JMB_2016_BUT

            Pour ce week end du 23 Avril, je m'en vais une nouvelle fois vers la Bretagne pour une reprise de service: Le Bretagne Ultra rail version 118km. Terminé mon année de rémission (l'année dernière je m'étais limité au 63km suite à quelques encombrements des bronches qui se sont soignés avec difficulté à cause de mon asthme) et terminé mon purpura rhumatoïde : La sieste est bien terminée !

            Mon camarade Jean ayant du boulot est parti plus tard. Mon premier job est de monter la tente puis le second job est de récupérer les dossards. N°4 pour Jean et N°6 pour moi. Du coup je profite d’un peu de temps pour faire quelques photos de l’arrivée. Je ne compte pas m’appesantir sur le parcours côtier finistérien lors de la course.

           Je retrouve mes compagnons bretons: Maurice Chenais, Christophe Guillaume, Patrick et Franck. Je fais la connaissance d’un nouveau fou: René Heintz (vieux compagnon de route de Maurice)

Présentation des fous qui n’ont pas terminé leur année 2016 :

Nos deux poids lourds des ultras:

-René Heintz è en 2016 482km pour 5 manifestations et avec une pointe kilométrique à 1463 km en 2007 pour 5 manifestations.

-Maurice Chenais è en 2016 582km  pour 4 manifestations et  avec une pointe kilométrique à 1670 km en 2010 pour 6 manifestations.

Les poids moyens des ultras:

-Christophe Guillaume è en 2016 295km  pour 2 manifestations et  avec une pointe kilométrique à 451km en 2011 pour 4 manifestations.

-Patrick Gachet è en 2016 295km  pour 2 manifestations et  avec une pointe kilométrique à 647km en 2014 pour 5 manifestations.

-Franck Maidon è en 2016 174km  pour 2 manifestations et  avec une pointe kilométrique à 700km en 2014 pour 5 manifestations.

-Jean Amann è en 2016 367km  pour 4 manifestations et  en croissance kilométrique (2015 = 191km et 2014=84km).

-Jean-Michel Baud è en 2016 361km  pour 4 manifestations et  avec une pointe kilométrique à 560km en 2012 pour 5 manifestations.

            Vous comprenez pourquoi maintenant pourquoi je participe au BUT chaque année : Cela devient le RDV des joyeux ultra-trailers. Gambettes et zygomatiques sont à la fêtes. Au fait une course est poinçonnée comme ultra si elle dépasse 42,195 kilomètres ; De ce fait on nous nomme « ultra-marathonien ». Voilà pour les présentations.

            La course démarre toujours par une petite collation : Boudin lentilles pour moi. Je viens d’avoir une information de René. Lui, il ne mange que des pommes de terre. Je pense que l’idée est bonne à reprendre car j’ai toujours des douleurs intestinales pendant mes courses. La densité de la pomme de terre devrait pouvoir absorber les acides qui trainent dans nos vieilles carcasses. Je sais pour certaines de mes lectrices, mais aussi lecteurs, que de se bâfrer de boudin à 2 heures du mat  cela ne donne pas envie de se lancer dans des ultras. Comprend pas, c’est bon le boudin noir !

            Nous voilà dans le premier car. Il est 3 heures. Allons rejoindre le bistrot des anges où nous attend café et/ou thé. Nous descendons du car. Pas de lumière. Le stand est démonté. Grande première cette année : Le bistrot des anges est fermée. Le patron a du se prendre une cuite avec Belzébuth. Pour les ignares, Belzébuth est le Second après Satan qu'il détrônera un jour. Ce prince des démons est surnommé le "seigneur des mouches" ou le "seigneur des immondices". D'une taille prodigieuse, Belzébuth est assis sur un trône immense. On le représente avec un visage bouffi aux yeux ardents, les sourcils élevés, de grosses narines, deux cornes de bouc, sur le front ceint d'un bandeau de feu, la poitrine gonflée bardée de deux ailes de chauve-souris, deux pattes de canard, une queue de lion. Il a le corps noir recouvert de la tête aux pieds de longs poils hirsutes. Personnellement, je me serai pris la cuite avant de le rencontrer au vu de sa description !!!

            Donc pas de café en 2016. Comme d’habitude je prévois un plan simple : Je pars tranquille et pas plus de 10,5km/h. Simple mais toujours problématique à suivre quand l’euphorie et l’adrénaline se pointent. Le patron fait un peu de publicité à notre René. Vous pouvez suivre René Heintz il vous amènera à l’arrivée tranquillement. OK, je tenterai de le suivre tant que Madame Adrénaline et Monsieur Euphorie me laisseront courir à vitesse modérée.

