JMB 2017 Stevenson

 En préparation du Mercantour, j’ai programmé un nouveau trail : Le Grand trail de Stevenson. Et ceci en lieu et place de mon mythique Bretagne Ultra Trail. J’ai lâché un 118km pour un 100km (en fait 95km). Mais quelle mouche m’a piqué pour réduire notoirement mon kilométrage ? Aucune. Et bien, j’avais projeté  de participer à l’épreuve du mois de Juillet (200 km). Mais je ne l’ai plus vu dans les calendriers des compétitions. Et, je désirais participer à un ultra-trail dans la région où, gamin, je passais mes vacances. Une histoire d’amour… Mais pas uniquement. Le GTS présente une belle ascension celui du Mont-Lozère. Trente kilomètres de grimpette ça n’attire pas forcément les mouches mais moi si ! Je prévois un périple de 12 à 15 heures en fonction de l’état des jambes.

            Deux animaux ont écumé la région du Gévaudan. Un très connu, le loup. Le deuxième moins médiatique une ânesse. Avant de découvrir les photos magnifiques de la région, je vous propose de découvrir l’histoire de cette ânesse dont on a retenu que le nom de l’écrivain (nom du trail) qui traversa les Cévennes du nord au sud.

La minute de culture : Un écrivain dans les Cévennes...

            Le 22 septembre 1878, le jeune écrivain écossais Robert Louis Stevenson part à pied du Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire, ce n’est pas les Cévennes) avec l’ânesse Modestine. Le nom de cette ânesse n’est pas passé à la postérité. Douze jours, 220 km et beaucoup d’aventures plus tard, il arrive à Saint-Jean-du-Gard (là vous êtes bien dans les Cévennes).

Nous sommes donc en 1878 (1 siècle après le loup du Gévaudan). C’est par dépit amoureux que ce jeune homme se lance dans cette aventure. Fallait être fou ! Vous pouvez me croire, je m’y connais en folie...

            Après une minutieuse préparation et le rassemblement d’objets aussi divers que variés, inutiles ou encombrants pour une telle expédition, Robert Louis Stevenson fait l’acquisition d’une ânesse qu’il nomme rapidement Modestine. La pauvrette n’a pas eu droit à la célébrité ni aux égards de l’écrivain. Les humains sont impitoyables !

            Son journal de route fut publié un an plus tard, en 1879, sous le titre de Voyage avec un âne dans les Cévennes et précéda de quelques années ses œuvres les plus connues : L’île au trésor et L'étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde. A ma connaissance, l’ânesse Modestine n’a rien publié. D’où l’oubli de la pauvre bête.

Extrait (et commenté) du site :

https://www.chemin-stevenson.org/robert-louis-stevenson-fr/son-voyage-dans-les-cevennes.html

            Quand au loup, lui n’a pas de nom. D’ailleurs tout le monde l’a connu sous l’appellation : la bête du Gévaudan. Mais au 18ème siècle on taillait facilement un costard à l’ennemi de l’homme : le loup. Décidément l’humain est impitoyable envers les animaux.

2ème minute de culture : Histoire de la Bête du Gévaudan

            Sous le règne de Louis XIV, une bête qui est devenu la Bête du Gévaudan est à l'origine d'une série d'attaques contre des humains survenues entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767. Ces attaques, le plus souvent mortelles, entre 88 à 124 recensées selon les sources, eurent lieu principalement dans le nord de l'ancien pays du Gévaudan, région d'élevage. Quelques cas ont été signalés dans le sud de l'Auvergne, et dans le nord du Vivarais et du Rouergue.​ Cette fois-ci, c’est l’animal qui est impitoyable. M’enfin, il parait qu’il y avait un humain derrière tout ça. Cette fois-ci, l’animal a supplanté l’homme question communication !

