JMB_BUT_2015

            Pour la première fois, je me présente au 63km du Bretagne Ultra Trail. Usuellement je participe au 118km. Qui a dit que l’âge pesait sur mes jambes ?!? Certes. Je cours dans la catégorie V2, tout comme Jean. Mais tant que le souffle et les jambes vont, je ferai mes petites sorties. Alors pourquoi que le 63 kilomètres? Je suis en mode remise en forme à cause de saletés de microbes qui ont séjourné dans mes poumons l’année dernière.

 

            Lieu de villégiature : Clohars-Carnoët, camping le pouldu. Accueil toujours chaleureux, c’est la 6ème année où je plante ma tente et où je retrouve deux inconditionnelles du BUT : Christophe (il était avec nous au marathon de la Rochelle) et Patrick. 6 fois finishers les deux loustics ; Quoiqu’il arrive, ils ne lâchent rien. Suivant la forme ils arrivent après 16h30/19h30 de course. Quant à moi : 5 participations, la première 17h, la deuxième arrêt au 53ème kilomètre, la troisième en 15h25 (je n’en reviens toujours pas), puis encore 2 arrêts au 53ème kilomètre. Fin de l’hémorragie.

 

            Les retrouvailles sont toujours joyeuses ; Vous pouvez interroger Jean à ce sujet, il vous confirmera…

 

            Bon rapide présentation du « Bretagne Ultra Trail 63 km » : Ultra-trail d’une distance d’environ 63 kms (65,98km selon mon GPS et sans se perdre) pour un dénivelé positif d’environ 1300 mètres (1401 mètres selon mon GPS et sans faire de rab !). Le parcours consiste à relier La ville de Plouay (56) à la plage des Grands Sables au Pouldu en Clohars-Carnoët (29) et forcément sans une seule ligne droite !

 

            La préparation du matin est calée sur le départ en car (c’est juste pour l’aller…) : Le premier car est à 8h00 donc le réveil doit sonner le tocsin à 6h00. 1 heure de grasse mat en plus par rapport à d’habitude. La cantine étant fermée à cette heure là, nous investissons les sanitaires : On y mange, on s’y lave les dents, les vacances des Messieurs les sangliers quoi…

 

            Je fais le pari qu’il ne va pas pleuvoir ou quelques gouttes tout au plus. Je vous rappelle que nous sommes en pleine Bretagne. Le pari est donc osé au vu des messages « météo ». Je ne prends pas mon imperméable. Je me cape de notre coupe-vent vert « Petites Foulées Sparnoniennes ». En dessous tee-shirt technique avec les manchons. C’est léger mais il ne fait pas très froid et quand la machine se met en route il lui arrive de chauffer. L’aller du périple s’effectue en car : Il nous faudra revenir à pied. Je sais c’est un peu surprenant pour le commun des mortels : Pourquoi se faire déposer en car à plus de 60 bornes de son lieu de villégiature pour revenir à pince et par des chemins pas toujours très carrossables? Faut-être à moitié fou ! Je confirme. Les fous eux se font à déposer à plus de 100 bornes... L’attente à Plouay est un peu longue. J’ai cru que le départ était à 9h00 mais non : C’est 10h00. Patientons et discutons. Un concurrent avec un Tee-shirt « UT4M » est à nos côtés. Je le questionne au sujet de cette course car elle est dans mes tablettes. Le descriptif de cette course est simple : Très beaux paysages autour de Grenoble et très sympa. Bon, à prévoir dans une paire d’années. 160 kilomètres avec 10000 mètres de dénivelé ça se prépare à l’avance !

 

            Le départ va bientôt être donné. Je décide d’enlever une couche : hop, le coupe-vent se retrouve dans mon petit sac à dos « Saintélion ». De vert fluo je passe à orange fluo. Normalement, je devrais partir calmement pour terminer dans de bonnes conditions. Mais jusqu’à ce jour, je n’ai jamais réussi à contrôler mon adrénaline. Dès que le sang se met à chauffer, il passe rapidement en phase vapeur !

