JMB_Vulcains_2017

            Pour la ènième fois, je viens chatouiller le Puy de Dôme mais aussi faire une petite visite à la famille de mon ami Julien. L’affaire est revenue à une distance de 73km. Il y a 4 ans la distance était de 80 miles. Cette année là ce fut grandiose : Soleil magnifique et neige jusqu’aux genoux par endroit. C’est la seule fois où je suis arrivé un poil trop tard sur la dernière barrière horaire (on a été dévié de la dernière partie mais sans regret, j’étais cuit de chez cuit). L’année dernière, nous nous sommes faits avoir avec Jean. Au mois de Décembre, inscription close ! V’là un trail très couru.. Pour Jean, c’est une grande première ce trail. Enfin, il avait tout de même participé au marathon il y a 2 ans. Et puis on ne peut plus parler de novice en la matière. Il a sous ses pattes l’Origole, le Bretagne UltraTrail, l’Infernal Vosgienne et l’Ardennes Mégatrail entre autre. En terme de difficulté, je place les Vulcains en dessous de l’Ardennes Mégatrail (le plus dur à ma connaissance) et de l’Origole (entre 1/3 et la moitié d’arrivants). Par contre je le place en 2ème position pour la beauté de ces paysages qui restent assez sauvage. Mon 1er étant le Bretagne UltraTrail. Vous voyez on participe à ces ultras car on en bave un max ou car on en prend plein les mirettes. Et l’un n’étant absolument pas incompatible avec l’autre !

 

            Nous allons partir de Volvic à 5 heures du mat. A la frontale donc. Le temps est incertain. En théorie, on devrait se faire rincer par le climat et avoir un vent assez fort. Donc je pars avec mon tee-shirt manche longue WAA, ma veste GoreTex et ma veste imperméable ultralégère. Associer à mon tee-shirt WAA le gilet WAA porte-bidons, cela me permet de transporter (à faire pâlir un sac à main de la gente féminine !) boisson, couverture de survie, tee-shirt de rechange, téléphone et un peu de nourriture dans le gilet et le complément de nourriture, l’écotasse, et ma veste imperméable dans les poches de mon tee-shirt WAA. Solution plus légère que celle du sac à dos et sa ventrale RAIDLIGHT mais limitée à des distances inférieures à 100 bornes. Mais pour les longues distances rien ne vaut le sac à dos. Ben oui 73 kilomètres c’est une distance honorable, sans plus ! Quant à la veste GoreTex, elle assure une protection parfaite contre le vent glacial auvergnat. La régulation de la chaleur je vais la gérer en jouant de la fermeture éclair. Voilà, je suis prêt à aborder ce périple.

 

            Bulletin météo : température légèrement négative le matin à Volvic avec un juste un peu de vent. Cela veut dire qu’en haut il devrait faire du –5°C sans sourciller. Temps calme (pas trop de vent) et de la pluie en début d’après-midi. Pas de neige hormis sur les hauteurs. Finalement mieux que la théorie. La veste imperméable reste dans la grande poche arrière du tee-shirt. Comme dans tous les trails renommés, il y a la sono ; Pauvres riverains ! Elle distille (ou crache si on est riverain) les consignes de sécurité, le bulletin météo, les participants connus : Cette année nous avons le champion du monde de trail. Bon, pour le podium c’est encore foutu ! Surtout que l’on nous annonce une bonne dizaine de candidats au podium. Les traileuses ne sont pas en reste non plus. Mon objectif est de faire ce trail en 10 ou 12 heures suivant la forme. Jean, lui vise 12 heures. M’enfin le principal c‘est d’arriver au bout de l’aventure et de se faire plaisir. Les jambes vont bien. Ma préparation s’est passée normalement. Tous les voyants sont au vert. Alors pourquoi pas 10 heures !?!

 