            La « Bête du Gévaudan » dépassa rapidement le stade du fait divers, au point de mobiliser de nombreuses troupes royales et de donner naissance à toutes sortes de rumeurs, tant sur la nature de cette « bête » – vue tour à tour comme un loup (là ça arrange les personnes qui désirent éradiquer cette ligne de canidés), une hyène et même un loup-garou (à cette époque la culture n’était pas très développée).

            Alors qu'une centaine d'attaques équivalentes se sont produites au cours de l'histoire de France (environ 20 000 loups à cette époque), ce drame intervient opportunément pour la presse en mal de ventes après la guerre de Sept Ans : le Courrier d'Avignon local puis La Gazette de France nationale et les gazettes internationales voient l'occasion de s'emparer de cette affaire pour en faire un véritable feuilleton, publiant des centaines d'articles sur le sujet en quelques mois. Paris-Match n’existait pas encore, mais finalement les feuilles de choux se sont toujours gavées de faits divers.

            La grogne s’est fait entendre aux oreilles de Louis XIV. Celles du loup restait sourde mais pour les lozériens l’histoire leurs chauffait les oreilles. Du coup un des meilleurs chasseurs du roi fut envoyé pour tuer cet animal maléfique. Maintenant on enverrait un médiateur…

            Un gros loup fut abattu par François Antoine (c’est pour cette raison que l’on parle de loup du Gévaudan dans les milieux autorisés tandis que les gueux utilisent le terme de bête), porte-arquebuse du roi de France, en septembre 1765, sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes. À partir de cette date, les journaux et la cour se désintéressèrent du Gévaudan.

            Mais les méfaits de la Bête a continué. Un second animal fut abattu par Jean Chastel, enfant du pays domicilié à La Besseyre-Saint-Mary, le 19 juin 1767. Passé cette date, plus aucune mort ne lui fut attribuée. Mais des enquêtes menées bien plus tard ont lancé l’opprobre sur ledit enfant du pays. L’histoire a retenu l’histoire de la bête pas celle de Chastel. Bien que ce Chastel aurait mérité plus d’attention du grand public. Vous pouvez vous améliorer votre culture en allant sur les 2 sites suivants :

http://www.musee-bete-gevaudan.com/histoire-de-la-bete-du-gevauda

http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/1125/reader/reader.html#!preferred/1/package/1125/pub/1126/page/16

            Mais revenons à nos moutons et parlons de notre trail de Stevenson et espérons de ne pas rencontrer la Bête ! Le départ et l’arrivée se situent à Florac. Avec Jean, nous vous assurons une petite couverture « visite » de ce vieux village historique où la petite Modestine y passa avec son écrivain écossais. Quant à la bête, elle n’y passa pas pour croquer enfant ou femme. Et pourtant la Bête y est présente. Les maisons du village présentent une architecture typique des Cévennes avec ses toits en lauze (prononcez laouze). La lauze est une roche plate de nature volcanique faite de schiste, de calcaire, de basalte ou de gneiss. Autant vous dire que si les trois petits cochons avaient adoptés cette toiture même le loup du Gévaudan n’aurait pas pu souffler leur toiture ! C’est du costaud. Mais les trois petits cochons n’ont surement jamais mis les pattes dans cette magnifique région. Dommage pour eux !

            Je prends en photo ma paire de trails. J’ai réparé mes Kalenji éventrés sur l’Origole. Normalement la réparation devrait tenir. Avec Jean et d’autres camarades nous dormons dans la salle polyvalente de Florac où un des concurrents me reconnait. Sur les Vulcains en 2014, il m’avait pris en photo au Puy de Dôme et nous fait voir la photo sur son portable. Lui aussi est accompagné d’un compagnon de route. Nous mangeons ensemble et racontons nos récits de trailers infatigables… Enfin pas très longtemps car demain le petit dej est proposé à 3 heures du matin et le départ est à 4h30. La nuit va être une nouvelle fois courte.

