JMB_2016_UT4M

            Pour la première fois je me trouve sur Grenoble pour participer à l’Ultra Trail des 4 Massifs, UT4M pour les intimes. Je vais y participer sans mon acolyte. Jean s’est cassé le poignet en tombant d’une échelle. Il a du déclarer forfait. L’UT4M correspond au frangin UTMB ; Distance 165km (170km pour l’UTMB) avec 10 000 mètres de dénivelé (9500 pour l’UTMB). Par contre, sur l’UT4M, le nombre de participants est 10 fois moins élevé. C’est donc plus convivial. Pour avoir participé 2 fois à l’UTMB, je peux vous dire qu’on y retrouve l’esprit trail. L’UTMB c’est une usine et en plus je n’ai pas eu de chance car pour mes 2 participations je n’ai jamais fait les 170 bornes. La première fois, suite à des éboulements de terrain du à un fort orage, la course a été arrêté au bout de 21kilomètres. C’était en 2010. La deuxième fois c’est la neige qui a poussé les italiens et les suisses à fermer leur frontière. Le parcours a été réduit à103 kilomètres. C’est ainsi que j’ai tourné le dos à cette entreprise pour trouver une course qui a moins de chance (sommets moins élevés et beaucoup moins de participants) de subir les affres du temps.

            Arrivée au camping, j’ai une montée de température. Lorsque je dis au responsable du camping que je venais participer à l’UT4M, il me dit : « Ils sont partis hier, ils en parlent dans le journal. ». Là, je ne me suis pas évanoui mais je n’étais pas bien. Bon, le cerveau reprend le dessus sur les émotions : premièrement Jean m’aurait informé de mon erreur et deuxièment ce fameux départ est pour les ceusses qui font 1 massif par jour qui ont du partir hier matin. Après avoir monté ma tente je m’en vais récupérer mon dossard. Chose faite, c’est déjà plus rassurant. Je rencontre une vieille connaissance du Bretagne Ultra Trail : Franck. Il avait stoppé sa course au bout de 100km.

            6h50. C’est bientôt le départ de la course. J’ai retrouvé Franck. Je pose avec mon nouvel équipement (cadeaux de mes collègues). Tshirt flambant neuf, corsaire descendant juste en dessous des genoux avec les boosters (protection complète des jambes contre les tiques) imperméable respirant avec capuche, sur-pantalon imperméable et mes nouvelles chaussures trail que j’ai choisi pour les trails longs : des mixtes, trail/route, pour limiter l’impact des chocs de la foulée sur le long terme. Choix qui aura une grande importance par la suite. Comme d’habitude, je ma place à l’arrière garde avec Franck. Nous sommes là pour passer sur la ligne d’arrivée. Un point c’est tout mais c’est déjà beaucoup.

            7h00. Le départ est donné. Nous traversons les rues de Grenoble en direction des montagnes du Versors. L’allure est bonne. Nous dépassons les 10km/h. Mes mixtes absorbent bien les ondes de choc. Ca roule pour moi. Franck est joyeux. Faut dire que le temps est plutôt clément et que, comme moi, il aime les bons mots. C’est un joyeux breton. Les 10km/h ne vont pas tenir très longtemps. Fin de la rigolade. Nous attaquons le pied du Vercors. Ca grimpe mais ça va. Il faut juste prendre son temps. La chaleur est présente en cette fin Aout. Vivement que l’on prenne de l’altitude.

            Le premier rendez-vous avec l’histoire s’effectue en file indienne. On découvre le tremplin de saut des JO de Grenoble après avoir essuyé un petit bouchon. Le tremplin est à l’abandon. Triste panorama. Par contre, la montée, elle, n’est pas triste.  L’altitude n’est pas phénoménale, 1200m, mais la pente moyenne, 25% environ, étire chaleureusement les muscles et les tendons de mes petites gambettes. La chaleur se fait toujours ressentir. Faut aller chercher la fraicheur. Une seule solution. Grimper. Le sommet n’est pas encore à portée de main. Il y a encore 700 mètres de dénivelé à franchir. Le sol devient montagneux, comprenez caillouteux, j’ai l’impression de marcher nu-pied. Enfin le 1er sommet est atteint. Du village Saint Nizier du Moucherotte et le col de Moucherotte 800 mètres de dénivelé se sont écoulés en 1 heure et 10 minutes : à peu près 3,5km/h de moyenne, impressionnant… Une fois le col passé on découvre un champ où gambadent enfants et où des adultes farnientent en attendant leur mari ou ami sportif. L’atmosphère y est très paisible.

