JMB_2014_INFERNAL

L’infernal Vosgienne : Un nom à faire trembler des pauvres petits beaucerons ! Zieuter l’affiche… Le profil est très loin de nos campagnes sparnenoises. 1000 mètres de dénivelé positif pour le 30 kilomètres. Pas si effrayant que ça. Par contre le profil laisse envisager qu’il y a bien un petit quelque chose d’infernal là-dedans ! Seul façon de le savoir, c’est d’y participer. Et attention les Vosges peuvent trembler. 2 valeureuses associations se présentent sur la ligne de départ : LAssociation Sportive de Droue sur Drouette (http://asdroue-drouette.fr/pgactu.asp?pg=jogging&pgf=actualites&pf=&id=868) et les Petites Foulées Sparnoniennes (Thierry Campion, Jean Amann et moi-même). Le temps en ce mois de Septembre est au beau fixe. La sortie ne peut être que belle. Surtout que les commentaires des organisateurs sont plutôt élogieux : « L’épreuve 2014 est une manche du Trail Tour National de la FFA. Un bon entraînement du dimanche matin pour les confirmés ou une vraie découverte du trail pour les autres, avec le dénivelé, les sentiers bucoliques, un concentré de trail ».

            Thierry, notre valeureux responsable du site, est venu avec les cousins de Droue. Jean m’accompagne ou c’est moi qui l’accompagne. Je ne sais plus. Nous arrivons la veille dans le charmant camping de Plombières les Bains. Le départ est pour Dimanche à 9h30. Horaire inhabituel pour moi. Mais que voulez-vous, suite à remise en cause de ma petite forme physique, je me suis rabattu sur le trail de 30km entrainant mon compère Jean. Alors les horaires des petits trails sont pour les lève-tards. Après deux mois d’entrainement intensif, le mollet droit à la fin du mois d’Aout a jeté l’éponge : Petite déchirure en bas du mollet. Après un petit repos et des soins (glace et baume), je me présente un peu blessé. Mon objectif est simple : Ne pas exploser mon mollet droit. Jean compte partir prudemment pour terminer dans de bonnes conditions. Pour Thierry c’est un peu le baptême du feu ! Tous les trois nous partons avec le même objectif : TERMINER LES 30 BORNES.

            9h15. Nous attendons dans le sas de départ. Un drone nous survole. Il fait p’tre une vidéo du départ. Mon mollet n’est pas impatient de partir. Ce matin, je me suis levé sans cette petite douleur le long des jumeaux. Bon signe. Malgré tout il va falloir partir piano si je ne veux pas que la Walkyrie arrive au grand galop sur mon mollet. Nous nous plaçons avec les cousins en fin de peloton. 9h30. Le départ est donné. Pour nous, c’est l’embouteillage. On a dit : Pas d’emballement ! Une première butte à gravir. Il y a un monde de folie qui nous encourage. Le temps est agréable. Un bon 13 degrés. C’est idéal quand on prévoit de le faire cool, voir même de marcher. Je m’attends à une première partie dure. Thierry et Jean s’échappent. Je reste avec Sébastien, un cousin de Droue. Puis la machine se remet en route. Aillalle ! Je retrouve Jean. Le mollet ne me rappelle pas à l’ordre. Après quelques secondes passées en compagnie de Jean, les jumeaux émettent un petit signal d’alerte. Si je veux faire parti des finishers, il va falloir rétrograder. Le cerveau a pris en main la course. Je réduis ma vitesse. 2ème embouteillage. Nickel pour le mollet. La première difficulté du jour. Un mur d’une dizaine de mètres. J’en profite pour sortir ma mémoire numérique. Clic, clac, et hop deux souvenirs dans la poche. Le parcours démarre plutôt bien. Un peu de relief en sous-bois. Très agréable. Hélas pas pour tout le monde. Une jeune femme est allongée par terre. Nous nous enquîmes de son état. Cheville foulée. Le trail n’aura pas été très long pour elle. Même pas 5 kilomètres. 2 kilomètres pour se tordre une cheville. Ce n’est pas le jour pour acheter un billet de la loterie nationale ! Nous lui souhaitons bon courage avant de repartir.

            Le vif du sujet débute : Une côte de 800 mètres qui commence par un dénivelé de 20% pour terminer à 30%. Sympa les vosgiens. Ils nous ont concocté un démarrage très progressif ! Comment le trail se nomme-t-il ? Infernal. Pas tant que ça. Les 800 mètres s’avalent assez rapidement. En 15 minutes on n’a même pas eu le temps d’avoir mal. La descente, elle, est plus problématique. Je vais devoir soulager mon mollet droit au maximum. Comment me diriez-vous ? Simple. Nous sommes des bipèdes. Alors, lorsqu’une jambe n’est pas prête pour le service, il ne vous reste plus qu’à descendre à vitesse modérée sur une seule jambe. Difficile pour le commun des mortels de comprendre que 800 mètres de descente prennent plus de temps que 800 mètres de montée. Le GPS est implacable. 20 minutes de descente. Comment peut-on perdre autant de temps ? Je vous rappelle que le sieur Jean-Michel descend sur une jambe. Et. A chaque virage la bête doit tendre vers une vitesse nulle pour ne pas se faire embarquer par la masse de son corps. Donc la gauche doit freiner pour sauver la droite. Contexte incongru pour notre République…