            Le départ se fait sous de bons auspices ; jambes lourdes c'est un bon signe. Le temps frais sans plus et sans pluie. Pour éviter les deux odieux personnages, je reste derrière le peloton de coureurs. Pan. L’aventure est lancée. Les jambes entrainent les mollets calmement. La moitié de mes compagnons sont devant. Malgré mon rythme léger et une température clémente (comprenez fraiche), ma libido chauffe. Je dois faire un arrêt pour me dévêtir. Jean repasse devant. Je me retrouve après mon strip-tease, que personne n’intéresse d’ailleurs, en queue de peloton. Quand je reprends mes bâtons je ne suis pas loin d’être le dernier. Pas d'affolement la route va être longue: 115kilomètres encore à parcourir. Et ne jamais oublié que, modestement, le graal c’est de franchir la ligne d’arrivée.

            Néanmoins je compte mettre entre 16 heures (si je marche bien) et 17 heures (si cela se passe pas trop mal). Sur un ultra, vous savez à l'heure que vous partez mais vous n'êtes jamais sûr d'arriver au bout. Sur mes 5 participations au 118km, j'ai terminé seulement 2 fois

1ère participation en 2010 17h15

2ème participation en 2011 Arrêt à Plouay: allez voir mon récit dans les archives

3ème participation en 2012 15h35 Je n’en reviens toujours pas !

4ème participation en 2013 Arrêt à Plouay

5ème participation en 2014 Arrêt à Plouay

6ème participation en 2015 63km

            A priori je ne suis pas parti pour faire des étincelles : Je ressens quelques gènes au niveau de la calebasse: Bières bues la veille? Je ressens quelques gènes au niveau de la cuisse juste au dessus du genou. Là, ce n’est pas très bon signe, je ressens quelques gènes au niveau gastrique: Non pas de remontée de houblon mais du boudin avalé ce matin vers 2 heures dans les commodités du camping avec un peu de précipitation peut-être. C’est sûr, faut que je me mette à la pomme de terre.

            Le premier que je rattrape est Patrick: Avec son talon et son épaule en vrac, il va à une allure raisonnable. Sacré gaillard ce breton. Son créneau de course, quelque soit mon état j’avance.

            Puis je retrouve René. Je me cale dans ses jambes: sur le site, il le dise: On peut se caler derrière René, il vous amènera jusqu'au bout. Sacré foulée ce V3. J'ai mis du temps à revenir sur lui et maintenant je peine à le suivre. Faut le suivre qu’il disait (les amateurs d’Astérix apprécieront !). Je dois le suivre. Bon au fur et à mesure ma foulée reprend du service. Avant de le doubler je le salue.

            Le troisième qui apparait à l'horizon est Jean. Le quatrième est caché par une cohorte de trailers. Je ne le reconnais pas de suite. Maurice me toise: Alors tu veux m'enfumer! Sacré non d'un chien, je pensais qu'il était sagement derrière. Mais non il sert de lièvres à une poignée de jeunes trailers! Sacré Maurice: heureusement que sa hanche le faisait souffrir. Le V3 mène la danse.

            V'là le fameux village de l'an mil. 1er arrêt: Ravitaillement en eau. 3 tasses d'eau feront l'affaire. J'y retrouve Bob le photographe bénévole de BUT. Il me reconnait. Je le vois faire marche arrière. Non il n'a pas peur de moi, il recherche la lumière. Je lui réponds que je suis là mais cela ne lui convient pas! Je prends moi aussi quelques photos; Cet endroit est toujours aussi magique.

            Au ravitaillement de Bubrey (26 km) je retrouve Franck et vois partir Christophe: Heureusement que mon toto n'a pas pu s'entrainer ces derniers temps! Puis Franck me quitte à son tour. C'est le premier ravitaillement en solide. Même si vous n'avez pas faim, il faut manger. Salés, sucrés tout y passe. Le sucré nous alimente en essence tandis que le salé est là pour huiler la mécanique: Le combat contre les fameuses crampes. C'est pour cette raison que je privilégie les eaux gazeuses. Tant pis pour l'environnement!