            Je pointe : il est 10h46mn29s. Cela fait 3 heures et 47 minutes que j’ai quitté Grenoble. Un peu moins de 1700 mètres de dénivelé tatoués dans mes mollets. Je ne vous donne pas ma vitesse moyenne, elle est loin d’affoler mon GPS. Un peu moins de 17 kilomètres de parcouru sur les 160. L’arrivée est encore loin ! J’ai 53 heures au maximum pour finir mon exploit. Je suis sur une base de 40 heures. J’ai encore de la marge. Les gambettes sont encore fraîches. Valait mieux. Je repars dans cette splendide verdure.

            La descente est paisible. La machine beauceronne est rayonnante. Faut dire que si l’on ne se fit qu’à la vitesse moyenne. La balade est pépère. J’arrive au semi-marathon pile poil pour l’apéro. Il est 11h20. Mais personne pour me servir une p’tite bière. 4 heures et 20 minutes de course. Soit moins de 5km/h. Mais pourquoi je cours ? Je devrais marcher…

            Marcher. En fait c’est que l’on fait dans les ascensions. 2ème col à grimper. C’est magnifique. Les roches sont plantées là au milieu de la verdure. Plus on grimpe et plus la flore se fait rare. Ce paysage exprime bien la rudesse de ce trail. Mais c’est beau. Et au pic de Saint-Michel. C’est magnifique. Le précipice est devant. On surplombe une vallée. Je fais une pose photo et apéro avant de prendre la descente. Et quelle descente ! Une pente à environ 35%. Les quadriceps et les bâtons sont, on ne peut plus, sollicités. Vivement le prochain ravitaillement.La fin du Vercors s’annonce. Pour certains cela va être la relève. Vous pouvez  faire vos 160 kilomètres en relais à 4. 1 massif de 40 bornes par relais. Equitable, non ?!? Une dernière petite bosse. Puis repos. Je prends mon temps. Faut pas s’affoler.

            Je profite de ce gros ravitaillement pour changer de tee-shirt. Je reste en manche courte. Je repars au bout de 40 minutes vers le massif du Taillefer. Avec un nom pareil il vaut mieux avoir rechargé les batteries ! Le temps est vraiment clément. Dans la vallée, on ressent bien cette chaleur. Allez, ça regrimpe. Le chemin de ce sous-bois est agréable. La foulée est bonne. Devant moi, à priori, 2 guides de haute montagne. Un a un sac à dos non habituel avec pour seule inscription « Avoriaz 2000 ». Ils sont tranquilles dans cette montée, ça discute. Inutile de faire le fanfaron. Le chemin est encore long. Je réduis mon allure pour rester sagement derrière ces supposés « guides haute montagne ».

            Laffrey. Kilomètre 54. Heure locale 19h29mn37s. 12 heures et 30 minutes de course. La moyenne a légèrement chutée. Rien d’anormal. Les 40 minutes de repos pris ont impactées la moyenne. Le rythme est le même depuis le début de course. Bon présage pour l’avenir. Les jambes sont encore en bonne santé. Je peux profiter de la vue du lac de Laffrey qu’on longe. Ici cela reste les Alpes. Tout plat est éphémère. Et hop une petite grimpette. Je retrouve mes 2 guides. La pente est relativement douce. Cette fois-ci, je les double sans gaspiller mes précieuses calories. Il parait que les plaisirs les plus courts sont les meilleurs. Maxime vérifiée. Cette petite pente se termine rapidement. Un faux plat descendant très très court puis une montée à une vingtaine de %. Le trail reprend ses droits. La nuit tombe et la fraicheur l’accompagne. Une autre course démarre.