            3 heures. Levée en fanfare. Des grognements se font entendre. Pas ceux d’un loup, juste des trailers du 40 kilomètres qui eux partent à 9 heures. Après de plates excuses, nous adoptons un comportement le plus discret possible. Comme d’habitude, nous remplissons nos carcasses afin de pouvoir atteindre le Mont Lozère (où j’y ai fait des parties de boules de neige avec mes grands-parents. Vous comprenez l’histoire d’Amour) et suivre la piste de Modestine jusqu’à Florac. 4 heures. Le traditionnel brieffing. 6 ravitaillements sont prévus. 5 normaux (solide, liqude et du chaud) et 1 atypique : la fontaine du village de Finiels au 53ème kilomètre. Les photos de cette réunion montrent un taux d’occupation de la salle relativement faible. Il faut dire que nous sommes 24 inscrits ! Le danger le plus présent est l’erreur de navigation. On ne pourra pas compter sur les camarades trailers pour nous remettre dans le droit chemin malgré notre grande solidarité entre nous. Nous risquons de courir comme des vieux loups solitaires. Il va falloir éviter de regarder ses orteils en courant!

            4h30. Les rues sont vides. La température est fraiche sans plus. Tout le monde est en short sauf moi. En ce mois d’Avril, les tiques peuvent être tentées de se taper un peu de mon sang. Avec Jean, nous préférons nous mettre dans le peloton de queue. Oui. Je sais. La tête de course n’est même pas à moins d’une encablure ! Mais bon nous sommes à l’arrière tout de même. Dès la première côte, je vois un trailer se détacher du groupe. Il n’a pas attendu pour faire parler la poudre. Après quelques centaines de mètres, il a déjà mis une cinquantaine de mètres à tout le monde. Pour ma part je cale ma vitesse à un petit 10km/h sur le plat. Mais très rapidement la vitesse s’écroule. La montée sur le plateau des causses est raide. 4km/h pour s’échauffer au milieu des calcaires c’est bien suffisant. J’en profite pour ranger mon coupe-vent dans ma poche arrière. La mécanique est montée en pression. En 3 kilomètres, 450 mètres de dénivelés sont absorbés. En haut je me tiens un 6km/h. Sur une pente à 15%, le beauceron se règle. Sur le plateau, les jambes retrouvent un p’tit 10km/h. M’enfin, je ne suis pas venu pour le plat. Mes désires deviennent réalité. Il faut retrouver Florac. La première descente. Oups ! C’est très raide et caillouteux. Mon GPS m’informe : 4km/h. Les descentes seront toujours mon talon d’Achille. Un peu de répit. La descente change de topologie. Des lacets et une pente moins raide. La vitesse augmente. Un peu trop. Vous connaissez la position d’Usain Bolt après une course : un bras tendu vers l’avant et le 2ème plié à l’arrière. Je l’ai adoptée au détour d’un virage. Sauf que moi, c’est pour effectuer un plongeon non programmé. Après un petit roulé-boulé. Je me relève. Tout va bien. Ma première gamelle n’a pas attendu 15 kilomètres. Le trail est lancé. Bon pour compléter cette sortie, il ne me reste plus qu’à me perdre comme au bon vieux temps! Le retour sur Florac s’effectue sans encombre. 14 kilomètres viennent d’être absorbés. Ravitaillement. Je prends rapidement un peu de solide et un peu de liquide. L’échauffement est terminé. Maintenant la longue ascension du Mont-Lozère est dans le viseur. J’ai prévu d’alterner marche et course. Maintenant il n’y a plus qu’à !

