JMB_Infernal_2015

            Infernal vosgienne. J’ai essayé d’entrainer quelques camarades mais il parait que rien que le nom cela n’engage pas à s’inscrire. Heureusement que j’ai mon Jean pour me suivre !

             L’année dernière, je n’avais pu participer qu’au 32km pour cause de jumeaux. Non, la famille ne s’est pas agrandie. Seulement après une abstinence un peu longuette j’avais redémarré sur les chapeaux de roue. Du coup, claquage du mollet gauche : Les fameux jumeaux. Cette année rebelote. Non pas les jumeaux, ils vont très bien mais cette-fois-ci ce fut mon état général (pas de commentaire désobligeant, merci !) : j’étais sur les genoux et je n’ai pas aimé ça... Donc, suite à mon fameux purpura je ne peux viser que le 75 km… Le 160 est parti en sommeil ! Les années se suivent mais ne se ressemblent pas tout à fait. L’année dernière, je ne savais pas si mon mollet allait tenir. Cette année je risque de manquer d’un peu de foncier : Ma reprise début Juillet m’a vu piocher pendant les 15 premiers jours d’entrainement et mon entrainement du mois d’aout a été coupé pendant 15 jours. Le seul côté positif de l’affaire, je vais me trainer moins de kilo ; 3 à 4 kilos de perdu. Mais comme je dis régulièrement : Qui courra, verra.

            Présentation de la bête : 72km (en fait mon GPS a mesuré 75km) avec 3000 mètres de dénivelé positif bien sûr. Ma mémoire du 32km ne m’a pas laissé un goût d’infernal. Par contre à Jean si. Ceci dit le profil sur la carte est assez infernal. Est-ce parce que je l’ai abordé à petite vitesse (7,2km/h de moyenne, en 292ème place sur 447 arrivants) que je n’ai imprimé pas les difficultés ???? De toute façon je suis venu titiller ce massif vosgien et du coup faire un test sur mon état général.

            Le départ étant à 3h00 du matin, nous avons planté notre tente directement sur le site pour nous permettre d’avoir un maximum d’heures de sommeil grâce à un lever le plus tardif possible : 1h50 du mat ! Sur ce coup là nous avons fait choux blanc. Notre nuit a été très animée : La sono a hurlé ces décibels toute la nuit et pour toute la vallée de Saint-Nabord. Entre la course « run » et les premiers arrivants du 160km, il y avait de quoi animer. Quel pêche ce speaker !?!! On a peut-être fermé les yeux mais surement pas les oreilles. Morphée a évité la vallée de Saint-Nabord. Donc le lever fut sans souci. Nous avons bien entendu nos réveils… Lever, manger et soins du sanglier font parti maintenant d’un certain rituel.

            Nous voilà sur la ligne de départ. Un concurrent du 160km arrive. Le départ est repoussé de quelques minutes. Le gars est ovationné par une bande de moitié-fous. La météo ne nous promet rien de bon. La pluie est attendue. Le décompte est lancé. Je me mets dans la tête de partir calmement. Serait-ce possible ? Jusqu’à aujourd’hui, autant dire que non. Avec Jean, nous nous sommes positionnés plutôt à l’arrière : C’est plus sage. Le feu d’artifice, juste avant le départ, vient compléter les décibels de la sono : Je pense à la brave famille qui est venu dans ces Vosges se ressourcer. Fallait consulter le calendrier !!! La sono est bien chaude et moi aussi. Je décide de mettre mon imperméable dans mon petit sac à dos. Le temps est encore au sec.