            Mes pieds ne sont pas à la fête. Mes mixtes (mes chaussures) ont des semelles trop tendres. Mon épiderme plantaire identifie bien un revêtement agressif. Dans la mesure du possible, j’utilise mes talons comme 1er contact avec le sol. Heureusement que le panorama me fait déconnecter des petits tracas de la vie du trailer beauceron. Je me retrouve au pied du pas de la vache. Grandiose ! La pente qui s’offre à moi me fait tousser : 30%. Les lampes frontales tracent la piste dans un serpentin de lumière. Le paysage est lunaire. Bon on y va mais pas en courant !!! Cette montée est interminable. Je décide de faire une halte. Je mets mon clignotant à gauche au moment le plus propice. Il me faut un rocher sur lequel je puis m’asseoir afin de reposer mes membres inférieurs. Le voilà. Je m’extasie devant ce spectacle. Des lumières qui serpentent et qui ne demandent qu’à me rejoindre et d’autres qui se rapprochent du Graal : le sommet. Après cet instant de repos, je reprends mes bâtons de pèlerin. Je vois cette crête. Elle n’arrive pas bien vite. Un p’tit détour par ci, un p’tit détour par là. Sur ma gauche un trailer est dans la position du fœtus sans vêtement chaud. Je l’interpelle. Il me répond. Je continue. Cette crête se rapproche. Mais quand est-ce que je vais pouvoir l’atteindre ? Le sommet enfin. Mon dernier effort s’efface devant une scène pittoresque : Ici, en pleine nuit, un camping s’est installé. Pas de caravane. Pas de tente. Uniquement des trailers emmitouflés qui passent la nuit. Je vois un secouriste dans un gros duvet. Je l’alerte au sujet du trailer vu quelques dizaines de mètres en contrebas. Il appelle ses collègues pour savoir quelle procédure suivre. Je continue mon chemin. Nous sommes sur des crêtes. La piste se réduit. Un avertissement est écrit sur un panneau : « UT4M zone dangereuse ». Effectivement. Je prends la piste. A gauche l’abime. A droite l’abime. Je ne suis pas fâché de faire ça de nuit. On ne peut pas dire que le vide m’attire ! Ce n’est pas le tout. Mais, quand vous avez passé des heures à monter, il ne vous reste plus qu’à descendre. Vu du lecteur cela peu paraître absurde mais il ne faut pas oublier que la beauté des choses n’a pas de sens. 70 kilomètres. Pas encore la moitié du trajet…

            La descente est tout aussi vertigineuse. Par moment il faut sauter comme un cabri pour trouver l’appui. Je dois dire que je ne suis pas mécontent qu’il n’y ait pas la télévision. Comment dire… Je n’aurais pas été à mon avantage ! Je suis obligé de franchir quelques obstacles à reculons. Ma technique de descente n’est pas vraiment pas au point. Euh. C’est surtout qu’il va falloir travailler aussi la souplesse… Bon tant bien que mal, je passe ce raidillon. Un petit palier me donne un peu de répit. Par contre, j’ai maintenant l’impression d’avoir une grille de barbecue sous chaque plante de pieds. Je descends donc comme je peux. Je vois 2 jeunes trailers me doubler avec une aisance remarquable. Comment font-ils ? Même en pleine possession de mes moyens je ne serais pas capable de descendre aussi bien. En attendant je galère. Quand j’arrive à poser le talon en premier sur le sol, ça va. Quand c’est la plante, un rictus doit apparaitre sur mon visage. Je me pose la question si je n’aurais pas percé mes semelles. La descente est bien raide. La foulée n’est pas très bonne. Les jambes en pâtissent. En clair, je galère.

            J’arrive au ravitaillement du Poursellet. J’ai un doute sur l’état de ma semelle gauche. J’enlève ma chaussure. Je la retourne. Et non, il n’y a pas de trou ! Par contre mes plantes de pied sont particulièrement échauffées. Je ne peux pas terminer cette course sur les talons. Il est environ 4 h du matin. Je dois prendre une décision. Je décide d’arrêter là. J’aurais parcouru 76,3 kilomètres avec 5039 mètres de dénivelé en 19 heures et 52 minutes et 47 secondes. On ne gagne pas à tous les coups.

            Mon copain breton, Maidon Franck, le termine en 30h41mn49s. Comme quoi pas besoin d’être montagnard pour oser ce défi. Bravo Franck.

            Bilan de l’état de mes pieds : Sous l’épiderme du pied gauche, une belle ampoule et sous l’épiderme du pied droit 2 ampoules. Il fallait s’arrêter.

JMichel

 

 

 

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