2013 ECO TRAIL

 

            Pour préparer le marathon de Vannes, je cherche un p’tit trail pas trop loin de la maison. J’en trouve un : L’écotrail de Bercé, au sud du Mans à 2 heures de route. La date est parfaite : 25 août. Après une fin de saison un peu chaotique et une période de repos (3 semaines sans toucher à mes baskettes), le corps réclame de la sueur…

 

Les Sarthois me proposent les 4 formules suivantes :

            Le 10 kilomètres ; Faut peut-être pas exagérer !

            Le 22 kilomètres ; M’ouais…

            Le challenge : 10 + 22 kilomètres ; Le menu n’est pas complet, il manque le dessert !

            Le 55 kilomètres ; voilà la bonne affaire ! Néanmoins cela nécessite un minimum d’entraînement. Il y a 900 mètres de dénivelé positif au menu.

 

            Je risque d’être un peu juste. Il me reste 4 semaines de préparation avec un mois de Juin où je n’ai fait que 2 sorties de 2 heures pour cause de blessure. Bon c’est vrai que début Juin j’ai couru 52km pendant 5h30 (24h des Yvelines) et que fin Juin j’ai couru 122km pendant 16h (24h de Puttelanges). Le foncier doit être taillé dans mon corps pour l’éternité ! Pour me remettre à flot j’adopte ce planning simple : je rentre de vacances le 24 Juillet et à partir du 25 juillet une sortie tous les deux jours jusqu’au 18 Août.

            A part les 2 premières séances où les jambes ont peiné (sortie 1h40 environ), les séances suivantes se sont basées sur la distance d’un semi-marathon environ avec une partie de fractionné avec une petite foulée qui carbure : Laetitia.

 

            Le lieu de la course est atypique : dans un champ de blé (coupé c’est mieux). Pas d’électricité, pas d’eau et pas de douches non plus. Juste deux toilettes sèches sont placées en bordure de champ. Bienvenue à l’écotrail de Bercé. Vous avez compris que « éco » était pour écologique et non pas économique ! Bon, comme d’habitude, j’exagère un peu. L’électricité avait été amenée grâce à de gros enrouleurs d’un bâtiment et l’eau était distribuée dans des jerricans. Le speaker pouvait délayer ses informations, et, nous, nous pouvions picoler !

            L’organisateur nous explique : « Vous allez suivre le cheval dans la ligne droite puis vous prenez à gauche tandis que le cheval lui ira tout droit et reviendra. ». Ambiance campagnarde agréable. Mon objectif global est de courir à 10km/h de moyenne ce 55 kilomètres raccourcis. En effet, problème récurent dans les organisations de trail, le débalisage par des inconnus. Constat toujours désolant, mais contre lequel il est difficile de combattre. Bon la distance sera ramenée finalement à 51 kilomètres.

 

            Le top départ est donné sans arme à feu. Deux plaques de bois vont remplacer le traditionnel pistolet. C’est toujours plus écologique. Mais attention aux doigts ! Je lance le chronomètre du GPS. Et oui j’ai élevé mon niveau technique à défaut de celui de mes gambettes. Je me suis offert pour mon anniversaire (ne me dites pas « bon anniversaire », il est passé depuis quelques mois déjà) un GPS avec une autonomie de 15 heures (c’est le max que j’ai trouvé), la vitesse (c’est assez classique pour un GPS !) et le dénivelé (important pour le trail). Il fournit en plus la température (c’est celle de la surface de votre peau, gadget à mon avis mais cela fait toujours plaisir !), l’heure et l’altitude. Fini les évaluations de vitesse et les informations erronées des spectateurs (« courage, il vous reste 5 kilomètres ». Quelques minutes plus loin un autre groupe vous dit « courage, il vous reste 5 kilomètres ». Au début cela surprend, après on sait que les chaleureux supporters n’en savent pas plus que vous…).  Sur mon écran j’ai fait afficher : La distance parcourue, la vitesse instantanée (pour ralentir si je vois que je suis parti comme un bourrin !), la vitesse minimale (ça ne sert à rien pour moi mais que voulez vous…), la vitesse maximale, la vitesse moyenne (la plus intéressante), l’altitude, la température, le temps écoulé, le dénivelé franchi et l’heure (faut pas louper l’apéro !). Toutes ces informations sont sur plusieurs fenêtres d’affichage pour le confort de l’utilisateur. Il n’y a donc plus qu’à courir jeunesse !