            Depuis le ravitaillement de Florac, 10 kilomètres viennent de défiler sous mes Kalenji. Ma réparation tient. En haut d’une butte un très joli hameau composé de quelques mas (prononcez masse). Je sors l’appareil photo pour numériser cette région cévenole inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, pour la qualité exceptionnelle de ses paysages agropastoraux, qu'elle s'attache à protéger et à valoriser. Je fais une petite boucle : la petite départementale repique vers une vallée. Pas de balise. Un croisement arrive. Pas de balise. Je reste sur la voie principale. De nouveau un croisement. Toujours pas de balise. Je me suis paumé. Maintenant il faut faire demi-tour et remonter tout ce qui a été descendu ! Bon ce n’est pas la mort. J’ai connu pire sur le BUT notamment. Le tour du hameau a induit une cinquantaine de mètres de dénivelé négatif. Je scrute la topologie du hameau. Connaissant relativement bien les Cévennes et les habitudes des cévenols, je décide de couper au milieu du hameau. Pas d’impasse, les maisons communiquent bien entre elles comme prévu. Je prends bien soin de refermer les portes des courtilles traversées. La pente est plus raide par ce chemin. Mais pour le moral, c’est mieux qu’une marche arrière ! Me voilà devant mon erreur de navigation. En prenant les photos je n’ai pas vu le balisage m’invitant à prendre à gauche. Une chute, un loupé de balisage, l’esprit trail est respecté ! Je peux continuer en toute quiétude maintenant. Plus rien ne devrait m’arriver…

