JMB_Origole_2016

            L’Origole a changé de calibre : de 75 kilomètres nous montons d’une bonne marche, 112 kilomètres avec 3300 mètre de dénivelé (positif bien évidemment !). Par contre c’est toujours de nuit, l’heure du départ a été avancée à 19h30. Par contre le jour est toujours le premier week-end de Décembre. Dans nos régions, qui sont assez éloignées des tropiques, cela veut dire que vous allez courir dans le froid et/ou dans l’humidité. Encore une course de frapadingues ! De frapadingues peut-être, mais surtout une course où finir est déjà un exploit (pour certains cela reste une histoire de frapadingues !). Jusqu’à maintenant, la proportion d’arrivants se situe entre une moitié et un tiers. Pour Jean et Sébastien, c’est une première que d’attaquer un trail dépassant les 100 bornes. Presque 3 marathons dans la nuit et le froid. Car cette année c’est le froid qui prédomine. Pour les « à-moitié-frapadingue » il y a la course de 55 kilomètres. Même heure de départ pour tout ce beau monde.

 

            Jean, Sébastien et moi-même nous nous plaçons en fin de peloton avec Mickael et ses amis d'Evreux. Nous devrions retrouver un peu plus tard Isabelle et Sigrid dans la nuit ; Elles ont pris les habits de signaleuses. Nous traversons le Perray en Yvelines pour aller rejoindre la forêt. Tant que nous traversons la ville, tout va bien. La route est large et absorbe sans difficulté les trailers. Le train est tranquille. La force est en nous. Normal après 1 kilomètre de course !

 

            La forêt est là. Le chemin est devenu étroit. Après quelques minutes, le pas est stoppé. Nous sommes pris dans un embouteillage parisien. Il y a un petit pont à prendre. Oh, il n’est pas long mais surtout il est très étroit. Nous sommes quelques uns pour s’accorder une pause lanterne (A chaque course on a tendance à prendre nos vessies pour des lanternes!! Remarque la nuit s'est bien commode...). Dans cette cohue je perds ma moitié. Je ne le vois plus. Difficile de faire un appel radio du style; Le petit Jean-Michel V2 attend son frérot V3 au rond-point des vieux sangliers! Vaut mieux espérer qu’il soit devant ; Dans ces chemins étroits difficile de le louper. Mais pour cela faut allonger la gambette. La pause café est terminée. Quand c’est possible je double à droite ou à gauche. Ici il n’y a pas de code du chemin. Quelques arbres plus loin, je retrouve Jean. Je lui tapote la tête avant de le dépasser. Un peu surpris (mes poumons sont pour l’instant aphones). Le cerveau agile de Jean identifie cet inconnu venu de derrière : un seul peut faire un coucou amical dans la nuit de cette façon : le petit V2 sparnonien frapadingue.

 

            A un croisement j'entends une muse (la nuit s'est plutôt rare, c’est usuellement dans les littératures des vieilles sorcières) criée "Jean-Michel". C'est Sigrid bénévole avec Isabelle. Trop tard pour la bise, le flot de coureurs m'emporte. Je me contenterais cette fois-ci du chant de ces deux sirènes. D’ailleurs, je me demande s’il ne faut pas s’en méfier… Vaut mieux continuer, la route est longue. Je maintiens ma foulée. Ca roule. Je retrouve les camarades de Mickael. Ils sont là. Ils tiennent de la place sur ce single. Ces singles vous permettent de respirer. On ne peut guère doubler. Une bonne dizaine de kilomètres vient d’être parcourue à bonne vitesse (une bonne vitesse est la vitesse avec laquelle vous vous sentez bien tout en ayant l’impression que vous allez vite !?!). Mickael est là et se tape la discute en toute quiétude avec ses amis. En passant je le salue et lui dis:"T'es encore là!". Mickael me dit: "tu es silencieux". Je lui réponds : « Je marche à l'économie ». Néanmoins la machine est opérationnelle: quand les singles disparaissent, je double des paquets de traileurs encore et encore. Je cours bien à bonne vitesse. De temps en temps je fais un peu plus les bordures. Les pieds ne savent pas de quoi est fait le revêtement. Au 15ème kilomètre un bruit sec parvient à mes oreilles. Je viens d’éventrer ma basket sur une souche. Je peux voir ma chaussette. A priori, le maintien mécanique du pied est assuré. On réparera à la fin de la boucle dans le gymnase. Croisons les doigts pour que cela tienne jusque là : la basket doit tenir encore 40 kilomètres ! La nuit ne démarre pas très bien pour moi. Plus question de faire les bordures. Je fais attention à la pose de mon pied gauche. Le rythme est maintenu.