 

            Ca y est. C’est parti. Faut y aller mollo-mollo. Cette fois-ci… Le début est lancé… A une bien trop grande vitesse. Le GPS indique 10 km/h sauf sous le tunnel. Evidemment, je capte plus les satellites ! La machine caracole déjà à plus de 12 km/h sur les phases de plat. Les premiers dénivelés s’abordent en courant (à croire que l’homme tente un suicide).  Ce n’est vraiment pas sérieux. M’enfin. Les 15 premiers kilomètres sont parcourus en moins d’une heure trente. Un peu trompé sur le calmement. En ce qui concerne la météo, je ne me suis pas trompé : il ne pleut pas, nous avons même quelques éclaircies ; La température est douce pour des générateurs de calories. Côtes, petits singles, racines, rien ne me ralentit. Course euphorique et bruyante : Le V2 fonctionne à pleins poumons. Les roches du diable s’annoncent. De gros cailloux ont raison de mon dynamisme. C’est qu’il faut la lever la gambette. Exercice peu en adéquation avec mon âge (euh, je n’ai jamais été très performant dans ce domaine là). Les roches du diable, un des passages mythiques de ce trail et au combien !

 

Je vous narre le descriptif sportif : Entre le Faouët et Quimperlé, dans une campagne boisée et vallonnée (je confirme, il y a de quoi faire couiner les cuisses), les Roches du Diable composent un paysage grandiose, non loin de Locunolé. Du haut d’un lacis de sentiers, on découvre un impressionnant chaos de blocs granitiques (c’est là où il faut lever la gambette) où cavalcade l’Ellé (Ce n’est pas un concurrent mais une rivière !). Le temps et la rivière ont arrondi les angles. Cependant quand le débit s’accélère, les rapides peuvent redevenir diaboliques. De quoi amuser des kayakistes…de haut niveau. D’ailleurs, des compétitions sont organisées ici.

Je vous narre le mythique : Saint Guénolé (c’était le père Fondateur de l'abbaye de Landévennec en +504 avant le fameux JC) lui-même est séduit par ce site unique, creusé par l’Ellé. Il décide de s’installer dans cet amas de roches aux formes évocatrices, afin de fonder son ermitage. Certains blocs prennent une originale forme de table, d’écuelle, et de chaire à prêcher. Confort et eau à tous les étages ! Seul souci ; cet ensemble  appartient au Diable. S’en suit une homérique lutte qui oblige le Diable à s’isoler de l’autre côté de l’Ellé. Après cette bataille, saint Guénolé a besoin d’un pont pour prêcher la bonne parole. Pour le construire, il conclut un pacte avec le diable (il n’a pas bien lu le contrat…). La première âme qui franchit le pont doit revenir au maître des Enfers (Vous comprenez maintenant pourquoi je ne suis jamais le premier dans les courses !). Mais c’est un écureuil que le saint envoie sur le parapet (pas très franc ce celte !). Vexé (il s’est surement dit que l’on ne l’y reprendrait plus mais un peu tard…. Pour le moment le diable est rouge de colère), le diable s’enfonce dans l’Ellé, créant un insondable gouffre. En sautant sur les volumineuses roches garnies de mousses, en suivant le courant sur le chemin qui serpente sur la rive, vous aurez peut-être la chance de trouver ce passage dans lequel serait caché un trésor (Mais que vient faire ce trésor dans cette histoire ?).

 

            Reprenons le cours de notre histoire. Je vous confirme la présence du ledit pont. Pas de conflit en vue. Je le prends et je suis maintenant le cours de l’Ellé dans l’autre sens et sur l’autre rive. C’est plat. Bien sûr puisqu’on suit un cours d’eau. Le chemin est parsemé de pièges : trous humides et racines sont près à vous catapulter chez le diable bien content de trouver autre chose qu’un écureuil. La méfiance est de mise ; L’allure est réduite. Voilà quelques kilomètres que je tourne le dos à ce pan d’histoire et ma vitesse moyenne est constante : 10 km/h au bout de 25 kilomètres de course. Autant vous dire que tenir cette moyenne sur 63 bornes c’est de la course fiction. Une fois je me suis rapproché de cette moyenne : 9,8km/h sur un 50 bornes roulant. Il n’y a pas beaucoup de solutions : Soit je deviens plus sage, soit je vais devoir me trouver un arbre pour faire passer des crampes. Jean est certes derrière. Néanmoins, il ne devrait pas tarder à me rattraper lorsque je serais obligé de lâcher du lest. Le cerveau s’est fait entendre. Surtout que les cuisses, dans la série de côtes qui se présentent, envoient des alertes annonciatrices d’un accident prochain ; Le flux sanguin renvoie une sensation de gonflement.

