pas crispées ! Arrêt technique dans la nuit noire : Un de mes lacets s’est défait. J’en profite pour demander à Christophe de me ranger mon imperméable dans mon sac. Sylvie est partie. Christophe me dit : « Aller, on rattrape Sylvie ». La foulée a changé. Elle est un peu plus dynamique. Nous remontons le peloton. Pas de Sylvie en vue. L’allure est un peu trop bonne. Du coup, je perds mon Christophe. Me voilà lancer dans la course. Les pentes sont avalées en courant. Mon impétuosité est lâchée !!!

            Le sol n’est étonnamment pas boueux. Par contre très souple : Le pied s’enfonce de quelques millimètres sur chaque impact.  C’est ultra agréable. Après une heure de course, la boue fait son apparition. Au détour d’un chemin, le pied gauche se trouve mis à nu. La basket est restée plantée dans la boue ! Arrêt immédiat. La densité de coureurs est encore importante. Je me suis garé un peu sur la droite. J’ai eu juste le temps de rattraper ma godasse qu’un groupe de coureur me passent sous le nez. Je resserre les lacets un peu plus fort mais pas trop. Attention aux risques d’aponévrose. Aponévrosite devrais-je dire. Elle m’est apparue la première fois au semi-marathon de Rambouillet. J’ai lacé trop fort ma chaussure et engendré une contrainte sur la gaine du muscle du pied. Résultats : quelques semaines d’arrêt, pas le pied quoi ! Je repars. La nuit s’efface tout doucement. Les bois sont plaisants. Je reprends le contact de mon groupe juste à la chapelle de Guelhouit. Le lieu est rempli de mystère, cette chapelle se trouve perdue dans cette forêt du vallon de la Sarre. Cette année pas d’halte photos. Bob le Bouhellec (photographe bénévole du BUT et pivot très actif) est là pour capter ces quelques évènements éphémères. Je passe en le saluant. Nous traversons une petite prairie humide : les pas font « floc-floc » pour retourner dans nos bois très rapidement. Gardant mon allure, je double. La chapelle de la Madeleine (16/17ème siècle) annonce un des tournants de ce trail : Le village de l’an mil. Idée sublime de nous faire traverser ce musée à ciel ouvert. Bob est encore là pour couvrir l’évènement. J’ai droit à une petite visite guidée. Mon appareil photo crépite : Four à pain, abris de bois, etc.... Cette année, je me fais prendre en photo avec le boss du BUT devant une hutte à toit de chaume.

            Après quelques kilomètres de relief, le parcours est devenu un peu plus roulant. Je viens de parcourir près de 27km à bonne allure et les jambes sont en bon état. Bubry est notre 1er ravitaillement en solide. Le ventre n’est jamais difficile. Il n’est pas encore 8 heures du mat et tout s’avale ! Saucisson, biscuits apéritifs et raisins secs descendent dans mon estomac sans aucune règle de bienséance ni de règle gustative. Pour le liquide,  j’opte pour l’eau gazéifié : Ca ballonne mais ça aide à combattre les crampes. Je repars. Nous sommes encore au début de la course. Les petites files de coureurs sont encore légion. Nous courons à trois. Un de mes camarades a un GPS. Je m’inquiète de la distance parcourue. 29,4km. Je regarde ma montre, il est tout juste 8 heures. Donc cela fait 3 heures que je cours. Je ne sais que dire : Aille ou Bon ! L’équation est simple ; Au trail « entre chiens et loups », j’avais mis un peu plus de 3 heures pour 30 kilomètres. Donc je tourne en moyenne à la même vitesse sauf qu’il me reste plus de 85 kilomètres à parcourir !!! Vous comprenez mes interjections : Aille ou bon… Je suis encore parti comme un jeune cabri sans expérience. En plus j’ai pris le temps de faire des photos. Et pour faciliter mon enterrement  je n’ai pas mes bâtons. Ils devaient me soulager dans les côtes et les descentes. Il va falloir être très fort pour finir en état aujourd’hui. Il faut donc que je lâche un peu de lest. L’allure a été réduite mais je continue de rattraper des coureurs. Voilà 4 heures que je cours et … arriva ce qui devait arriver : Crampe sur mollet droit. Normal me diriez-vous. Je réponds non : D’habitude cela démarre toujours à gauche ! Bon cette fois-ci, la foulée est plus que réduite. Je m’arrête. Un peu d’étirement (j’adore !). Je marche. Je me fais doubler. Je reprends une petite foulée typée sparnonienne. Et rebelote, la crampe revient. Je recommence le cycle étirement/marche/petite foulée. J’ai le temps, il doit me rester plus de 75 kilomètres à faire. Contre toute attente, je me sens bien : Finalement, je vais pouvoir reposer ma carcasse. Tout dénivelé positif est abordé en marchant. Cela fait 1 heure que je papillonne lorsque je tombe sur le point de contrôle. La personne annonce ma place après avoir noté mon numéro de dossard : 81ème. Je me sens piqué au vif. Comment ça 81ème ?!? On ne peut pas dire que j’ai couru avec retenu. Et je suis tout juste à la moitié de tableau. Faut reprendre les choses en main. Mais attention aux crampounettes ! Jean-Michel, fait voir que tu as un cerveau. Repars avec modération. Après avoir bu sans modération et manger ma traditionnelle gourde de compote de pommes, la mécanique augmente graduellement les tours par minute. La chasse est ouverte ! Forcément, les coureurs qui m’avaient doublé sont dépassés. Le diesel s’est remis à émettre  un peu de bruit. Et puis ce n’est pas totalement de ma faute. Le terrain se prête à l’attaque : les traces serpentent un sous-bois accompagnées de bosses. Je suis entrain d’arpenter le « bugul noz ». Et même quand on n’est pas breton, ça excite le « bugul noz » ! Je cours vers la mi-course avec enthousiasme. Les crampounettes ont l’air d’avoir été chassées de mes jambes. Plouay. Des bretons m’y acclament, d’autres me félicitent, pendant que d’autres sont interloqués : ils doivent être fous ces trailers. J’ai un bout de réponse à donner : To be or not to be, that is the question ! J’expire, je crois.