            Je repars avec l'idée, vous vous en doutez bien, de rattraper mes deux compères. Mais attention il reste encore 95 kilomètres à parcourir. Pas d'affolement. Rien ne sert de courir (enfin si quand même un peu), il faut savoir partir à point (dans notre cas tout le monde est parti en même temps!). Mais je dois dire que pour le moment tout se passe à merveille (hormis la petite gêne au dessus du genou. Le houblon s'est finalement évaporé dans la nuit). Le cerveau gère et les jambes ne demandent pas à appuyer sur le champignon! Tout mon corps est en osmose. Ou bien je suis encore endormi, ou les jambes ne se sont pas rendues compte que nous étions sur une course... Ce ravitaillement m'a fait grand bien: Je ne ressens plus de la lourdeur dans mes jambes. Il va falloir surveiller maintenant le fight spirit. Pourvu que Madame Adrénaline et Monsieur Euphorie n’arrivent pas au grand galop…

            Quelques bretons hagards nous regardent passer. Un couple revient de courses: Je leurs demande s'ils n'ont pas une paire de jambes neuves dans leur cabas: Réponse négative, Va falloir faire avec. Néanmoins je devrais pouvoir me passer d’un changement de pneumatique. J’ai l’impression que je fais la course parfaite. Que dit Monsieur GPS. Monsieur GPS confirme : Ma vitesse oscille principalement entre 9 et 11 km/h. A ce rythme, je rattrape Franck puis Christophe. Il me dit qu’il tire la langue. Au vu de sa préparation, en fait pas de préparation, c’est normal. Je ne m’inquiète pas pour mon Christophe ; il a du fond et un caractère de breton. Tout pour finir.

            Au ravitaillement de Plouay, un peu moins que la mi-course, c’est grise mine. Je ranime la salle et me présente devant la table de ravitaillement où une jeune femme me fait des compliments sur ma forme et mon entrain. Je lui réponds à ces compliments : « Normal, je ne suis pas breton ! ». J’aime bien titiller les bretons !!! Sur ce elle m’avoue de ne pas être bretonne. La jeune demoiselle à côté de ma non-bretonne est estomaquée. La pauvrette, elle n’a pas encore l’habitude des vieux sangliers sortant de leur bois. Ils sont assez rustiques ! Malgré cette blagounette, je suis bien servi. C’est qu’il me reste 66 km à parcourir et pas forcément les plus faciles.

            Profitons de cette halte pour décontracter les cuisses et les mollets. Sacré nom d’un sanglier, elles sont en super bonnes états ses jambes. Je repars. Effectivement, ma foulée ne ressemble pas à celle d’un canard dans le désert. Dans les années passées, je suis parti avec des poteaux télégraphiques à la place des jambes. Aujourd’hui, j’ai l’impression de me lever de mon lit et de trouver 2 jambes toutes guillerettes ! Attention, la tête doit rester froide. Elle doit avoir un contrôle total de la course. Et pour une fois elle l’a !

            Tout se passe à merveille, je retrouve les roches du diable (c’est p’tre là que le patron du bistrot des anges a fait la fête ?!?). Endroit toujours aussi magique avec ce ruisseau breton tumultueux. Moins magique le final. Une côte à couper le souffle d’un vieux beauceron. M’enfin les 2ème et 3ème féminine sont devant, je fais l’effort de les rattraper. Je savais que ce binôme de tête féminin était juste devant. Bob m’en avait informé lorsque je suis rentré dans le petit bois qui annonce ces rochers historiques. En haut, un petit rafraichissement et des spectateurs bretons. Une discussion entre personnes du cru. Un trailer qui accompagne deux copines trailers discute au sujet de la 1ère féminine. Elle vient de passer. Elle a 20 minutes d’avance et n’est pas en grande forme : Elle a, comment dire la chose le plus proprement possible, … régurgitée quelques aliments. Pas bon signe pour la suite. Ce trailer encourage ces compagnes et joue son rôle de coach. Forcément, il leurs dit que c’est tout bon et qu’elles vont pouvoir prendre la pole position. Pour ma part, je ne suis pas encore prêt pour convoiter une telle place ! M’enfin aurait dit Gaston. Je peux toujours tenter de rejoindre cette dame. 20 minutes pour 45 kilomètres, c’est envisageable. Surtout que sur un ultra, il est toujours possible de perdre beaucoup de temps sur un coup de mou. Je connais bien l’affaire… Après un rafraichissement en eau, il est temps de partir. Mes deux filles du podium restent encore pour recharger les batteries. Ah, les jambes ne sont pas aussi fraiches que ma gorge. Le coup de mou est pour moi.

