JMB_2014_ORIGOLE

            L’Origole, le trail qui tue. Jusqu’à maintenant, personne des Petites Foulées sparnoniennes ne m’avaient accompagné dans cette entreprise pour fous. Seul Sébastien m’avait accompagné mais sur le petit trail.

 

            Mais ne croyez pas que le « petit » soit petit. La boucle d’Orlande présente 675 m de dénivelé positif et quelques difficultés. J’ai toujours apprécié le terme « quelques difficultés » usité dans leur descriptif ; Vous allez me dire que c’est toujours mieux de dire : « Trail court mais vous allez tout de même vous casser les dents sur quelques beaux casse-pattes et parties boueuses ».

 

            Au sujet de la boue, je suis un peu dépité : il n’a quasiment pas plu. Le terrain risque d’être un tantinet sec sauf peut-être dans la boucle du coupe-gorge. Cette boucle ne devrait pas trop être affectée par le manque de pluie. Pas de dénivelé extraordinaire (225 m pour 22,5km). Une balade pourrait croire certains. Mais pas du tout. Cette fois-ci le descriptif est direct : Boucle éprouvante de par son terrain très imbibé. Je dirais même que cette boucle est à l’image de ce trail : Usant.

 

            Par contre, quand vous participez au grand, vous avez le droit d’exploser ce qui vous reste de vos jambes et de vos poumons ! 1600 mètres de dénivelé positif sur les 30 derniers kilomètres et selon les organisateurs « relativement difficile ». Après ce que l’on a enduré le « relativement » est surement une marque de marketing : Il a de quoi achever les survivants ! Entre 30 et 50% d’arrivants suivant les années.

 

            Les montagnards qui ne connaissent pas l’engin peuvent sourire : 80 bornes pour 2500 mètres de dénivelé, une rigolade. Je les attends avec leur sourire. Le sourire on l’a au début et à l’approche de l’arrivée. Tout le reste du temps les dents sont serrées.

 

            Cette année j’ai fait l’infernal vosgienne ; Désolé mais le tracé s’apparente à une balade à côté de l’Origole. L’Ardennes Méga trail est dur mais pas aussi éprouvant. Donc si vous voulez travailler votre mental venez au Perray en Yvelines début Décembre en espérant qu’il ait énormément plu.

 

            Bon fini la pub ! Revenons à nos trailers : 3 « petites foulées » sur le grand trail dont 1 malade qui n’a pas pu s’entrainer. Du coup notre pauvre Sébastien va accompagner les 5 « petites foulées » inscrits sur le petit et son objectif est de terminer cette première boucle. Personne sur le 50 km : Une nouveauté de cette année.

 

            Nous nous retrouvons sous le gymnase qui sert de lieu de ravitaillement. Un plus d’être au chaud alors que dehors le temps est glacial pour des euréliens, là les montagnards peuvent sourire. Sourire et angoisse sont présents. Je ne m’inquiète pour mes camarades : ils sont tous capables d’atteindre leur objectif. Certains se posent la question : « Mais qu’est ce que je suis venu faire dans cette galère ? ». Cette question a été usitée bien avant nous mais est souvent d’actualité encore de nos jours! Il fait nuit et froid. Petit détail technique que j’ai omis. Le départ est donné à 22 heures dans une nuit bien noire et glaciale : La température est largement négative. Pas terrible pour la boue…

 

            Normalement je ne devrais pas partir vite : C’est le cerveau qui le dit ! Je suis avec Jean. J’espère que sa présence va occulter mon adrénaline au départ. La traversée de la ville se passe bien. Les jambes ne réclament rien. Nous retrouvons les bois. Le chemin est étroit. Le groupe « petites foulées Sparnoniennes » est assez compact. Les jambes semblent endormies ; Tant mieux. Il y a du monde. Les trailers des trois distances sont partis tous en même temps. Les chemins sont encombrés. Des plaques de boue font leur apparition ; Je suis un peu rassuré. Un Origole sec n’est pas un Origole. La boue vient de prendre dans le milieu du chemin. Des trailers passent à droite et à gauche alors que j’ai toujours appris que le plus court chemin était la ligne droite ! Je ne m’embarrasse pas. Le cerveau dit : Tout droit. Il n’aura fallu que 3 à 4 kilomètres pour que les jambes prennent leur autonomie. A ce deuxième ordre, les jambes obéissent et en brisant la boue je double par paquets les trailers. Ca y est. Le cerveau a perdu. Les jambes se réveillent. Comme tout sanglier digne de ce nom, mes pattes s’activent de plus en plus dans cette boue. Mais si je ne veux pas ressembler à un sanglier, vaut mieux lever les jambes pour éviter un bain. Néanmoins je suis à l’écoute de mes poumons : Faut pas faire concurrence aux hiboux dans la nuit, pas de hululement. Une année, un de ces volatiles m’avaient suivi pendant plus d’une heure ! Donc laissons les dormir ! Pas trop de bruit…