            Après avoir salué un photographe j’entre dans le gymnase après avoir longé un joli mur de pierres. Je regarde ma montre ; Il est 11 heures. J’ai mis une demi-heure de moins qu’il y a deux ans. Mon plan de course était d’arriver sur le coup de midi. L’apéro n’est donc pas encore servi. Encore trop rapide ! Saleté d’hormones ! Elles sont décidemment incontrôlables ! 53 kilomètres en 6 heures, belle moyenne tout de même. . . Un peu moins de 9km/h sans décompter les prises photos. En 1 heure j’aurais dépassé 24 concurrents. Je suis enregistré à la 57ème place dans un temps de 6 heures 0 minutes 18 secondes et 76 centièmes pour les lecteurs qui aiment la précision. J’arrive 1 heure (là c’est moins précis) après la tête de course. Pas si mal que ça. Ma tête fraîche calcule : Il me reste 62 kilomètres à parcourir mais sur une portion plus difficile (le dénivelé est plus important sur la deuxième partie), donc rajoutons 1 heure pour les 8 kilomètres et 1 heure pour la fatigue cela fait donc théoriquement  une arrivée vers 19h. Cela me parait très peu probable car dans ces conditions je ne suis dans le groupe des fortiches. Il ne faut pas exagérer tout de même. Je me rajoute 1 heure supplémentaire d’handicap. J’en conclue à 15 heures mon temps de course donc bien en deçà de mon objectif initial. Bon, ce n’est pas le tout de gamberger mais il faut se restaurer et décontracter les gambettes ! Je suis les mêmes règles diététiques de Bubry : Saucisson, biscuits apéritifs et raisins secs. Je m’accorde un petit extra, une petite soupe de légume. Je continue à accommoder ce merveilleux repas d’eau gazéifiée. Dans les toilettes, un miroir. J’entame la conversation avec ce dernier. Dis-moi beau miroir, est-ce que je suis fatigué ? Celui-ci me renvoie un beau visage tout frais. Aucun stigmate de fatigue. Je suis frais comme un gardon. Merci miroir !  Voilà une demi-heure que je suis dans le gymnase de Plouay. Il est temps de repartir. Même sortie. Même marches à grimper. Mais les jambes sont bien moins raides qu’il y a deux ans : Je n’ai pas de sensation d’avoir échangé mes jambes contre une paire de poteaux. Elles sont raides sans plus ! Le miroir avait raison.