 

            La tête de course part relativement doucement ; Je suis en 8ème position. Je regarde mon GPS : 11,5km/h. L’échauffement commence bien tôt ! Mais comme l’organisateur nous a prévenus que la fin va être plus difficile, autant grappiller du temps dans la 1ère partie. La première côte arrive. Malgré que le moteur ne soit pas très chaud, ça passe en courant : La pente est à moins de 10%. Les suivantes sont plus raides. Du coup, en bas du raidillon je profite de mon énergie cinétique pour maintenir une allure correcte, au milieu de la pente quand les décibels se font plus pressant, je lâche du leste et termine mon ascension en marchant à 5/6 km/h. Les poumons apprécient qu’on leurs laisse le temps de respirer. Surtout que j’ai l’air de déranger. Trois concurrents se retournent régulièrement pour voir cette bête hurlante ; Attendent-ils le moment d’expiration ? C’est vrai que je suis parti vite : L’air racle le fond de mes poumons récalcitrants. C’est dur de respirer mais aussi de courir. Le terrain est dur et les ornières font mal. Les chevilles travaillent dans tous les sens : Les pieds ne trouvent pas d’appuis stables. Parfois la foulée n’est plus rectiligne : Un appui est trouvé à droite, le suivant à gauche. Les quadriceps et les adducteurs ne sont pas à la fête. L’allure est usante. Mes trois observateurs disparaissent. Je ne peux les suivre. Les kilomètres avancent. Les trailers aussi. Je me fais encore doubler par quelques concurrents moins dynamiques au démarrage, et donc bien plus sage que moi. « Rien ne sert de partir vite, il faut pouvoir tenir l’allure. » aurait dit un conteur de fables. Néanmoins je fais de la résistance ; Un V2 (vétéran 2) ne lâche pas les armes comme ça ! Les petites portions de plat sont attaquées à allure marathon : 12,5/13 km/h. Je vous le dit dans ces conditions ça couine sévère ! Ca couine même un peu trop.

 

            Je peux déjà faire un premier constat : Le GPS était là pour m’avertir sur ma vitesse (il remplit bien sa fonction) afin que je ralentisse lorsque celle-ci est trop vive. Le deuxième constat est un échec ou plutôt, en tant que prof, qualifier le deuxième constat « d’objectif non atteint » : Le cerveau n’a pas encore accepté de s’asservir à la technologie : Je lis bien une vitesse supérieure à mes capacités mais j’y crois !!!! Donc je maintiens les chevaux. Tant qu’il y a des baskettes, il y a de l’espoir. Une dame célèbre a prononcé cette phrase emblématique « Pourvu que ça dure » (je ne sais pas l’écrire dans la langue corse). Mais comme son fils des siècles auparavant, je dois abdiquer, ah ses mères de vrais porte-malheurs, afin de garder l’espoir d’arriver en état ; Je décide de limiter mon adrénaline dans les côtes. J’adopte la marche, 5km/h c’est bien suffisant. Si bien que les 21 premiers kilomètres sont parcourus en moins de 2 heures : Je suis à 10,5 km/h de moyenne dixit le GPS. Les dix kilomètres par heure de moyenne sont encore envisageable. Il reste 30 kilomètres à parcourir sans que les voyants rouges ne soient franchement allumés. Batterie pas encore à plat et pas de fusibles fondus.

