JMB_Vulcains

Habituellement, je m’inscrivais à la course la plus longue (82km). Mais étant donné que l’année dernière une cochonnerie est venu se planquer dans mes poumons d’asthmatique et a diminué mes capacités de routard, je me suis inscrit sur le 42km. Cela tombait bien car Carole a entraîné, pour un âge qu’elle ne fait pas, quelques camarades de jeu.

            Nous sommes retrouvés pour un petit périple dans les montagnes auvergnates. Quand je dis nous, je parle de Carole, Alexandra, Anne, Sigrid, Valérie, Laurent, Nicolas, Florent, Gérard, Jean, Arnaud, Sébastien et moi-même. Sur les 13 petites foulées, seulement 3 (Sébastien, Florent et moi-même) avons déjà goûté aux volcans d’Auvergne. Personnellement j’ai largement dépassé le test. Bon, cela ne veut rien dire car sur ce genre d’épreuve, et cela en sera une, impossible de faire de pronostic pour le trio de tête du 42km:

ü  Sébastien est le mieux armé mais avec une cheville pas au top

ü  Jean est un bon grimpeur et avec un entraînement du feu de Dieu

ü  Valérie est pleine d’énergie et de volonté

ü  Florent un touche à tout bourré lui aussi d ‘énergie

ü  Gérard, pas très au point avec les côtes mais avec un sacré passé de marathonien

ü  Moi, le baroudeur avec ses habituelles crampes mais avec aussi un entraînement de trailer : Environ 1000 mètres de dénivelé par semaine.

Donc tout peut arriver sur cette course… Le temps n’est pas très engageant. On ne peut pas dire qu’il fait froid : La température est positive mais il  y a un poil de vent. Avec ma veste « GORE », je me demande si je ne vais pas avoir trop chaud.

J’avais conseillé à l’équipe sauvage de prendre des bâtons. Ici ils sont très utiles : Ca grimpe sec et il y aura de la neige. Et bien, figurez vous chers lecteurs, qu’au moment du départ je ne vois personne avec des bâtons ! Même le vieux Gérard n’a pas écouté. A croire que toutes ces personnes n’ont jamais lu mes récits. Avec qui je me suis acoquiné !!! Heureusement  que j’ai mon compagnon : Jean. Nous sommes tous les deux avec nos bâtons. Ca va couiner dans les côtes et pas que…

Je regarde mon petit Florent ; Je lui dis : « Je te préviens, je ne te suis pas comme la dernière fois ! ». Au marathon de La Rochelle, Florent avait fait exploser le bonhomme avec un départ à près de 15km/h : Les 21 derniers kilomètres avaient été très pénibles… M’enfin, j’ai l’habitude ! Nous nous plaçons en queue de peloton. C’est toujours plus sage. D’ailleurs le département 28 est bien représenté : Les Droue sur Drouette sont là, moins nombreux que nous mais il parait qu’il vaut mieux la qualité à la quantité. Des fois on peut faire les deux... On va se revoir bientôt au trail « entre chien et loup ». C’est dans 3 semaines.

Le départ retentit. Il faut partir gentiment. Pour le moment c’est très gentil on n’a pas avancé d’un pas : Bouchon ! 650 candidats dans une rue auvergnate ne s’évaporent pas en un clin d’œil.  Nous passons « groupir » sous l’arche. Je lance mon GPS. Les secondes commencent à s’écouler. Inutile de s’affoler car la montagne est là toute proche. 200 mètres et déjà la rue prend très rapidement de l’altitude. Le peloton commence à s’étirer. Pour doubler ce n’est pas très facile et c’est tant mieux : Cela évite de se griller trop rapidement. Je suis à côté de Sébastien, de Jean et de Florent. Gérard, Valérie et les autres petites foulées sparnoniennes sont sagement derrière. Arnaud et Sébastien ont un objectif : FINIR. Carole, pour ces 50 ans, est là pour le plaisir. Sigrid va se tester. Je n’ai pas d’inquiétude pour tout ce monde. Ils ont suivi un planning d’entraînement qui doit permettre de passer l’arrivée avec un minimum de souffrance (Ca je n’en n’avais pas parlé dans le planning. Peux pas tout dire !).

Quant à Alexandra, Anne et Laurent, Ils vont partir plus tard sur un parcours un peu différent du notre et arriver avant nous.