            Je laisse la civilisation bretonne pour retourner dans les bois. Les roches du diable m’attendent : deuxième point fort de ce trail. Très rapidement la foulée se remet en route. C’est d’autant plus aisé que la reprise se fait sur une partie assez roulante. Mais attention à ne pas bruler trop de cartouches, la suite va être un peu plus raide. Le cerveau a l’air de contrôler une partie de mon cerveau : La partie hormonale est bridée. C’est mieux ainsi ! Mon cerveau échafaude un plan ; Je cours à une vitesse qui me permette de respirer sans rappeler ces vieilles locomotives à vapeur (le « tchou-tchou » est banni). En fait, je pars en chasse à petits pas ; J’espère rattraper des concurrents. Dès les premiers kilomètres, je double 2, 3 concurrents. L’allure adoptée est bonne. Puis plus rien. Puis de nouveau je double des âmes perdues dans une nature magnifique. Maintenant chacun est à sa vitesse et seul ! En haut d’une côte un cheval m’attend. Pas un bruit, pas un hennissement. Les chemins qui mènent vers la vallée du Scorff sont silencieux. Toujours personne. Maintenant le bruit du Scorff agite cette nature. Des haltes-photo s’imposent. La foulée est toujours contrôlée. Il valait mieux ! A la sortie de la vallée du Scorff les pentes sont raides. Raides ou pas raides, de toute façon à ce stade de la course je  franchis les pentes en marchant. Dans la descente vers les roches du diable je retrouve l’eau et des bipèdes humanoïdes ! Cela devait faire deux heures que je n’avais point vu âme qui vive. L’Ellé, 2ème rivière que nous allons suivre, annonce la venue proche des roches du diable. Le chemin y est tortueux et caillouteux avec des petits raidillons. Je rattrape un groupe. Puis m’arrête pour y faire une photo. Du coup le groupe repasse devant : L’histoire se répète indéfiniment. Je repars et je le double de nouveau. Au pied des roches du diable, tout le monde se met au pas ; Le dénivelé a calmé toutes velléités. En haut, ravitaillement en eau. Je saute ce point de désaltération, j’ai mes gourdes avec moi. Le terrain commence à m’amuser. Les hormones se réveillent. Ca tournicote, ça monte, ça descend dans des traces où il est très difficile de doubler. Le « tchou-tchou » refait son apparition. Au loin, des pêcheurs s’adonnent à leur passion. Ils se retournent. Qu’est-ce qui peut faire ce bruit là ? J’ai cassé la plénitude du filet de la rivière. Puis une alerte neuronale est envoyée au cerveau. Euh … à cette vitesse cela m’étonnerait que la carcasse tienne ! Surtout que les ressources de ma besace diminuent. Il ne me reste plus qu’une barre de céréale et une compote de pommes. Il faut gérer. Encore une grosse bosse. Les organisateurs ont décidé de nous tuer. Maintenant je commence à sentir un peu de fatigue. Vous allez me dire qu’au bout de 90 kilomètres (une estimation) c’est peut-être normal ! On retrouve l’Ellé. Notre sentier la suit. Au détour d’un virage, un concurrent cuit est là assis, immobile. Je lui demande si ça va. Il me répond qu’il essaye de trouver le sommeil. Je l’encourage à se reposer pour pouvoir repartir et terminer ce BUT (Bretagne Ultra Trail pour ceux qui auraient oublié). Une nouvelle fois je retrouve la civilisation : Quimperlé où un bon ravitaillement nous attend. Malgré ma fatigue, je continue à doubler. Encore 2 kilomètres. C’est long 2 kilomètres. C’est terrible, des bars à droite et à gauche, ma gorge pense à une bière bien fraîche. Mais je dois continuer. Enfin le ravito. Il y a du monde : Une vingtaine de personnes environ. Ah la civilisation ! Pas de bière ! Je remplis tout de même mon estomac. Des concurrents veulent abandonner. Nous sommes quelques à les en dissuader ; « Mangez, reposez-vous puis vous repartirez. Il y a moins de 20 kilomètres à parcourir ». Rien y fait. Leur décision est prise. Ils retirent leur dossard pour le donner à un responsable. Ca y est terminé pour eux. Tout d’un coup j’entends une voix familière. Jacques viens d’arriver avec son collègue Olivier. J’entends : « Bon, et bien on va terminer ensemble comme la dernière fois ! ». Je le laisse se restaurer et nous repartons ensembles.