            Nous partons sous les hurlements du speaker (va finir par se péter ses cordes vocales, le gars). Les frontales sont toutes allumées. A 3 heures du matin, la nuit est bien noire. Dans les rues de Saint-Nabord, le fil de trailer est encore épais ; Ce n’est que le début. Quelques kilomètres plus loin, la forêt nous attend. Nous y arrivons un peu trop nombreux : Bouchon. L’accès est étroit. Je me retourne. Je ne vois plus Jean. Il ne doit pas être bien loin. Seulement avec tout ce populo c’est difficile de le repérer : Nous devons être près de 300 trailers : La grande majorité des trailers le font en solo (il y a quelques équipes de relais : 2, 3 ou à 4). A mon tour de poser le pied sur le premier raidillon de l’Infernal. Le début est roulant. Mon allure se tient à 10 km/h. C’est surprenant cette sagesse. 6ème kilomètre. Ah… Ca grimpe fort. Effectivement cela ressemble plus au terme « infernal » qu’au terme « balade dominicale » ! Soyons modeste : Montons-la en marchant. C’est la solution adoptée par toutes les personnes autour de moi. Beaucerons et Vosgiens sont au même régime : Au pas sec !

            Bon et la météo dans tout ça. Et bien, une petite bruine à peine perceptible vient nous caresser nos visages. Notre file est encore assez dense. Les frontales éclairent les petits chemins vosgiens. Maintenant la descente. Ah. Le compteur prend quelques tours : de 5km/h, je passe à 12/13km/h. D’ailleurs je commence à doubler. Pas bon signe. La machine risque de s’emballer. Et bien non. Une nouvelle grimpette remet le chrono en mode veille. Pas d’énervement. Je reprends mon pas sec mais énergique : Les bâtons poussent pendant que le pied décolle du sol. Le tempo est bien réglé sans surchauffe. Le col est passé. La descente s’amorce. Celle-ci est presque douce. La lampe frontale du trailer qui est juste derrière moi me gène. Elle est tellement forte qu’elle projette mon ombre devant moi. Je ne vois pas grand-chose. Ma lampe frontale est trop peu puissante. Impossible de voir les aspérités du sol. Mes pieds buttent contre des obstacles fantômes. Tout autour de moi, tout le monde court plein phare. Il ne me reste plus qu’à  recoller au cul du groupe de trailers qui me précède et de le suivre gentiment. 10 kilomètres de parcouru. Rapide calcul. Je tourne à un peu plus de 7,5km/h. vérification sur le GPS : 7,7 km/h de moyenne. Nickel. Mon cerveau est aux anges : cette cécité me ralentit. Finalement c’est une bonne chose. Je tourne à 5km/h dans les montées et 10/11km/h dans les « plats ». Les poumons cassent un peu le silence de la forêt mais rien d’excessif. Certes les trailers se retournent régulièrement mais ils ne sont pas habitués de se faire suivre par une loco. Ca roule. Enfin presque. De temps à autre les pieds buttent encore contre des racines non identifiées. Les orteils doivent absorber les chocs. Mais que nenni. L’allure se maintient. 1er Ravitaillement. La Croisette. On mange. On boit. Et on repart.

            Il est 6h30. La moyenne a chuté. Normal. Après le ravitaillement, la succession des dénivelés et ma prudence relative, le GPS annonce un 7km/h de moyenne pour 25 kilomètres. Le cerveau est en osmose avec les jambes : Grande première ! L’aube approche. Mes yeux commencent à décoder les aspérités du terrain. La foulée reprend du service. Mais avec modération. Pas d’allure folle. Le cerveau se sachant écouter envoie une information : pas d’euphorie avant la mi-parcours. Les côtes s’abordent à 5Km /h. Les périodes de « plat » à 10/11km/h et les descentes à plus de 12,5 km/h. Les cuisses dans les descentes n’envoient aucune sensation d’effort ; signal très important et très positif pour la suite. Cela veut dire que je suis frais comme un marcassin. 30ème kilomètres de course. Un peu plus de 4 heures de course. 7,3 km/h de moyenne. La fin de la première moitié approche. Je suis avec un petit groupe de coureurs. Deux trailers pas frais sont en vu. Ils sont de toute évidence accompagnés d’un « serre-fil ». Ceux sont les derniers du 160km. Des courageux. Je vous le dis. Ils ont parcouru environ 120 bornes avec un dénivelé du même topo que celui des 72 kilomètres. Cela mérite encouragements et respect. L’accompagnateur nous félicite à son tour et nous qualifie de fort. Surtout fou je lui réponds. Dans ma tête, je pense que cela va bien coincer à un moment donné. Il n’y a aucune raison que l’histoire ne se répète pas.