 

            Nouveau croisement. Je vois une jeune femme emmitouflée. Comme disent les japonais OSSAKAI OSSAKAI. Je reconnais la muse du croisement précédent: Sigrid. La 2ème muse est aussi là. Arrêt. Je vais m'acquitter de taxes réglementaires. Embrassades pour nos deux sirènes des Petites Foulées Sparnoniennes. Je donne des nouvelles de Jean. Il ne doit pas être loin derrière. Isabelle me dit que Mickael est devant à quelques minutes. Je ne l'ai pas vu me doubler! Sébastien est encore devant ; Ca c’est sûr. Ne serait-ce pas plutôt le Seb qui est devant. On ne sait jamais, une hypothermie, et on voit des anges partout!!!! Bon trêve de bêtises, la nuit noire de la forêt n’attire que les voleurs et les sorcières! Sébastien et Mickael sont devant. Mon seul objectif, rattraper Sébastien dans une cinquantaine de kilomètres. Avec comme espoir que les kilomètres finissent par user notre fougueux Sébastien.

 

            Damned! Je vois Sébastien plus tôt que prévu dans une allure  relativement faible. Verdict le pauvre a une douleur à la fesse. Pas de chance (non je ne vous l'ai pas faite!?!). Par contre, Sébastien souffre de ces douleurs à répétition, il en a plein le ..... (J’ai craqué!). Lui aussi me fait la remarque que mes poumons sont silencieux. Je me réserve. J'ai un doute car je n'ai pas l'impression de retenir mes foulées, hormis pour le pied gauche. Continuons ainsi puisque tout va bien.

 

            Déclic du cerveau. Il était temps qu’il se réveille celui-là ! Les jambes tournent mais je ressens une certaine lourdeur dans les jambes. Le relief n'est pas une justification suffisante. Je regarde ma montre: 11,5Km/h sur une portion de faux plat. C'était à peu près la vitesse à laquelle j'ai couru aux 24 heures de Vierzon pendant le premier quart du temps de course. Cette nuit pour moins d'une demi-douzaine d'heures de temps de course, ce poids dans les jambes n'est pas normal. Je m'écoute respirer. Nom d'un castor mal embouché! J'aspire un tout petit volume d'air et donc rejette peu d'air. Voilà l'explication à ce silence étonnant: Je suis en apnée. Le froid a brulé mes alvéoles. Je ne m'en suis pas aperçu. Les kilomètres qui défilent sous mes pas font de plus en plus de résistance. Maintenant l’objectif se réduit à arriver au Perray. Je respire comme je peux. Mon épée de Damoclès est plantée sur ma poitrine: Croisons les doigts que je ne fasse pas un arrêt respiratoire. Pas de crainte je respire encore et j'ai mon aérosol avec moi. Il parait qu’une galère n’arrive jamais seule. Ajoutons à cette nuit un peu de piment; Je ne peux plus boire. Mes bidons sont gelés. Des glaçons s'y sont formés. Mais pourquoi je n'ai pas de pastis avec moi!??? J’évalue mon temps de course : encore 1h30 à 2 heures. Descendons quelques rapports, et rentrons tranquillement.

 

            Je ne sais pas si je vais pouvoir repartir pour la 2ème boucle. Gamberger ne sert à rien. Arrêtons de réfléchir, posons chaque pied devant l'autre et ventilons tranquillement. C'est un petit vieux qui se présente au 55ème kilomètre. Je vois apparaître mon nom sur le PC course. 49ème sur 347 partants, ce n'est pas si mal que ça. L'Origole a encore fait des ravages... Le patron de la course fait une constatation: Le niveau des concurrents sur le 113km est plus relevé que le 55km. Déjà beaucoup d'abandons. Bon parlons en du mien. Jusqu'à aujourd'hui j'ai toujours terminé cette course en entier. Faut donc se remotiver. Qu'importe le temps. Qu'importe la place. Ma décision est prise: Je réchauffe ma cage thoracique, je mange et je me repose. Je reste aussi longtemps que nécessaire pour repartir tout guilleret (là j’exagère). Je retrouve Mickael. Il va bientôt repartir. Il a rechargé ses batteries un peu trop longtemps à son goût. Je lui fais un rapide topo de mon état. Pas fringant le type.