            Les jambes sont lourdes. Jacques alterne marche et course. Je ne peux suivre le rythme de la marche : Elle est trop dynamique pour moi. Je ne suis pas encore cuit mais cela ne serait tardé. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, je vais jouer à l’élastique : En courant (maintenant j’adopte le pas du marathonien cuit) continuellement je pourrais les rattraper lorsqu’ils se mettront à la marche. Le « coat me » est dur à monter. Je vois filer mon copain Jacques. Dans la descente je reprends un peu de terrain. Je n’ai plus qu’un seul objectif : Ne pas me laisser décrocher. Nous suivons le chemin côtier de la Laita. Je perds de vue mes cibles. Dans une ligne droite, je reprends le contact visuel. Il faut y aller. Je ne peux allonger le pas mais je peux minimiser les temps de marche. Je souffre dans ce chemin côtier parsemé de petits cailloux et de descentes très abruptes pour des gambettes vraiment pas fraiches. Néanmoins j’arrive à rejoindre mes camarades, juste avant le dernier ravitaillement. Nous sommes 4 : Jacques et son ami, un concurrent Normand qui avait fait un long bout de chemin au début de la première partie et votre valeureux conteur ! Après une rapide rasade, nous repartons. Cette fois-ci, c’est moi qui donne le rythme. La mer et l’odeur de l’iode me galvanise. Nous sommes peut-être à 6 voir même peut-être 7 km/h ! Des bombes !!! Notre Normand ne veut pas aller trop vite car il tient à terminer ! Je lui réponds : « OK. De toute façon je suis complètement cuit ». L’approche du Pouldu se fait à 2 : Jacques et son ami ont décroché. Nous abordons les premières marches : Un escalier en bois. Je tiens la rambarde de droite tandis que Fabrice (le Normand) tiens la rambarde de gauche. La descente est pénible mais ça va. Nous nous rapprochons de la plage. Il faut ensuite remonter. Encore des marches à monter. Puis le gros lot : Une descente de marche en pur roche et avec une hauteur absolument pas normalisée ! Je vous ai sélectionné quelques photos du passage pour que vous puissiez vous rapprocher de la folie des hommes. Notre vie ne tient qu’à un fil : Une corde sert de main courante. Lorsque mes pieds foulent le sable, je retrouve une sensation de sécurité. Ouaih, les organisateurs sont fous mais j’aime ça… Sur le sable nous marchons surement par manque de jus. Enfin la dernière montée de marche. En haut, l’arrivée. Fabrice me laisse continuer seul. Sa petite famille est là. Donc je suis seul. Il ne me reste plus que 5 mètres pour fouler enfin la ligne d’arrivée ; Quand j’entends discuter dans mon dos. Je me retourne : Jacques, Olivier et Fabrice sont là. Jacques et Olivier se sont remis à courir et ont comblé leur retard. Je m’arrête et je les attends pour que l’on passe l’arrivée tous ensemble. Nous finissons main dans la main. C’est aussi ça l’esprit ultra-trail.

            Pour une fois j’ai remplis mon contrat : je visais 16 heures et j’ai parcouru les 115,2 kilomètres en 15 heures 24 minutes et 49 secondes : cela fait du 7,5 km/h de moyenne. Lorsque l’on me demande si j’ai bien terminé. Je réponds assurément : « Oui. Au SAMU ! ».

            Allez j’ai un peu de temps je vous raconte. Après les naturelles congratulations entres coureurs, je m’en vais pour manger assis mon plat de fin de course. Je me change : j’avais dans mon sac à dos un tee-shirt et une polaire pour ne pas avoir froid à l’arrivée. Mais je continue de trembler. Je regarde mon plateau repas sans envie. Du coup, des secouristes arrivent et m’invitent à les suivre. Je me retrouve donc dans leur camionnette pour examen. Je me couvre d’une couverture de survie. Une charmante secouriste me demande de plier les genoux. Impossible. Je n’ai plus de jus !  Elle m’aide donc. Sa collègue me prend la tension : 16/8. Le pouls est à 80. J’ai droit à un interrogatoire en règle. Mon âge, je lui donne mais à vous cher lecteur je ne vous le donne pas ! Mon adresse, personne à prévenir. La totale quoi. Puis vient une demande pour laquelle je suis assez réticent : Elle me demande ma main. Je préfère prévenir cette jeune demoiselle : je suis marié… Je la lui je donne tout de même. Je suis sans défense !!! Elle contrôle ma conscience : « si vous m’entendez, serrez-moi la main ». Je réponds après lui avoir serré la main : « Si vous m’entendez, clignez des yeux ! ». L’atmosphère se détend mais pas mes jambes…Ensuite vérification des sensations. Elle me tire la peau en faisant un quart de tour en remontant vers le poigné. Puis dit : « Vous m’avez bien ressenti ? ». Je suis très franc avec ma secouriste : « Oui et je peux vous dire que ce n’était pas très délicat ! ». Le test est fait à la main droite mais cette fois-ci avec la douceur qui sied à une demoiselle. Je suis choyé. La jeune fille me laisse son gros blouson pour me réchauffer. Reprise de la tension 14/8 et du pouls 60. Je peux quitter ces deux charmantes bretonnes.

            Des nouvelles de Christophe : 78ème en 16h53. Son contrat est rempli. Il a fait le BUT en préparation du grand du Morbihan (170km).

            Et la petite Sylvie : 116ème en 18h35. C’était son premier ultra-trail. Avec Christophe, nous avons du la doubler trop rapidement !

            Il n’y a eu que 125 arrivants. Encore ¼ d’abandons.