 

            Fin de la première boucle. J’arrive au ravitaillement. J’ai bien tourné : les 31,3 premiers kilomètres ont été avalés en 3 heures et 25 minutes. Je dois recharger mes batteries. Je remets du benzine dans le moteur et m’assoies pour décontracter ces jambes, finalement, assez rebelles : elles ont une certaine propension à n’en faire qu’à leurs têtes ! Jean arrive quelques minutes plus tard. Il se restaure aussi puis repars. Il a peu peur de ne pas pouvoir repartir. Puis arrive Valérie. Beaucoup de monde. Valérie a été ralentie au départ. Je la questionne sur le restant de la troupe. Valérie n’a pas trop de nouvelles. Ils doivent être plus loin. Valérie se demande comment on fait pour pouvoir repartir. Bon. Va falloir y aller. Jean est devant maintenant. Ce serait pas mal de le rattraper.

 

            Je repars. Au non pas comme un bolide ! Quand vous êtes resté tranquille pendant plus d’une quinzaine de minutes, les jambes n’ont pas besoin d’un cerveau pour leur dire : « Calmos ! ».  C’est raide. Mais ce n’est pas grave. Il suffit de patienter. La course folle va reprendre de toute façon. Vous ne savez pas quand mais vous savez quand elle aura lieu. Ca y est ça repars au bout de 5 minutes. Mes deux bidons sont remplis de paillettes. Pour un pastis, la température de l’eau est parfaite. Par contre pour une tournée dans la forêt, c’est glaciale. Je remplis ma bouche de ce mélange d’eau et de glaces. Fait un shaker dans ma bouche pour faire remonter la température dudit liquide. Puis l’avale. C’est glacial mais cela booste votre homme. Mon enthousiasme sera de courte durée : Une bûche. Pas l’arbre. Une rupture d’équilibre. Et me voilà jeté vers le royaume des vers de terre. Je me tords un peu comme eux. Me relève. Je viens de perdre encore du temps sur mon camarade d’entrainement. Ce n’est pas grave. Il y a suffisamment de kilomètres à parcourir pour avoir la possibilité de refaire mon retard. Quelques kilomètres plus loin, c’est au tour des crampes de faire leur apparition. Pas bon pour revoir Jean et mourir c’est plutôt compromis. L’Origole ne serait pas l’Origole s’il n’y avait pas ce passage humide : Je me trouve dans le secteur imbibé ! Je vous le décris. Voie large et plate où poussent des végétaux amoureux de l’eau principalement sur les bords du chemin. Et alors il n ‘y a plus qu’à passer au milieu me diriez-vous ! Et bien. Ces végétaux amoureux. Ils aiment bien l’eau mais pas une mélasse de boue et de flotte. Vous pouvez à tout instant vous enfoncer jusqu’au mollet et quand vous posez votre pied sur ce lieu (infâme) vous n’êtes sûr  de rien : Vous pouvez rester planter là avec une basket de moins ou faire du bar-footing. C’est au choix ! Dans cette mélasse, vous passez de la rive droite à la rive gauche en toute humidité… Le temps est long. Nous sommes dans la 5ème dimension. Lorsque je retrouve une terre un peu plus ferme je trouve le moyen de me perdre : allez 1 kilomètre ou 2 en plus, on n’est pas à ça prêt ! Comment voulez-vous que je rattrape Jean dans ces conditions ma pauvre petite Dame ! Je termine cette boucle en un peu plus de 3 heures : 7,6 km/h de moyenne sur ce terrain imbibé. 54 kilomètres au compteur pour 6h38mn. La moyenne est encore 8,2 km/h. Va-t-elle encore décroitre ? Normalement je suis allé un peu vite dans la 1ère boucle et profiter de la 2ème boucle (on ne peut pas aller très vite) pour récupérer afin de garder des cartouches pour la 3ème boucle. Réponse dans la 3ème boucle.