            Girmond. 36ème kilomètre. Camp de vie et ravitaillement. Camp de vie, qu’est-ce que l’on entend par là ? Vous pouvez y laisser un sac avec du rechange et repartir tout frais. Personnellement, j’ai trop d’attache avec les sangliers pour me changer ! Mon jus je me le garde jusqu’à la fin de l’épreuve. En fait mon rechange je l’ai avec moi. Comme ça. En cas de pépin, j’ai du sec au moment où j’en ai besoin : Les pannes ne se commandent pas.

            La sueur vous refroidit vite. L’arrêt est un peu plus long que lors du précédent. Mais que voulez-vous. La nature a ses droits et ses nécessités. Il faut en profiter pour faire le test des jambes : vous les agitez latéralement et vous identifiez tous les points douloureux. Test simple mais très efficaces. Surprise. Aucun point de douloureux. A croire que je viens de sortir du lit ! Bon je suis donc prêt à laisser mon trône au suivant. Je commence à ressentir la fraicheur de ma sueur sur ma peau. Aller hop c’est reparti. Confirmation du test : Aucune raideur dans les jambes. Usuellement ma démarche ressemble plus à celle d’un canard qu’à celle d’un sanglier. Très rapidement je me retrouve à un bon 11 km/h sur ce plateau tandis que le niveau sonore de mes poumons gagne quelques décibels. Quelques 160 bornards sont rattrapés. Ils sont repérables assez facilement. Ayant subit un Samedi de pluie, ils ont pour beaucoup garder leur vêtement de pluie sur eux et sur leur sac à dos. A chacun d’entre eux un petit mot d’encouragement est donné. Le temps est entrain de s’arranger. Nous n’avons connu que quelques rares petites ondées. Pas de quoi sortir mon imperméable. Les décibels continuent leur œuvre : Les concurrents qui sont devant moi se retournent, les signaleurs se demandent combien de temps le mec va tenir et les supporters sont médusés voir très inquiets. J’ai vu une famille tellement scotchée que je leur ai adressée la parole juste pour les rassurer ; et bien devant moi j’ai vu se métamorphosé leur visage : de traits tendus ils sont passés à une expression détendue

            Ravitaillement de la Demoiselle. Voilà 50 kilomètres de parcouru sur un relief infernal. On ne peut pas se plaindre : Les ceusses qui font le 160 kilomètres, eux cela fait 140 kilomètres qui ne font que monter et descendre ! Infernal vous avez dit ! Bref à ce ravitaillement se retrouvent toute la communauté de trailers : les 160, les 72 et maintenant les 33. Je ne vous cache pas que tout ce beau monde réuni pour la même cause, finir : Mais nous n’allons pasdévelopper les mêmes foulées. Sur une zone plate mais dans un chemin étroit, j’entends un bruissement. Un groupe de trailers. Je me positionne le plus à droite pour les laisser passer. Ils me remercient et me félicitent à leur tour. J’ai juste le temps de voir les semelles de leurs chaussures. Et je vois toute la semelle. C’est que leur foulée est bien ample : Ca carbure sec. Je ne suis pas prêt de les suivre… Je les vois disparaître dans cette forêt. Bon c’est la première fois que je me fais doubler mais cela ne va surement pas s’arrêter de sitôt ! Pas de bêtise. Je dois maintenir mon rythme. Il faut que je suive une règle : Me laisser doubler et laisser filer ces trailers ; A chacun sa distance, à chacun sa course, à chacun sa foulée. Je commence à rattrapé quelques camarades du 75. Ils alternent marche et course. Je connais bien cette musique. Aujourd’hui je ne suis pas concerné par ce pas alternatif, j’ai une course des plus régulières. Le V2 émet toujours  son feulement. Ma moyenne progresse même. Il faut dire que les zones de plat sont beaucoup plus présentes sur cette fin de course. Il y a encore quelques raidillons à gravir. Néanmoins, à ce stade de la course, ces petits raidillons sont raides pour mes gambettes.