 

            Mais vous savez, nous avons tous nos petits soucis : Le mien aujourd’hui se situe au niveau du ventre : Un gargouillis me tient compagnie depuis le 10ème kilomètre environ. Chemin faisant et gargouillis pressant, l’allure se réduit sans s’écrouler. Un V2, c’est coriace.  Après le 25ème kilomètre, je suis encore à plus de 11,5 km/h dans les portions « plates ». Cela n’empêche pas quelques concurrents de me doubler : J’ai du rétrograder à la 15ème position. De plus, je sens monter la vindicte populaire dans mes entrailles. Désagréable et dérangeant ! C’est la cerise sur le gâteau. Il faut cependant se tenir bien car je ne suis plus seul. Une horde régulière de challengers du 10+22 me doublent. Une horde certes. Mais pas de barbares. Nous nous saluons, encourageons ou félicitons : Le trail reste et doit rester convivial. Vous pourriez croire que se faire enrhumer cela plombe le moral. Pas du tout. Ces énergies passagères vous poussent à les suivre. J’arrive à maintenir mon allure malgré la Traviata qui se joue juste au dessus de mes gambettes. Le bonhomme est en alerte mais encore alerte.

 

            Au 32ème kilomètre, mes yeux n’ont pas réussi à repérer une petite souche. Du coup le pied droit vient se bloquer alors que le corps, poussé par son énergie cinétique, part en avant en se vrillant. La gamelle ! Je fais un roulé-boulé et me relève de suite. Ca y est. Une des règles, que j’ai adoptée par expérience, s’applique une nouvelle fois encore : Un trail sans une chute et sans une erreur d’aiguillage n’est pas un trail ! Jusqu’à aujourd’hui très peu exception à cette grammaire… L’estomac est tout retourné. C’est le moment de régulariser la situation. Je m’arrête. J’en profite pour prendre une petite collation : Mes traditionnelles compotes en gourde associées à du goûter lactée en gourde aussi mais plus consistant : Ca bouche les trous ! Il faut boire aussi. Cette halte a duré une quinzaine de minutes. Forcément ma moyenne a flanché. Ce n’est pas grave. Le principal c’est de foncer. Toujours foncer donc et ceci quelque soit la vitesse ! Je me donne… Petit à petit le rythme reprend. Le système digestif retrouve une sérénité. J’allonge la foulée. Je rattrape les concurrents que j’avais vu passer durant mon arrêt.

 

            Tiens donc. De la boue !?! Un passage d’une dizaine de mètres. Un chemin tracé dans un fossé. Devant moi. Je vois un VTT arrivé de nulle part ou plutôt tombé du ciel. C’est le vélo-balais du 10+22km. Le gars n’a pas voulu pédaler dans cette mélasse. Il a escaladé le monticule pour redescendre dix mètres plus loin au sec. Il me laisse, avec mes baskettes souillées, pour aller retrouver le dernier concurrent du 10+22km (c’est le vélo-balais !). Quelques dizaines de minutes après, à mon tour, je le rattrape. Nous échangeons quelques mots. On n’est pas des sauvages tout de même ! Puis je relance la machine et de nouveau les poumons sifflent leur désaccord ou leur joie. Je n’ai jamais réussi à bien savoir. Il ne me reste plus que 6 kilomètres. Je me lance corps et poumons dans la bataille. Je suis à 12km/h. Je grignote encore quelques places avant de passer sous l’arche de l’arrivée.

 

            Mon GPS me donne ma vitesse moyenne : 9,7km/h. Pas si mal que ça. 50,72 kilomètres en 5 heures et 13 minutes avec un dénivelé positif de 630 mètres. Je termine 18ème au scratch et 5ème V2 sur 41 arrivants.

            Ce trail sarthois se gagne en 3h59mn4s. Guillaume Chevreau a parcouru les 50,7 kilomètres a une vitesse moyenne est de 12,7 km/h. A vos baskets messieurs dames !!!