JMB Vulcains 2014

           Trail des Vulcains. Ce trail suscite en moi quelques stimuli : Espace sauvage, convivialité des bénévoles de l’ACFA, oxygénation, Puy de Dômes (à lui tout seul il résume cet ultra. Regardez les photos et imaginez la vue que l’on a de là haut), Sueur, le vide de votre corps à l’arrivée. Qui veut venir avec moi l’année prochaine ?

            Ce trail a des montées avec des dénivelés dépassant les 25%. Du coup j’ais mis quelques épices dans mon entrainement. Vous savez tous, amis des Petites Foulées Sparnoniennes, que mon entrainement se base sur « et j’te monte une côte », « j’te la redescends de suite », « et je recommence », et j’te fais ça pendant une bonne quarantaine de minutes et ce plan est à répéter au moins trois fois. Pendant votre trêve hivernale, j’ai rajouté 10 kilos de sable dans mon dos, et, chaque Samedi matin, j’te les ai montées chargé ces côtes gallardonaises. JE SUIS FOU. Je vous l’accorde. Mais si la folie des hommes se résumait à 10 kilos de sable dans le dos, le monde serait surement bien meilleur !

            Cependant ces épices ont vu poindre, 15 jours avant la course, un autre grain de sable qui remet tout à plat: Une conjonctivite carabinée a pris place dans mon nez la première semaine et est descendue dans mes poumons la semaine précédant le trail. Pas top comme finition. Réussir à boucler les 82 kilomètres était mon objectif de cette année. L’objectif va tenir du miracle : Il faut passer la dernière barrière horaire et pour passer cette barrière il faut que je coure à plus de 6,5km/h de moyenne… Je me présente donc sans savoir si je vais pouvoir inspirer et expirer suffisamment vite pour alimenter la mécanique. Déjà si je réussis à boucler les 72 kilomètres (ultra raccourci pour ceux qui sont un peu court) cela sera une victoire.

            Le départ est à 5 heures. La température est négative mais je ne la ressens pas comme telle. Peut-être encore un peu fiévreux le gars. La toux est bien présente. Il va falloir décalaminer les poumons. Mon plan est simple : Pendant les dix premiers kilomètres je crache mes poumons et après, une fois le vide fait, je pourrais crapahuter comme avant… Faut y croire !

            Nous partons dans une nuit rougeâtre, sous une musique à déranger les autochtones dormants et toujours avec un public d’enfer. Les premiers tours de jambes ne sont pas très dynamiques. C’est le moins que l’on puisse dire. Certes ça grimpe, une petite dizaine de % pour ce mettre en jambe. Mais là. Je coince. Pas de poumon. Pas de jambe. Aucune sensation. Enfin si. Celle de ma trachée qui déglutine l’air comme elle le peut. Très vite j’essaye de minimiser mon effort : Je marche dans les pentes un peu plus raides. Les poumons rejettent toujours un petit quelque chose qui coince. Ce n’est pas le jour aux performances. Nous lâchons le bitume pour trouver le chemin de terre. La toux ne me lâche pas. De temps en temps, je suis obligé de stopper mon avancée. Les poumons sont entrain de se retourner dans ma cage thoracique. Je m’appuis contre un arbre et évacue ce qui peut être évacué Je m’interroge : Vais-je pouvoir parcourir 5 kilomètres ? J’ai chaud. Je repars. Maintenant je me situe dans le groupe Gepetto. Faut que je m’arrête pour enlever une couche. Je viens de parcourir 3 kilomètres. Un concurrent passe et me dit : « Je te laisse la place ». Voilà c’est fait ; Je me retrouve dernier ! La température est négative et je repars avec un tee-shirt manches courtes et des manchons pour protéger mes petits avant-bras. Je me sens mieux. Je n’ai plus cette sensation de cocotte-minute. Je me retourne. Le néant. Je suis seul et personne derrière moi. Pas de débaliseur en vue. Je me rassure. Il y a encore le marathon à passer. Je peux courir tranquille sur mes deux oreilles. Devant non plus. Personne. Un moment de solitude s’empare de mon être. Bon. Il faut bien un dernier. Je repars. Malgré le manque de sensation dans les jambes, elles font leur travail. La droite passe devant la gauche puis laisse la place à la gauche. Et ainsi de suite. C’est comme ça qu’un bipède avance ! Je me donne un premier objectif : Le ravitaillement de Lemptegy kilomètre 21.