           La vue est magnifique. Je rentre dans une zone boisée. Ici, c’est le pin qui prédomine et cévenol de surcroit. A l’époque des mines de charbon, le chêne a été remplacé par le pin pour deux raisons : il pousse plus vite et de plus il prévient par des craquements avant de se rompre (pour la sécurité des mineurs, c’est mieux). C’est ainsi que se développa le pin dans les Cévennes. La montée est encore longue. Je dois être à mi-chemin du point culminant. J’ai alterné, comme prévu, marche et course. Mais la pente devient plus ardue. Je ne pensais pas avoir autant de résistance naturelle sur le parcours. Ce GTS avait caché ses difficultés. Je sors du bois pour me trouver en face de 2 menhirs cévenols. Ils sont moins imposants que ces cousins bretons mais je me questionne : que font-ils là, leur alignement est-il naturel ? Pas de réponse. Ils annoncent peut-être au pauvre voyageur égaré que le terrain change. Nous entrons dans la zone graniteuse et surtout dans l’antre des vents frisquets. Je dois continuer mon chemin. 35ème kilomètre, encore une pente à plus de 20%. Les Cévennes vont finir par avoir ma peau. Ne riez pas. On ne vend pas la peau du loup avant de l’avoir tué. 40ème kilomètre, je cale. Les jambes sont lourdes. Il reste une dizaine de kilomètres à gravir. La moyenne va chuter. Nouvelle mise à jour, je réajuste le compteur sur 15 heures de course. Un trailer me rattrape. Je lui propose, comme je fais toujours, de le laisser passer. Dans ces singles, la possibilité de doubler est très réduite. Il me dit que c’est bon. Mon allure lui convient. Cela tombe bien pour tous les deux car il y a quelques passages délicats ; Nous devons passer des clôtures faites de fils barbelés. Un écarte les fils, pendant que le deuxième passe au milieu des deux fils. Puis nous tombons sur une sorte de petit escabeau en bois qui enjambe une des clôtures. Allez posons le fessier sur une marche (c’est mieux que le fil barbelé. Je ne suis pas fakir) et prenons une petite photo souvenir. La végétation haute disparait tandis que des blocs de granit font leur apparition. Le vent lui prend de plus en plus d’énergie et du coup la température chute. Nous passons avec le collègue dans un passage marécageux. Nous évitons le plus possible de faire trempette à nos pieds. Le collègue commence à me prendre quelques mètres. Je suis cuit malgré le froid ! Il reste encore quelques plaques de neige par ci par là. Le vent vigoureux me glace. Il est temps de sortir le coupe-vent. Pas facile de s’habiller lorsque votre coupe-vent se transforme en montgolfière… Bon. Je finis par y arriver. Sur le col du mont Lozère, quelques murets semi-circulaires ont été construits pour permettre aux voyageurs de se protéger du vent. Pour ma part, mon coupe-vent est sacrément efficace. La température de mon corps prend quelques degrés de plus. Par contre mon niveau d’énergie diminue et je n’ai fait que la moitié du trajet. Comprenez qu’il me reste encore une petite cinquantaine de kilomètres à parcourir! De plus il n’est pas facile de repérer les balises dans ce désert de verdure et de granit. Avec le collègue nos yeux balayent le sol à la recherche des balises et de temps en temps l’horizon pour la vue cévenole. Ce n’est pas le moment de se tromper de versant ! Ca y est. Le chemin est repéré par le collègue. Nous nous y engageons avec plaisir. C’est le versant sud du mont Lozère. Le vent y faibli. Je préviens mon compagnon que je vais m’arrêter pour y faire une halte « resto ». On contourne un petit bois. Je laisse partir mon collègue. Une descente pierreuse apparait. La fatigue et les nombreuses pierres de granit rondes m’obligent à descendre lentement : 4km/h. Je suis aussi en attente d’un  gros bloc de granit. Que faire d’un gros bloc de granit dans un trail ? Surement pas pour le ramener dans la musette en guise de souvenir ! Je me contente très bien de le ramener en version numérique. C’est pour trouver une assise où mes jambes ne toucheront plus le sol. Elles ont bien droit à un peu de repos… Une fois mon autel trouvé, je sors mon repas ¼  d’étoile au guide Michelin. Qu’importe, mon estomac se remplit de compotes, barres de céréale et d’eau tandis que mes jambes pendent dans le vide. Quel pied ! Le niveau énergétique fait remonter mon état physiologique. Pour compléter le plaisir une petite photo de cette halte. La température remonte avec cet ensoleillement sudiste. Je remets mon coupe-vent dans ma poche arrière et puis je repars plein d’espoir malgré une prévision de course de 15 heures ou plus. De toute façon, ce qu’il faut privilégier, c’est le plaisir. Le principal c’est d’arriver à Florac. Les rayons du soleil sont revigorifiants. Je peux reprendre le chemin de l’ânesse Modestine. Même si les niveaux ont été refaits, ce n’est pas pour ça que la descente est plus rapide. Trop raide et trop de pierres dans ce chemin qui doit être plutôt un ruisseau d’hivers. La descente devient moins dure. Les jambes se remettent en marche (sans faire de politique…). Les 3 trailers que j’avais vu passer lors de ma halte sont dans ma ligne de mire. La jonction est faite au 53ème kilomètre, à la fameuse fontaine. Les autochtones nous indiquent l’endroit de la source. Je refais le plein d’une gourde. L’eau est fraiche. Il faudra la boire dans un certain délai : Le temps que va mettre le fût de la gourde pour réchauffer mon eau de fontaine. Mon allure reprend et je laisse les 3 trailers derrière moi. La descente est magnifique même si elle ne permet pas d’allonger la foulée : vue imprenable sur la descente du village de Montvert. Je ne peux pas m’empêcher d’imprimer cette descente dans mon appareil photo. Le village est aussi splendide avec ses rues étroites et ses maisons construites entièrement  en pierres : regardez ces toits de lauzes. Je reste dans le village juste le temps de le traverser et d’y prendre le ravitaillement.

            Montvert, un village magnifique dans une vallée cévenole. Superbe. Mais qui dit vallée et trail dit on remonte ! Heureusement que le corps a repris du poil de la bête car, même pas sortie du village, qu’une nouvelle pente tire sur les mollets. Stevenson a été moins courageux, il a suivi la direction de Florac par la vallée du Tarn. Pas fou l’écossais ! Bon, on a signé pour un trail. Donc pas de réclamation possible. Si une. Manque un peu de balisage dans cette montée en lacet. Pas pour vous dire quel chemin suivre. A droite le précipice. A gauche le rocher. Vous n’avez pas le choix. Juste pour vous dire que vous êtes sur le bon chemin et qu’en haut il ne sera pas nécessaire de faire demi-tour car vous vous êtes trompé en bas ! J’ai hésité à faire demi-tour à mi-chemin dans l’ascension. Après une soixantaine de kilomètres, on a toujours quelques réticences à retourner sur ces pas, même à pas de loup ! En haut, la délivrance : La balise. C’est dingue comme une vulgaire bande de plastique rouge et blanc prend d’un seul coup une très grande valeur à vos yeux.