      Reprenons notre course. D’ailleurs, la course est lancée. Sébastien est parti devant. Faut surtout pas essayer de le suivre : Question de survie ! Les jambes accompagnent gaiement le bimoteur : Les deux poumons expulsent l’air avec sagesse et conviction. Cette conviction me permet de voir s’écarter les concurrents pour me laisser un passage. Jean et Florent sont restés en retrait. Pas très longtemps pour Jean. Jean court avec un bon développement dans les côtes. Mais par contre qu’est-ce que bricole Florent ? Ne serait-il pas resté avec Sigrid ? Quand je parlais de « touche à tout », je parlais de sport pas de filles !!! Bon, il est excusé. Ils ont tous les deux deux charmants garçons. Encore une famille de sportifs. Un autre couple est dans la course : Gérard et Valérie. Personnellement, je verrais plus Valérie que Gérard venir sur la fin de course nous chatouiller les mollets. M’enfin avec les vieux , on ne peut jamais savoir. C’est qu’il a sa fierté le Gérard ! Il est capable de faire exploser sa vieille et teigneuse carcasse sur la dernière partie roulante (maintenant, je peux écrire ce que je veux ; Je ne risque plus d’être viré par le Président…).

La neige fait son apparition. Elle n’est pas de bonne qualité. On n’est pas là non plus pour skier. Bien qu’une année j’ai exécuté quelques arabesques (récit 2013). L’avancé se fait assez bizarrement : Là où nos pieds foulent la neige, c’est relativement dur mais là où les bâtons sont plantés la neige est molle. Donc ce n’est pas toujours facile de pousser sur les bras. Le truc c’est de planter les bâtons dans le passage dur. Pas toujours évident. Néanmoins, je progresse bien. Ma vitesse ascensionnelle est bonne. Je double sans faire trop d’effort. Les cuisses, les mollets, les poumons et les bras ne font qu’un. Derrière, cela doit couiner sans les bâtons. La première difficulté arrive. L’échauffement est terminé. Montée en lacet. Mon GPS affiche 3 km/h. Même à cette vitesse les poumons font leur travaille d’oxygénation : Les décibels remplissent le vide de la forêt.  Parfois mon bâton se plante profondément et ne veut pas ressortir. Faut s’arrêter. Je dois avouer que l’arrêt se fait sans peine ! Une fois le bâton dégagé, la course reprend à 3km/h… Une nouvelle fois je pense aux petites foulées sparnoniennes qui, sans bâton, vont faire grossir leurs cuissots dans cette portion! Malgré le long serpentin humain qui grimpe, chacun d’entre nous est seul avec pour seuls amis cuisses et mollets. Faut grimper, il n’y a que ça à faire. Ou presque. Cette forêt enneigée est toujours aussi magnifique. Le regard peut s’extasier pendant que, à chaque pas, les jambes fournissent l’effort nécessaire pour décoller les pieds du sol : Plaisir du trailer… 

Une fois le col atteint, la foulée peut reprendre une allure plus « course ». Le ravitaillement n’est plus très loin. Le terrain n’est pas facile : Les chemins sont enneigés et ridés par des filets d’eau issus de la fonte de la neige. Au début, j’évite soigneusement de mettre les pieds dans cette eau glacée.  Mais l’accroche n’est pas bonne. La neige gelée décale chaque pas. Ca use son bonhomme : La cheville est tiraillée tandis que tous les tendons des membres inférieurs sont étirés. Bon. Tant pis les pieds. Il y a des moments il ne faut pas hésiter à se jeter à l’eau. Je décide de suivre le passage le moins chaotique : Les rigoles d’eau. Forcément les premiers pas glacent la voûte plantaire. Après les pieds prennent le dessus. L’eau se réchauffe au contact humain. Le contact avec le sol se fait sans glissement ou dérapage. La foulée peut reprendre une allure tranquille de long courrier. Je ne ressens aucune espèce de fatigue ou tiraillement musculaire. C’est bien la première fois. J’ai monté à une bonne cadence (pour un beauceron) sans usure. L’entraînement que nous avons suivi avec Jean était donc de bonne facture. J’arrive dans le secteur du ravitaillement de Lemptigy. A quelques centaines de mètres je vois Sébastien. Il marche bien le « petit » ! Il est déjà sur l’autre piste : Celle du retour. Pour vous donner une idée. Le trajet à cet endroit fait une sorte de boucle (les lignes droites et les courbes simples n’existent pas ou peu en trail. Plus il y a de détours et plus c’est mieux…). Le ravitaillement se situe approximativement au milieu de la boucle. Moi je suis au début de la boucle tandis que mon Sébastien termine cette boucle. Je dois donc avoir une bonne vingtaine de minutes de retard sans compter le temps de ravitaillement. Allez disons trente minutes nous séparent et Jean est au milieu. Où ? Je ne puis le savoir. Je n’ai qu’à jeter mon regard au moment où la boucle d’aller se rapproche de la boucle de retour. Mais pas de Jean. Je l’ai peut-être loupé.