 

            Attention pas de bêtise. Il faut se couvrir. Je mets mon vêtement chaud. 1ère constatation: Je n'ai pas de frisson. C'est positif. Quand aux jambes, elles ne sont pas en mauvais état. Je les secoue. Je ne ressens aucune raideur. D'ailleurs je ne ressens rien de particulier: Je suis cuit. Par ce froid c'est plutôt surprenant. Je prends mon aérosol pour dégourdir mes poumons. Quant à mes baskets. Ah, les deux sont à réparer. Elles sont toutes les deux éventrées. Je les ficellent avec de l’élastoplasme. La réparation est propre. Le blanc sied au bleu des baskets. Il faut manger. Mon état général n'est pas bon; J'ai du mal à manger. Je me force à ingurgiter mon nouveau plat d'ultra-trailer. J'ai troqué mon traditionnel plat "boudin noir aux lentilles" par "pommes de terre au thon". En tous les cas, depuis ce nouveau régime, je n'ai plus d'aigreur dans l'estomac. Les pommes de terre absorbent l'acidité des sucs digestifs. Et le thon amène une touche salée au plat afin de combattre les crampes. De plus avec mes boosters, voilà quelques courses maintenant qui se passent sans crampe. Sébastien fait sa rentrée. Mon camarade n'est pas mieux loti que moi. Son postérieur est douloureux. Comme moi, il prévoit une longue halte. Je prends congé de Sébastien. Je dois me retrouver à la 150ème place! En fait, je ne le sais pas mais je me retrouve à la 167ème place. J’ai donc perdu 123 places dans le classement. Le pire que j’ai connu c’est au marathon de Paris. Plus de 10 mille concurrents m’ont doublé suite à des crampes. Je n’y suis jamais retourné !

 

            Afin de sauver les dernières alvéoles en vie je prends la décision de placer mon buffle sur ma bouche. Cela ne va pas me faciliter la respiration mais je devrais limiter l'accès du froid dans mes petits poumons. Les jambes sont raides: L'acide lactique s'est diffusé dans les jambes. Ma démarche en canard va nécessiter de la patience. A la sortie du gymnase je me fais bipper. Je retrouve la nuit noire et la froidure de ce début de Décembre. De mon visage, on ne voit que mes lunettes! J'ai perdu ma foulée. Mais je ne suis pas inquiet. Certes, je pars clopin clopan, mais lorsque le flux sanguin aura retrouvé son débit les jambes revivront. Effectivement, après quelques kilomètres d'échauffement, les petites foulées sparnoniennes reprennent du service. Les premiers trailers sont rattrapés. L'air que je respire est chaud. Par contre je suis obligé de retendre régulièrement mon buffle. Il a tendance à rentrer dans la bouche après un certain temps de course. Mais bon, je n'ai pas le choix. Le principal étant de respirer et de courir.

 

            Il est environ 5 heures du matin. Ma frontale me laisse en plan. Ce n’est pas mon jour de chance. Batterie à plat. C'était prévu. 8 heures d'autonomie. Pas d'inquiétude j'ai ma frontale de secours. Elle est dans mon sac à dos. L'accès n'est pas pratique, il faut déposer le sac après avoir ôté la multitude de sangles. Je m'arrête. J'attends deux trailers que je viens de doubler. Je demande à l'un d'entre eux s’il peut récupérer ma frontale. il plonge sa main dans mon sac. En vain, il ne la trouve pas. Mince. Aurais-je oublié de la mettre dans mon sac? Deux solutions s'offrent à moi: déposer mon sac et rechercher ma frontale moi-même en prenant le risque de me retrouver seul dans la nuit noire sans lampe si je ne la trouve pas, ou, suivre le rythme des deux trailers. Problème non cornélien. Je décide de suivre mes deux trailers. Le gars qui m'a secouru est cuit. Je l'encourage mais il est à bout de souffle. Pendant ce temps le 2ème s'en va. Je dois prendre une décision rapidement. Décidemment je vais finir par faire griller mon cerveau. Soit je reste en galère avec celui qui a recherché ma lampe, soit je rattrape le deuxième trailer pendant qu'il en est encore temps. J'ai un peu honte mais j'accélère pour retrouver le 2ème compagnon qui se situe déjà à plus d'une vingtaine de mètres. Les premiers pas se font à l’aveuglette. La nuit est noire. Je me retrouve à la hauteur de mon camarade de nuit. Nous discutons. Il n’habite pas très loin d’ici. C’est un habitué des ultras. Maintenant il en fait moins pour des problèmes de récupération. Le jour commence à pointer. Je passe devant pour prendre le relais : J’ai mémorisé son rythme. Je donne la cadence. De temps en temps la mémoire me fait défaut. Je réduis l’allure pour l’attendre. Il fait toujours froid : Mes bidons sont gelés. Les quelques gorgées prises sont très fraiches. Nous arrivons à l’avant-dernier ravitaillement. Il y a un feu pour nous accueillir. Je place mes gourdes près du feu. Je commence à manger. Mon collègue me donne congé en me disant : « Tu cours plus vite que moi. Tu vas très vite me rattraper ». OK, je le remercie chaleureusement. Je bois enfin du liquide (terminé la glace) et me repais de la table : sucré, salé tout y passe. Je repars avec des gourdes déglacées.