            Un autre groupe de trailers me double. Cette fois-ci je ne vois pas la couleur de leurs semelles. Je me mets dans la tête de les suivre. C’est une femme qui donne le tempo au groupe. Un petit raidillon arrive. Le groupe le monte à petite vitesse. Je les laisse partir. J’ai adopté la marche pour ne pas perdre trop de jus. Il est possible que plus tard je les retrouve. Mon cerveau garde la main sur la course. Je suis devenu un vieux sage… Une zone de plat me permet de recoller en queue du peloton. Et hop, je passe devant 3 trailers. Un me dit : « Tu es sacrément constant ». Ils me suivent. C’est bien la première fois que je suis qualifié ainsi. Effectivement, dans la forêt vosgienne la machine est bien huilée. Je sens que je ne peux guère aller plus vite mais les jambes arrivent à s’étendre quand le dénivelé n’est pas présent. Quand ça grimpe, les jambes faiblissent. La foulée devient marche. D’après mes calculs, si le rythme se maintient (je suis prêt à signer…), je devrais pouvoir boucler la course en moins de 10h30. 11h en cas de pépin. Bref, maintenons la politique de marche dans les côtes et les jambes se feront un petit plaisir dans les portions roulantes.

            Nous nous approchons de l’arrivée. On n’entend bien la sono ! Pas d’affolement. L’arrivée n’est pas toute proche. Je jette un œil sur ma montre GPS. Plus que 10 bornes. Les jambes réclament un peu d’action. Je commence à tenir une toute petite foulée dans les côtes. Je suis au milieu d’un groupe de trailers ayant adopté le 35km. Je suis sage. Dans les singles (passage étroit où il n’y a de place que pour une paire de baskets) je suis la troupe. Nous sortons de la forêt pour traverser un chemin. Des spectateurs sont là pour nous encourager. Un remarque ma présence. Pas moi personnellement. Je suis certes connu. Mais que sur Epernon !!! Il a remarqué mon dossard. Il crie à son entourage : « Il y a un 75 ! ». Bon je ne dois pas être si mal que ça. Salves d’applaudissement. C’est gratuit mais cela fait toujours chaud au corps et au cœur surtout lorsque vous êtes sur le pont depuis plus de 9 heures de course. Plus loin, je ne vois une femme qui attend un heureux évènement. Je lui adresse la parole : « Je ne vous propose pas de venir avec moi ! ». Les zygomatiques des vosgiens se détendent. Mes jambes aussi. Je monte d’un cran ma foulée. Il ne doit rester plus que 5 petits kilomètres. Les descentes se font de plus en plus nombreuses. 11km/h. Puis 11,5km/h. Je commence à foncer… 12km/h. je sers de loco à une bande de trailers : les 35 et 72 se mélangent. Enfin V ‘là le final. Dans les rue de Saint-Nabord je dépasse le 13km/h. J’encourage les gars qui sont autour de moi. Plus que quelques centaines de mètres. C’est dur de maintenir ce rythme. Le dernier petit raidillon me fait couiner. En haut j’arrive à relancer. Un gars me suit. J’essaye de maintenir la foulée. Il me double. Je le vois prendre la file de gauche. C’était un 35. Je prends la file de droite et passe l’arrivée en un peu plus de 10 heures. Pour clore cette infernale vosgienne, chaque concurrent reçoit deux bises d’une charmante vosgienne et une grosse médaille.

            Pour une fois, je peux dire : « Je n’aurais pas pu faire mieux »

Le premier :

Stéphane MATHIEU V1M en 7h39'13''

 

Les deux sangliers des Petites Foulées :

54ème Jean Michel BAUD V2M (2ème V2) PETITES FOULÉES 10h02'59''

107ème Jean AMANN (9ème V2) LES P'TITES FOULÉES 11h12'07''

265 participants. 26 abandons.

 

Les photos du 72km

https://www.flickr.com/photos/linfernaltraildesvosges/sets/72157659075132236/

 

http://www.photossports.com/folio/224/72-km-depart.html

 

 

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