Ravitaillement. C’est au moment où vous arrêtez votre effort que vous pouvez pressentir de votre état de fatigue. Le sang que fait-il ? Arrive-t-il au galop ? Les cuisses se contractent-elles ? Deviennent-elles dures comme du nougat de Montélimar ? La réponse arrive en moins d’une minute. Et bien rien de tout ça. Les jambes sont nickelles. Le sang reste en place. Je ne m’étais jamais senti bien après une vingtaine de kilomètres. Pas besoin d’ouvrir un poulet pour lire un quelconque oracle. La partie se présente bien. D’ailleurs Jean se présente à moi. Non, je ne vais pas lui ouvrir les entrailles. Je vous ai dit que je n’ai pas besoin de jouer aux devinettes. Et puis les oracles se lisent dans les entrailles des volatiles pas dans celles des képis. Epargnons donc Jean ! Echangeons plutôt nos impressions. Elles sont bonnes de part et d’autre. Le temps maintenant est à la ripaille : buvons et mangeons. Jean me salut ; Il n’aime trop lambiner. De toute façon je ne vais pas tarder à repartir. Tous les voyants sont au vert. Je me restaure encore un peu puis me présente au contrôle. On peut repartir. Les jambes redonnent le tempo. Jean n’est pas très loin. Une centaine de mètres devant moi. Le chemin que nous empruntons est glissant. Une spectatrice juste devant moi se met à courir. Elle rattrape Jean et vient retrouver ses amis. Je lui dis : « N’ayez pas peur Madame je ne suis pas méchant ! ». L’accroche n’est pas bonne. Non pas avec la Dame avec le terrain. Neige à moitié gelée. Vaut mieux ne pas perdre d’énergie à vouloir remonter jusqu’à mon compatriote. Laissons le filer. C’est plus sage (rare moment de sagesse de ma part). Nouveau volcan à grimper (je vous rassure, ils sont en sommeil depuis des lustres). Dans la petite ascension, le vent frais se fait rageur. Je ferme ma veste Gore. J’apprécie l’investissement de cette année. Froid dehors. Dedans température corporelle idéale. Bizarrement je ressens un dérèglement de ma foulée. Le terrain neigeux et boueux par endroit impose une polka à mes jambes. Descente dans le cratère. Clang ! Crampe au mollet gauche. C’est quasiment incompréhensible ! Bon, j’ai comme qui dirait l’habitude. En pleine pente, je fais des étirements. Je donne la main à une trailer pour l’aider à passer la grande marche. Je ne suis pas sectaire ; Je propose de nouveau ma main à son compagnon. Celui-ci décline l’invitation en me remerciant. Je repars. Le fond du cratère est tapissé d’une épaisse couche de neige. De temps en temps, Le pied s’enfonce lourdement lorsque ce dernier loupe la trace gelée. Les bâtons ne sont pas à la fête non plus. L’avancée s’effectue au ralenti. Les jambes se crispent lors des rotations non contrôlées du pied. Je galère un peu. Une nouvelle fois je pense à mes compatriotes sans bâton. Vont-ils tenir ? Cette portion n’est pas trop longue. Il faut patienter.