 

            De temps en temps, je découvre ma bouche afin de respirer un peu normalement. Puis je replace mon buffle devant ma bouche. L’air est encore glacial. Je retrouve mon porteur de frontale. Nous faisons chemin ensemble. Je le tracte. J’entends sa présence. Je prends un rythme assez soutenu. Le chemin est agréable. C’est un petit single qui monte légèrement en décrivant des petites courbes. Puis j’ai un doute. La petite discussion perd de son sens. Je me retourne. Ce n’est pas lui. C’est un autre concurrent qui a pris ma trace. Je m’arrête et attend mon camarade. Le voilà. Il me dit : « Tout va bien. Part à ton allure. ». Je le salut et mes jambes repartent à la poursuite du trailer qui me précède.

 

            Au détour d’un chemin, un gamin annonce les places : 74ème. Bon. Tentons de se positionner dans les 70 premiers. Je récupère encore quelques places. Mais la machine commence à accuser le coup vers le 90ème kilomètre. Je passe en mode alternance dans les faux plats montants. Ca court puis ça marche. Je félicite deux trailers qui me doublent. Leur rythme est régulier. Je venais de les doubler. 10 kilomètres avant l’arrivée, nouvelle tuile : ma ventrale s’est ouverte. La fermeture éclair est cassée. Halte obligatoire. Je fais le maximum de vide en remplissant mon estomac de mes traditionnelles gourdes de compotes et de crème Mont-Blanc. Je répare avec de la ficelle que j’emmène toujours avec moi. J’arrive à refermer la ventrale. Les diverses petites choses présentes sont à l’abri. La 70ème vient de s’envoler. M’enfin, le principal c’est de franchir cette sacré bon dieu de ligne d’arrivée. Il y a quelques heures je n’aurais pas parié grand-chose sur ma tête. Je repars dans mon alternance de marche et de course. Puis je revois mes deux trailers. Une mouche me pique. En hiver c’est très rare les mouches. J’arrête l’alternance. Je me garde tout de même de prendre une allure trop vive. Un petit 10 kilomètres par heure me permet de courir en dehors de la zone rouge. Je les redouble. La fin se fait de plus en plus proche. Plus que 5 kilomètres. Les gambettes reprennent du service 11KM/h. Au loin un petit groupe de trailers. La foulée maintient son accélération. 12km/h. Je suis à leur hauteur. L’adrénaline booste encore ma foulée. 13km/h. Plus que mille mètres. Je lâche un peu de lest. 12km/h. Et voilà le gymnase. J’y passe la ligne après 16 heures, 22 minutes et 56 secondes de course agrémentée de quelques galères. Ca fait toujours des souvenirs à partager.

 

            Mickaël a bien tourné et du coup a récupéré son lot de points pour l’UTMB qui était son objectif. Jean se paye un podium pour son premier gros trail. Et le pauvre Sébastien s’est contenté de 83 kilomètres. Il n’a pas eu ma chance. Tous les deux nous avons pris 1 heure de pause. 1 seul a pu terminer. Le courage n’est pas toujours bien payé. M’enfin 83 kilomètres dans la nuit cela reste une performance. Et les filles ? Elles sont allées se coucher. Pas eu de droit aux bises à l’arrivée… 172 frapadingues pourront dire : Je l’ai fini. Les autres auront droit de rejouer leur chance dans deux ans. Euh …. moi aussi, je veux bien rejouer. Sinon, j’ai trouvé l’Origole moins difficile qu’avant. Il y a moins de casse-pattes comme à la version précédente. Il n’y a plus qu’à le faire dans un environnement très humide pour tester la résistance du corps humain. Cette année encore 50% d’arrivants.

 

A bientôt

JMichel         

 

Mes temps intermédiaires :

13 KM                        01:33:14        Général è 89          Catégorie M2 è20

29.5 KM         03:33:30        Général è 65          Catégorie M2 è12

46 KM                        06:07:49        Général è 46          Catégorie M2 è7

56.32 KM      07:26:43        Général è 44          Catégorie M2 è5

Pause Gymnase

                        00:57:19        Général è 167        Catégorie M2 è40

70 KM                        10:08:36        Général è 72          Catégorie M2 è10

83.84 KM      12:13:48        Général è 83          Catégorie M2 è12

103,595 KM  15:17:23        Général è 78          Catégorie M2 è10

 

 

Les résultats :

DUHAIL Nicolas         11:56:20          1er

COYNE Fanny           13:18:32          1ère

FORGE Mickael                  M1      14:04:14        12e Général 4e Catégorie

BAUD Jean-Michel            M2      16:22:56        70e Général 8e Catégorie

AMANN Jean                      M3      17:17:34        104e Général 1e Catégorie

CLEMENT Sébastien       SE     

13 KM                        01:23:14        29.5 KM         03:28:31

46 KM                        06:23:58        56.32 KM      07:50:43

Pause Gymnase                01:01:46       

70 KM                        10:58:31        83.84 KM      13:33: 31

 

Comments