            J’avance. Ma quinte de toux ponctue mon allure. Au 5ème kilomètre je rends le bâton à mon concurrent. Je vous rappelle que je me suis donné 10 kilomètres pour vider mes poumons des cochonneries accumulées depuis quinze jours. J’espère trouver après le 10ème kilomètre la délivrance pour finir tranquillement les 72 kilomètres. Pour le moment, l’avenir n’est pas si gris que ça ; Je reprends un à un les concurrents. Tonton pourquoi tu tousse ? La question n’est pas là. La question est comment vais-je terminer ? Seul le Dieu des trailers a la réponse. Les pentes se font plus raides : L’échauffement est terminé ! Le Puy de la Nugère s’attaque, au 8ème kilomètre, avec un dénivelé de 20% pour atteindre les 30%. Je marche avec mes compatriotes de labeur. Cela me fait du bien. Les poumons se calment. Pas de halte. Il faut maintenir l’allure. Ma remontée se poursuit. Je double moins mais je double. Qui l’aurait cru au 3ème kilomètre. La forêt est magnifique. La neige tombée juste avant la course est magnifique. Nous courons sur un tapis de neige d’une quinzaine de centimètre. L’accroche est géniale : Douce avec un appui ferme. Cela change de l’année dernière ! La forêt de conifères, elle, s’est drapée d’un manteau de neige. J’ai bien fait de venir. Le dénivelé reprend. La carrière de Pouzzolane se mérite. Plus de 20% de grimpette. Cette année la luminosité ne fait pas ressortir les nuances d’ocre, de gris et de blanc. Je suis dans les temps. La nuit n’a pas encore dit son dernier mot. C’est un bon signe. 11,5 kilomètres en en 1 heure 42. 6,8km/h de moyenne. Vu mon état, c’est bien. Allez, pas de halte je continue.

            Ca y est. Je suis dans le bon wagon. Devant moi je reconnais un camarade de jeux. Nous avons fait les 24 heures des Yvelines ensembles. Je suis donc dans le bon tempo. La toux s’estompe. Ma prévision a l’air d’être juste. Je décide de caler mes crampons dans ce groupe pour être amené à Volvic en bon état. De toute façon, le terrain ne se prête pas aux dépassements. Une monotrace avec un dénivelé à vous couper le souffle (ce n’est pas le jour !). Je colle aux baskettes de mon concurrent : Je ne suis qu’à quelques centimètres de lui. Et. Mon nez …. Est au niveau de son postérieur. Situation incongrue mais imposée par le relief. Nous sommes dans la montée du Puy de la Louchadière. Les 50% de dénivelé sont largement dépassés. Je regarde ma vitesse instantanée. Je lis 2,3 km/h. C’est comme ça pendant 400 mètres ! Forcément, dans ces conditions la moyenne flanche : 12,7 kilomètres en 2 heures toutes rondes. 6,35 km/h. Inutile de tourner de l’œil, la grosse difficulté de ce trail vient d’être gravie. La moyenne doit repartir à la hausse. Ce qui est monté doit être descendu ! Après le 14ème kilomètre, le relief devient reposant. Normalement les jambes doivent reprendre du service. Cependant je ne ressens toujours rien : Toujours pas de poumon et pas de jambe. Une vitesse de 10,5 km/h s’affiche sur l’écran de mon GPS sur les zones de « plat ». Ce n’est pas une vitesse de folie. Pourtant j’aime ces moments de grisement où les jambes prennent le pas sur le cerveau. M’enfin ce n’est pas aujourd’hui que je faire la fine bouche… Pour les poumons, la bataille des Ardennes est close. Une bonne chose en soi. Je continue mon errance. Des concurrents me doublent mais le GPS me soutient : Ma moyenne prend quelques dixièmes. Vers le 15ème kilomètre, 6,4km/h. Un peu avant le 20ème s’affiche 6,7km/h. Je suis bon pour le 72 kilomètres. Mais au 20ème la machine coince. Heureusement le ravitaillement est proche. Je vais avoir besoin de repos. Je termine clopin clopan : La marche s’est invitée. Je me présente au ravitaillement de Lemptegy le moral dans les mollets ; Les chaussettes ne sont pas loin !

            Regardons la situation le plus positivement possible : Au départ je me suis posé la question : « Vais-je pouvoir faire 5 kilomètres ? ». Et me voilà au 21ème kilomètre en 3 heures et 20 minutes contre tout pronostic et dans les temps pour terminer le 72 kilomètres : 6,3km/h de moyenne. J’ai besoin de repos c’est tout. Mes quinze jours de crève ont entamé mon physique mais j’ai réussi à libérer mes poumons. Ce n’est pas l’Amérique : Quand je respire j’ai l’impression qu’une toile émeri racle tout mon appareil respiratoire. Mais le principal c’est que l’air puisse passer… Je me restaure, bois et me repose. Mon GPS hurle ! Il ne trouve plus les satellites. Normal nous sommes bien au chaud à l’intérieur. Allez, maintenant il faut repartir. Je présente mon badge au contrôle. Il est poinçonné. Mon passage à Lemptegy est validé. Je repars.