 

            Gros ravitaillement à Ty Nadan. Au moment où je quitte Ty Nadan, je pointe à la 82ème place. Je viens de parcourir un peu plus de 30 kilomètres en 3 heures 36 minutes et 47 secondes. Jean n’est plus très loin de moi. 8 petites minutes nous séparent. Les 3 bosses et l’arrêt réduisent considérablement la moyenne : 8,6km/h. Ouh lala. Le redémarrage est difficile. Les rouages sont tous durs ! M’enfin, ça avance : Moins vite mais c’est encore honnête : Je signe pour ce 10/11km/h sur le plat et ce jusqu’à l’arrivée… Nouvelle bosse. Ah. Je ne vous l’ai pas relater mais cela fait un moment que tout dénivelé est abordé en marchant. Mais maintenant, je sens venir mes traditionnelles crampounettes. Bingo. Dans la descente, arrêt obligatoire. Vite un arbre pour me soulager. Et ce n’est pas pour lever la patte ; Je ne suis pas un chien ! Il s’agit seulement d’étirer quelques muscles inférieurs. De toute façon « lever la patte » va m’être impossible pour un bon moment ! Profitons-en pour faire une photo de soi-même, un selfi pour les branchés. Je regarde le résultat. Nom d’un trailer. Pas souriant le gugusse. On en refait une autre. Ah cela va mieux. Je suis au 42ème kilomètre. Plus que 23 kilomètres à gérer. 

 

            Je repars. Mes cuisses crient au scandale. Je ne devrais pas courir bien longtemps. 43ème kilomètre nouvel arrêt. Normal cet arrêt. C’est juste les cuisses qui abdiquent ou rappellent que l’arrêt précédent a été trop court. Et toujours pas de Jean en vu. De nouveau je choisis un arbre comme ami. Je lui communie mes peines ! Je reprends du service. V’là l’entrée de Quimperlé. Je connais le chemin. Mais ce n’est pas une raison pour se presser… Je retrouve la Basse-Ville et la Laïta. Pour arriver au prochain ravitaillement qui se situe à la sortie de la ville, il faut suivre la rive droite de la Laîta. Il y a toujours du monde au ravitaillement de « Saint-Nicolas ». Ambiance toujours sympathiquement bretonne. Je me restaure en espérant éliminer cet acide lactique des jambes. Nouveau pointage : 5 heures 39 minutes et 24 secondes. Jean se rapproche. Il n’est plus qu’à 7 minutes. Quoiqu’il arrive maintenant il va falloir finir en roue libre. A la sortie de Quimperlé, nous attend une belle petite côte : Le Coat Me. Dans mon état, il n’y a plus de stratégie de course. On marche point final. Le retour vers la Laïta n’est pas des plus heureux. Je suis ce cours d’eau en alternant arrêt crampe violente, marche et simulacre de reprise de course. Les 10 kilomètres qui suivent se font à un peu plus de 6 km/h de moyenne. Cette fois-ci je vois passer Jean. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Non je ne vous parle pas de compétition entre Jean et moi-même mais de mes yeux. Les jambes étant cuites, je peux prendre le temps d’observer ce cours d’eau se perdant dans l’océan atlantique. Mes yeux s’extasient devant ce mélange. J’en profite pour immortaliser cet instant ou plus exactement je prends quelques photos de ce paysage. 59ème kilomètre. Je passe en mode marche. 61ème kilomètre. Le vent m’amène un son de cornemuse. Non, je vous garantie que je ne délire pas. Le miracle celte fait son œuvre ; Les marins redoutent le chant des sirènes, moi je me recharge à la cornemuse. Les jambes prennent le pas (celle-là fallait oser la faire !) sur les yeux. 8 km/h. Puis 10km/h. j’arrive au niveau de cet homme providentiel. Il vient de s’accorder une pause. Je lui crie : « Reprends ta cornemuse. Elle redonne vie aux pauvres trailers que nous sommes ». Généreux breton. Il reprend de plus belle. Et me voilà longeant les côtes du Finistère, au son d’un bienfaiteur, à un bon 11km/h dans les sentiers des douaniers. Finalement, j’arrive une douzaine de minutes après Jean le corps regonflé à la mode d’Alan Stivell (Bon je sais ce que vont dire les puristes : « La cornemuse ce n’est pas de la harpe celtique ».) mais pas suffisamment pour faire le trajet dans le sens inverse !!!!!

 

Le premier, Gwenael LE BOULCH, termine les 65 kilomètres en 5 heures 31 minutes et 45 secondes.

 

Jean est 99ème en 8 heures 17 minutes et 22 secondes.

J’arrive à la 117ème place en 8 heures 29 minutes et 49 secondes.

 

Pour 231 arrivants.

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