            Moment de repos. Une petite zone de plat. Des cris se font entendre dans la forêt. Alerte rouge (Rien à voir avec les propos précédents !) : Un nid de guêpes, ou de frelons, est juché à quelques mètres sur le tronc d’un pin. Elles ou ils ont attaqué quelques malheureux trailers. Nous nous détournons du chemin initial et communiquons le message aux suivants. Malheur à ceux qui ne se détournent pas du chemin. On ne rentre pas dans une propriété privée impunément. Nous faisons attention à nos arrières. Tout va bien, les volatiles ne nous ont pas suivi. Nous retrouvons le calme et la douceur vosgienne. Les chemins sont très agréables : des pistes étroites sur un sol souple et ferme. On aurait presqu’envie de se coucher. Bon. Ce n’est pas encore l’heure. Nous en sommes qu’au début. A la sortie du bois, je discute avec un trailer ; Il fait partie des cibles des volatiles. Son corps est rougi par l’attaque aérienne de ces insectes irascibles. Je lui conseille d’être très vigilant à son état physiologique.

            La deuxième bosse de la journée se présente sous mes crampons. Désolé pour les aficionados du plat, mais le dénivelé me fait du bien. Le mollet se tend, s’étire même ! Excellent ! Ma petite déchirure aux jumeaux se soulage naturellement. Le pied cette côte… Je revis. L’adrénaline commence à titiller le cerveau. Le cerveau est inflexible. Mon pote si tu veux terminer t’as intérêt à calmer tes ardeurs. La descente se fait relativement calmement. Ma bouche laisse échapper ce son qui m’est si caractéristique. Les gars et filles qui sont autour de moi font leurs petits commentaires. Qu’importe. La machine se remet à moitié en route. Ma foulée commence à fluidifier ma course de canard boiteux ! La gauche sert de pilier. La droite n’a plus qu’à suivre ! Cette fois-ci, le pied de nez est entamé. L’adrénaline a pris le pas sur le cerveau. Les poumons sont aussi de la fête. Ils donnent un petit tempo à cette équipée sauvage. Le terrain excite aussi. Des petites côtes. Des petits virolos. Des sous-bois magnifiques. C’est la fête. Je remonte les candidats toujours surpris par ce bicylindre rageur. En fait pas tant que ça. Le cerveau a gardé un peu de contrôle. Dans les zones de « plat », le GPS indique 12km/h. Mais attention, on a beau être dans les Vosges, les Corses s’invitent toujours en susurrant leur leitmotiv : « Pourvu que ça dure… ». Le cerveau s’inquiète. D’une main, il balaye l’adrénaline des membres inférieurs. Il faut réduire l’allure. Les poumons sont obligés de changer d’ut. Les octaves descendent. Le ravitaillement est là. Il va m’obliger à couper cette euphorie. Thierry est là. Visage marqué. Des traces de boue sur le visage laissent entrevoir un petit bain de boue improvisé. Pas très frais non plus notre Webmaster. Dur, dur ce trail de 30 bornes. Il repart. Je termine mon ravitaillement.

            Il ne me reste plus qu’à rattraper mon Thierry. Bingo. Non je ne le vois pas. La gauche se crispe. Vous pouvez le comprendre. Non cela n’a rien à voir avec  les actualités. Voilà plus de 20 kilomètres que ma jambe gauche sert d’appuis à tout mon corps et qu’elle sert de moteur. Elle capitule ; La crampe est là. Bien calée dans ma baskette gauche. Arrêt obligatoire. L’adrénaline s’est évaporée comme une sauvageonne! Mon mollet gauche ne se voue plus qu’à mes membres supérieurs pour dissiper l’acide lactique accumulé. Les mains prennent donc appuis sur le premier conifère venu. Etirement des jumeaux. Puis au tour des quadriceps. Le conifère me sert de tuteur. Initialement les forestiers se servent de tuteur pour soutenir les jeunes pousses. Mais ce conifère ne va pas m’ennuyer : il peut soutenir un vieux fou. La main droite posée sur l’écorce, pourvu que ce soit dur (subtil non ! Relire le paragraphe précédant pour ceux qui n’ont pas vu le cale en bourre), la main gauche attrape le pied gauche. Mais... Lorsque la cheville se rapproche de la fesse. Crispation des quadriceps. Trop de tension dans la gauche. Je dois déposer les armes ou tout au moins remettre le pied gauche sur le sol. Je profite de retrouver la position de l’homo erectus pour faire quelques gigotements de jambe. C’est la seule chose que je puisse faire pour les assouplir. Après cette halte improvisée, je repars très tranquillement, comme un petit vieux. Je reprends mon tempo, si souvent usité, de galérien : Une petite foulée suivie d’une petite marche. Je rentre comme je peux !

            Finalement, même avec des jambes un peu dures, on peut allonger quelques foulées à vitesse honorables après un petit délai d’attente. Je termine péniblement à 10 km/h sans pouvoir suivre un candidat terminant son 72ème kilomètre.

            Je reviendrai l’année prochaine. Cette fois-ci pour le 72 kilomètres et j’espère avec des jambes en état de titiller ce massif vosgien.

 

            Les 33 kilomètres ont été avalés en :

2 heures 30 minutes et 7 secondes par le premier : Anthony Guillard

3 heures 52 minutes et 53 secondes par Jean Amann (147ème et 13ème V2M)

4 heures et 15 minutes par Thierry Campion (246ème et 79ème V1M)

4 heures 27 minutes et 37 secondes par Jean-Michel Baud (292ème et 35ème V2M)

Sur 447 arrivants.

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