            Mauvaise surprise à la relance. La toux est revenue. Je repars de zéro : Les poumons sont toujours encombrés. Je suis à la peine. Sur les parties « plates » j’arrive à maintenir un 9,5km/h. Peut pas mieux faire. Toujours aucune sensation dans les jambes, je cours pour avancer c’est tout, et ces poumons qui me scotchent sur place lorsqu’une quinte de toux fait une éruption. Peut être est-ce le contact avec les vieux volcans auvergnats ?!? 23ème kilomètre je gagne 1/10 de km/h sur ma moyenne. Les petites difficultés je les monte en marchant. Je me fais régulièrement doubler. Je me suis donné un nouvel objectif : Monter le Puy de Dôme. Le temps est correct alors je pourrai profiter d’une vue magnifique. Même cuit, une fois là-haut, vous pouvez vous régaler ; Les yeux sont aux anges dans l’air du temple de Mercure (installé par les gallo-romains vers le 1er/2ème siècle de notre ère). Bon je ne voudrais pas vous leurrer ; N’y allez pas pour le voir. Les vestiges ont disparu. En attendant de voir le Puy de Dôme et mourir, notre chemin traverse une forêt de hêtres recouverts de la neige de l’avant-veille. C’est trop beau. Je m’arrête et prend quelques photos. Laissez-vous aller, regarder les photos. Je reprends mon bâton de pèlerin. En fait j’en ai deux et ils m’accompagnent dans ma marche vers mon Graal : Le Puy de Dôme. Je me situe en queue de peloton. Je n’ai plus de jambe. Le souffle est toujours court. Mais à chaque instant mon pied gauche double le pied droit. Puis c’est au tour du pied droit de passer devant. Ainsi va la marche de l’homo erectus.

La minute Sciences naturelles :

Homo erectus signifie homme debout. Il est le premier à conserver le feu et à utiliser certainement la parole. Ce savoir lui permet de quitter son berceau africain pour se déplacer vers des régions plus froides d’Europe et d’Asie (Son système pileux devait lui tenir trop chaud…). On en trouve des traces à Java, le pithécanthrope, et en Chine, le sinanthrope. Le premier spécimen a été découvert en 1891 (on ne nous dit pas dans quel état !). Apparu il y a 1,9 million d’années, il aurait disparu il y 300 000 ans.

 

            Certes je suis debout et la neige défile sous mes pas, mais, je sens venir la fin. Il faut grimper pour arriver au pied du Puy de Dôme. Enfin. Le ravitaillement. L’ambiance est festive. Un groupe musical anime le lieu et réanime les arrivants. 30 kilomètres en 4 heures et 35 minutes. J’ai maintenu mon rythme : 6,5km/h de moyenne. C’est décidé : Je me monte mon Puy, je le redescends et je termine là ma course. De toute façon une fois là-haut, je n’ai pas le choix, il faut redescendre. Je me restaure.

            Je pars vers mon dernier effort. Le chemin des muletiers est enneigé mais pas verglacé. Néanmoins même en marchant il faut faire attention. Il y a toujours une petite portion verglacée pour vous mettre au tapis. Pas facile cette montée. En moyenne plus de 15% de pente. Ce chemin est ponctué de « coup de cul » à 20% voir même à 30%. Au milieu de mon ascension je rencontre une surprise : Jacques, un vieux camarade de BUT (Bretagne Ultra Trail). Il descend pendant que je monte. Une accolade. Un petit mot. Et chacun s’en retourne vers son destin. Lui descend, moi je monte. La montée se fait dans la peine. Je vous l’ai déjà dit. Je suis rincé. Qu’importe le temps est propice à l’émerveillement. Malgré quelques brumes, le temps est au beau. Et. Quand vous foulez là-haut le lieu du temple de Mercure. Vous profitez d’une vue magnifique sur l’Auvergne et de sculptures façonnées par le vent. Je fais poinçonner mon badge. Tranquillement je fais le tour du propriétaire avant de redescendre. La descente s’effectue en marchant. Je suis trop fatigué pour courir. Je ne veux pas prendre le risque de glisser et de me fracasser la tête. Sage décision. Un des concurrents dans la descente est lourdement tombé : il est évacué en hélicoptère.

 

             Je retrouve mon ravitaillement au bout d’une heure et 10 minutes. Et pourtant il n’y avait que 5 kilomètres à parcourir…

            J’ai parcouru 34,82km en 5h44mn33s pour 1608 mètres de dénivelé positif. Aujourd’hui je n’ai pu enclencher que des petites foulées. A 6,1km/h de moyenne je n’ai pris beaucoup de plaisirs à courir.  Seulement mes yeux se sont régalés de ce magnifique trail.

 

Bonne saison à tous

JMichel