 

            Normalement, j’ai prévu de monter pépère et de relancer en haut des côtes comme je l’avais fait une année. Il faut garder à l’esprit que le normalement dans toutes courses de trail n’est jamais normal. Déjà je me suis accordé une quinzaine de minutes pour me ravitailler et décontracter une nouvelle fois mes gambettes. Le départ est moins douloureux mais la deuxième boucle a laissé quelques traces indélébiles dans les jambes. Néanmoins la relance n’est pas si mal que ça : Je me remets à doubler des concurrents. Je me suis collé à un binôme. Nous discutons. Ben oui. Un trail doit rester convivial et ceci quelque soit l’état du terrain et de votre physique. Du coup on loupe une balise. Allez hop demi-tour pour la deuxième fois. Il n’y a plus qu’à recommencer. Je parle de doubler pas de se paumer ! Les jambes quémandent un peu de repos. Alors si elles demandent du repos, il faut leur en donner. L’allure se réduit. Puis l’adrénaline revient. J’ai un trailer en vue. Les jambes sont excitées. Et hop ça repart pour la énienne fois. Il n’est plus qu’à une portée de jambes. Les jambes heureuses arrivent à la hauteur pour poursuivre l’effort. Les yeux appuyés par la frontale sont à la recherche d’une balise. Et de trois. Plus de balise. Je suis encore sorti du parcours. Faut faire demi-tour et rattraper une nouvelle fois les trailers doublés. Je vais finir par être très connu à force de passer et repasser devant tant de monde. Cependant, je vous avais bien dit que la 2ème boucle avait marqué mes jambes : mollets, cuisses, je ne sais plus ! 63ème kilomètre j’entame une petite galère. Pendant plus de 22 kilomètres j’alterne marche et course. Je limite la casse, quand je cours je ne suis pas à l’agonie. C’est déjà ça ! J’arrive dans ce tempo lent à sortir des clous. Et hop encore quelques kilomètres de rabio. M’enfin chez les trailers il y a toujours un saint pour vous sortir du pétrin. Des fois il ne faut pas être pressé, c’est tout ! Un semi-marathon plus tard, la machine repart au 84ème kilomètre. Ben, non l’arrivée n’est pas proche. J’ai pris l’option avec supplément : 5 kilomètres à parcourir encore. Alors il faut fait courir encore !

 

            Bilan final : Je retrouve le gymnase après plus de 12 heures de course. 7,2 km/h de moyenne. Le final a quelque peu plombé ma moyenne. Je visais 12 heures de course. Objectif rempli. Si si il est rempli. J’ai fait 5 kilomètres de plus, ce qui rajoute une quarantaine de minutes sur mon temps final. Il n’y a plus qu’attendre 2016 pour retâter de l’Origole. Espérons qu’il pleuve abondamment durant le mois précédent pour mettre un peu plus de piment. J’aime quand cela fait mal !

 

            Vous pouvez féliciter tous mes camarades. Il fallait déjà oser s’inscrire et être parmi les finishers. L’Origole une expérience singulière.

Votre trailer toujours aussi fou

JMichel

 

 

Résultats du grand trail de l’Origole 84 km:

            Le 1er Puaud Olivier en 8h 48mn et 36s

            Le dernier classé Maignien Benoit (159ème) en 14h 28mn et 20s

            100 abandons

            Amann Jean (63ème) en 12h 11mn et 51s

            Baud Jean-Michel (71ème) en 12h 20mn et 4s

            Clément Sébastien a fait la première boucle avec les copines des petites foulées

 

Résultats du petit trail de l’Origole 31,3 km:

            Le 1er Peltier Germain en 2h 16mn et 43s

            La dernière classée Pilot Sylvie (210ème) en 5h 2mn et 3s

            11 abandons

            Dolbeau Valérie (88ème) en 3h 37mn 4s

            Jautard Sigrid (97ème) en 3h 43mn et 51s

            Bietry Frédéric (101ème) en 3h 46mn et 13s

            Hardouin-Thouard Carole (124ème) en 3h 55mn et 48s

            Pépin Nicolas (160ème) en 4h 19mn et 25s

 

Un peu plus de lecture :

http://www.generation-trail.com/Trail-2014/origole.php

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