            Le physique est toujours présent. Allongeons la foulée. Ca descend à 10km/h ! Les cuisses travaillent en compression. Mais bon puisque ça va. Le ravitaillement de Cassagnas n’est plus très loin. Nom d’un cévenol mal embouché ! Au ravitaillement deux choses attirent mon regard : Mon collègue des Vulcains et une chaise. Miguel me salue et me tire une révérence. Il repart. Quant à la chaise, je l’attrape et m’installe devant le buffet. Mes jambes réclament calme et repos. Le calme, je peux leurs offrir. 24 concurrents sur l’épreuve. Pas besoin de tickets numérotés ou jouer des coudes pour être servis. La restauration va se faire dans le calme. Quant au repos, on va en prendre durant un petit quart d’heure. Mais je ne crois pas que ce soit ça que les gambettes aient besoin. Après ce p’tit moment de quiétude, il y aura encore une vingtaine de kilomètres avant d’atteindre ledit repos tant attendu. En attendant, il faut combler le niveau des réserves. Il fait beau. Je resterais bien là sur ma chaise pour faire bronzette. Cela fait un bien quinze minutes que je me prélasse et que Miguel a pris la poudre d’escampette. Faudrait que je lui prenne une quarantaine de secondes au kilo pour le rattraper. L’esprit de compétition revient de remonter en surface. Mais il me paraissait bien quand il est reparti. Le relief doit être absent sur ce final. Je devrais pouvoir lancer une belle foulée de sparnonien. Je me lève. Je replace la chaise à sa place et part pour revoir Miguel (et ne pas mourir). Nous suivons une ancienne ligne de chemin de fer (qui n’a jamais été mis en service !). C’est plat et en légère descente. La foulée n’est pas celle des beaux jours mais elle me propulse à un 10,5 kilomètres par heure. Le cerveau pousse l’organisme à atteindre son objectif du jour : Doubler Miguel. Seulement, les jambes ne partagent pas les objectifs de la direction des  opérations. Une suspension de séance est demandée. Courir ainsi pour la vingtaine de kilomètre restant, c’est techniquement pas possible. La descente sur Florac se fera avec une alternance de course et de marche. Surtout que la direction des opérations n’avait pas prévu qu’une série de petites montées apparaissent au 85ème kilomètre. Ca calme ! Une fois cette dernière difficulté avalée, il n’y a plus qu’à se lâcher pour les trois derniers kilomètres. L’osmose du corps est rétablie. L’arrivée est là. Je ne l’ai pas en visuel. Mais c’est sûr elle est là. 11km/h. A cette vitesse j’ai l’impression de voler. Le panneau Florac signale le début de commune. Plus qu’un kilomètre. Je ne dis pas que je vais sortir les chevaux. Certes la bête est euphorique mais cuite. Je maintiens le 11km/h. Cela me suffit pour prendre du plaisir… Je monte les 4 marches vers le PC course. J’arrête mon GPS. 13 heures 42 minutes et 49 secondes. Contrat rempli et même moins pire que cela n’a été envisagé qu’à la mi-course. Le commissaire sorts de la salle pour m’enregistrer. Il est 18 heures 15. Des amis de coureurs m’invitent à boire un petit coup. Une bière bien fraîche après un tel périple cela ne se refuse pas ! Et puis 9ème au scratch cela s’arrose aussi…

JMichel

Les résultats :

1er       GÉRARD Sébastien          M1      09:52:47

9ème     BAUD Jean-Michel            M2      13:42:59

15ème AMANN Jean                      M3      15:30:05

http://photospolo.wixsite.com/htlm5/gts

 

 

Comments