            Je regarde mon GPS. Il m’informe que je viens de passer la barre des 77 kilomètres. Le physique n’est pas très frais mais le moral remonte. Et oui, il ne me reste plus qu’un petit marathon à parcourir. Je suis sur la bonne fin. Laissons les jambes se reposer un peu et laissons la première féminine s’envoler vers l’arrivée. 7/9 kilomètre heure c’est bien pour recharger les batteries. Profitons en pour respirer sur les rives de l’Elle. Mes jambes absorbent les petites difficultés de parcours sans trop couiner. La santé reviendrait-elle au galop d’un escargot ! 90ème kilomètre. Après avoir quitté les rives de l’Elle, petite grimpette de récupération, les gambettes reprennent du service. Elles profitent d’une zone descendante pour retrouver une vitesse de croisière honorable 9/10km/h, ce n’est pas si mal et pour retrouver les rives de l’Elle. Quimperlé  s’approche. Le 100ème kilomètre n’est plus très loin. Plus qu’un semi-marathon à parcourir… Quimperlé, ville dure à traverser. Pourquoi ? Tout simplement parce que vous faites des tours et des détours. Et quand vous êtes cuits, dur dur pour le moral. Aujourd’hui, ça va. Pas la grande forme. Mais il me reste un peu de jus pour relancer sur les quais en direction du ravitaillement. Ce ravitaillement est toujours sympathique. Nos spectateurs sont là pour nous encourager. Cela fait du bien. Objectif pour moi, recharger les batteries car les jambes deviennent raides.

            Ce ravitaillement est d’un côté terrible : mes camarades de courses, à ce stade de la course il n’y a plus de concurrents mais que des amis d’infortune. Il faut encourager les gars harassés qui désirent finir leur course ici. Le refrain est toujours le même : Tu manges, tu bois, tu te reposes, tu repars, tu sais bien que sur des ultras nous avons des coups de mou et que cela repart toujours (ou presque). Hochement affirmatif de la tête de mon camarade exténué. Quand les jambes sont cuites, il nous reste plus que notre tête pour continuer. Aller au bout c’est ça notre aventure humaine. On se donne jusqu’à tout oublier. Notre volonté d’en découdre avec nous-mêmes nous poussera jusqu’à l’arrivée. Ainsi va la vie d’un ultramarathonien. Quant à moi, je suis bien entamé. Prenons ce temps de repos comme un bienfait de la nature. Je me prépare à repartir. Je propose à un compagnon de repartir ensemble. Il est encore moins frais que moi. Il s’inquiète : « Tu ne pars pas trop vite ». Je réponds : « Non, je suis cuit. ». Je sais que je lui mens un peu. A l’instant je où je parle je dis la vérité, mais je sais que je vais reprendre une foulée acceptable assez rapidement. Le principal c’est de le relancer. Une fois sur le chemin, mon compagnon ira à sa foulée. C’est ainsi que nous sommes programmés : Souffrir mais avancer et aller chercher le bonheur de passer la ligne d’arrivée. Effectivement les premières foulées ont du faire sourire un vieux canard. Mais à deux on n’entend pas les ricanements… On avance. Très rapidement, je sens que quelques globules rouges qui transitent dans mes jambes. La foulée reprend du service. Je suis entrain de lâcher mon compagnon qui me congratule et me dit que pour lui il n’est pas possible de me suivre. Il va finir à sa main ! Je sais que je peux allonger la foulée car très rapidement une côte bitumée nous attend à la sortie. Et dans cette côte, le programme est déjà écrit : Marche sur tous les canaux !

            La Laïta est là. Je suis sur ces rives. Maintenant plus rien ne peux arriver. Il n’y a plus qu’à mettre un pied devant l’autre et l’affaire est dans le sac. Le moral est au beau fixe. Le cerveau joue son rôle de régulateur : il transmet quelques endomorphines aux gambettes. Et…. Quelques kilomètres plus loin le moteur reprend du service. Il ne reste plus qu’une dizaine de kilomètres. On peut allonger. 9/11 km/h s’affiche sur l’écran du GPS. Terminons à cette allure, c’est du pain béni. Je retrouve les paysages photographiés la veille. Je rattrape quelques compagnons. L’arrivée pointe son nez. Il n’y a plus qu’à se laisser aller. La fin se termine en toute quiétude contrastant avec l’après Quimperlé.

            Je marche sur le tapis d’arrivée après 15h49mn33s à un petit quart d’heure de mon record. J’ai donc bien marché !?!???? Je me place à la 45ème place (sur 129 participants). La première féminine arrive 22 minutes avant moi. Ecart stable depuis les roches du diable. Tandis que le premier passe l’arrivée après 11h12mn02s de course.

            Mes compagnons auront des fortunes diverses :

78ème Christophe en 17h44mn14s (il a lâché Jean sur le final, un bon finisseur Christophe)

79ème Jean en 17h45mn23s

94ème René en 19h01mn30s

95ème Maurice en 19h01mn35s

103ème Patrick en 19h48mn20s (Une palme de courage peut être attribuée à Patrick. 20 heures était la limite de course)

Franck a atteint Quimperlé en 13h46mn02s (une cinquantaine de minutes après moi, 100ème kilomètre)

Bonne lecture

JMichel

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