Maintenant, je suis passé en mode gestion des crampes. Petites foulées. Petites crampes. Petits arrêts. Petites foulées. Petites crampes. Petits arrêts. Et ainsi de suite. Patientons. La mécanique va bien se remettre en route. Dans les descentes, je suis frustré : Peux pas courir. Patientons. Petites foulées. Petites crampes. Petits arrêts. Petites foulées. Pas de petite crampe en vue. Et donc pas de petit arrêt. La machine est entrain de se remettre en route. Bon cela fait quelques minutes que la foulée n’est plus gênée. Tentons un test simple : accélérons et voyons si les crampes reviennent. Je me remets à doubler. La neige commence à se mélanger avec la boue. Mes petits camarades ne vont pas être à la fête. La terrible phrase historique « Pourvu que ça dure ! » se rappelle à mes souvenirs. Dans une descente. Une crampe aux adducteurs. Une crampe qui vous stoppe et vous fait lâcher un juron. Une crampe qui est très difficile à faire passer. Votre salut se limite à trouver un arbre pour vous soutenir. Bon. En pleine forêt. C’est chose facile… Premier des petites foulées à apparaître : Florent. Il n’y a plus qu’à attendre le reste de l’équipée beauceronne. Bon je repars….. En marchant bien sûr. Je tente une nouvelle technique. Dans la pente, je décide de descendre en marche arrière. Quel guêpe m’a piqué ? Je vous explique le fond de ma pensée. Pour passer les crampes, il faut étirer les muscles. Donc en faisant marche arrière, le talon se voit obliger d’aller tâter le terrain étirant du coup tous les muscles de la jambe. Et de plus j’avance ! Un pas en arrière. Puis deux. Puis trois. Au quatrième c’est l’électrochoc : La crampe revient bien décidée à ne pas se laisser ramollir. Nouveau juron. Nouvel arrêt. C’est la chianli…

Bon, je peux repartir. Petites foulées. Petites crampes. Petits arrêts. Vous connaissez l’histoire me semble-t-il ? Je dois me résigner à rentrer comme je peux à Volvic. Vers la fin je peux courir à très petites foulées. De temps en temps j’essaye d’augmenter d’un poil ma foulée mais systématiquement les muscles lancent une petite décharge électrique. Bon je me résigne à terminer à 9/10 km/h. L’épreuve va se terminer. La plaine en dessous de Volvic apparaît. Il n’y plus qu’à continuer à ce train de sénateur. La dernière ligne droite. Sur la gauche assis : Alexandra, Anne, Laurent et Valérie ! Mais je ne l’ai pas vu me doubler. Valérie, plus malchanceuse que moi, s’est blessée. Je passe sous l’arche de l’arrivée après plus de 6 heures de course. Mes mollets sont libérés ! 

Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Gérard de passer l’arche. Première impression de Gérard : « Je ne pensais pas que c’était aussi dur ! ». Evidemment sans bâton. Le visage de Gérard est bien marqué par la fatigue. Puis Sigrid et Carole arrivent. Championnes ses filles. Nous n’avons pas de nouvelle d’Arnaud et de Nicolas. Vont-ils tenir le choc ? Ils ont tenu. Ils arrivent au courage. Ils n’ont rien lâché malgré des moments difficiles. Ils ont réussi le plus dur : Tenir pour franchir la ligne d’arrivée. Félicitations à eux et bien sûr à toutes nos petites foulées.

JMichel

Les premiers de chaque course courue par les petites foulées sparnoniennes :

q  21 km = BAQUE Pierre                  en 1h32mn42s        vitesse moyenne de 13,59km/h

q  42 km = COLLOMB-PATTON Bertrand en 3h52mn15s vitesse moyenne de 10,85km/h

Palmarès des Petites Foulées Sparnoniennes

Résultats du 27km (571 arrivants)

q  428ème CHANCEL Alexandra       en 2h47mn49s        vitesse moyenne 7,51km/h

q  487ème BRINET Laurent                en 2h59mn3s          vitesse moyenne 6,92km/h

q  498ème BRINET Anne                    en 3h1mn50s          vitesse moyenne 6,93km/h

Résultats du 42km (616 arrivants)

q  180ème CLEMENT Sébastien       en 5h35mn46s        vitesse moyenne 7,51km/h

q  264ème AMANN Jean                     en 5h54mn34s        vitesse moyenne 7,11km/h

q  293ème JACQUIN Florent              en 6h00mn54s        vitesse moyenne 6,98km/h

q  368ème BAUD Jean Michel           en 6h16mn58s        vitesse moyenne 6,68km/h

q  374ème ANDRE Gérard                  en 6h19mn22s        vitesse moyenne 6,64km/h

q  457ème JAUTARD Sigrid                en 6h37mn04s        vitesse moyenne 6,35km/h

q  491ème HARDOUIN-THOUARD Carole en 6h50mn9s vitesse moyenne 6,14km/h

q  590ème PEPIN Nicolas                   en 7h52mn40s        vitesse moyenne 5,33km/h

q  591ème SOTIERE Arnaud              en 7h52mn41s        vitesse moyenne 5,33km/h

q  DOLBEAU Valérie abandon sur blessure