            Pan. C’est le départ qui est lancé. Avec Jean nous nous sommes placés au milieu de peloton. Je passe sous l’arche. Je déclenche le compte à rebours du GPS. Il s’éloigne de plus en plus le temps où je partait juste avec un chrono et donc sans information sur la distance parcourue. Le peloton monte. Le serpentin humain commence déjà à s’étirer. Le podium s’envole dès le départ de la course ! Dans la côte j’adopte notre technique beauceronne : Petites Foulées Sparnoniennes bien sûr ! Ca avance mine de rien. Je commence à dépasser des candidats sans dissoudre mon énergie. Sagement je me mets à marcher. Je connais la chanson : Nous partons de Volvic, 300 mètres d’altitude pour arriver sur les premières hauteurs à près de 1100 mètres d’altitude. Forcément il y a toujours du monde pour vous doubler. Laissons les partir. Il ne faut pas surévaluer ses forces. Qui sait ménager sa monture peut aller loin. Surtout que j’ai joué un peu au poker ; J’ai rafistolé mes XT5 que j’ai déchiré au trail de l’Origole. Ma roue de secours c’est de la bande strapping que j’ai pris avec moi au cas où ma  couture ne tenait pas. Tient le tracé a changé. Il est moins difficile qu’auparavant. Avant on montait sans discontinuité pendant plus de 11 kilomètres. Maintenant il y a des parties plates et même des descentes dans un chemin très agréable. Cela ressemblerait même à une balade touristique ! Information prise auprès d’un signaleur : Le parcours est pris à l’envers par rapport à l’année dernière. L’année dernière je n’étais pas là. Ceci dit le parcours est agréable. Il me rappelle un peu celui de l’Infernale Vosgienne.

 

            Je me retrouve avec un petit groupe qui marche bien (si je puis dire). Le GPS affiche un peu plus de 11km/h sur les zones de plat. L’allure est bonne tout en étant assez éloigné de la zone rouge. Les montées sont là pour faire redescendre la moyenne. Justement le GPS affiche 7,5 km/h de moyenne. L’objectif des 10 heures est dans le viseur. Et si cela passe très bien, p’tre un 9h30 ? Mais seulement si cela se passe bien. Le ravitaillement est proche. Un peu plus d’un quart du parcours vient d’être effectué. L’arrêt est un excellent indicateur sur l’état des jambes. Si vous sentez le sang continuer sa chevauchée dans vos mollets, ce n’est pas bon signe : Cela veut dire que vous avez un peu trop forcé sur la mécanique. La facture se paiera dans quelques dizaines kilomètres. Ou si lorsque vous secouer vos gigues vous ressentez des contractures, là c’est pire : Dans quelques kilomètres, il est probable de voir apparaître des crampes. Mais aujourd’hui rien de tout ça. Il faut juste prendre le temps de s’alimenter et de boire. D’ailleurs même si vous ne sentez pas la nécessité de le faire, vous devez apaiser la bête. Un réservoir à moitié vide ne cale que lorsque les ressources sont épuisées. Et cela peut vous arriver au milieu de nulle part. Donc il faut prendre le temps de se restaurer et remettre une bonne réserve dans le buffet. Une fois fait, je peux repartir vers le Puy de Dôme. La durée du ravitaillement a été relativement courte. Je me fais enregistrer à la sortie. C’est reparti. Pas de neige hormis sur les hauteurs des différents puys. Pas de boue en excès malgré l’orage de Samedi. Le terrain est roulant. Le temps quant à lui se tient. Nous sommes à quelques kilomètres du Puy de Dôme. Sa majesté auvergnate a la tête dans la brume. La visibilité sera nulle. Cela ne servira à flagorner là-haut. Dommage car par temps clair la vue est magnifique. Chemin faisant, je me fais rattraper par une connaissance : Jean-Christophe d’Ymeray. Nous discutons. Sébastien (l’organisateur du trail d’Ymeray) est là aussi. Jean-Christophe a choisi de courir avec des trails cloutés. Un clic clac accompagne ses foulées. Il est bien. Sa foulée est fluide. Je n’arrive pas à le suivre. Je devrais le retrouver sur la montée du Puy de Dôme. Non pas que j’envisage de le rattraper mais on devrait se croiser : La montée se fait sur le même chemin que la descente. Personnellement, je trouve ceci sympa. On voit descendre les traileurs plus rapides puis monter les traileurs moins rapides.

 

J’arrive au pied du Puy de Dôme. La montée est dure, il vaut mieux profiter du ravitaillement. Nous montons par le chemin des muletiers. La pente est raide et le chemin suit un tracé avec des virages en épingle. Le sol est gelé. La montée n’est pas facile, mais plus hasardeuse sera la descente. Néanmoins le trail c’est sympa : Je félicite les traileurs qui montent tandis qu’eux nous encouragent. Arrivé à mi-chemin du col, les traileurs qui descendent changent de visage. Ce n’est pas qu’ils sont moins aimables, c’est que leurs yeux nous disent de ne pas monter plus haut ! Ils ont tous veste, capuche et un regard glacial. Là haut, ça pèle. Inutile de leurs poser la question ! Pour ceux qui ne connaissent pas bien le Puy de Dôme, je vais décrire le lieu. Il y a là haut un relais et le temple d’Apollon plantés sur un piton rocheux : Un paysage lunaire qui l’est plus quand le vent souffle un froid glacial. J’ai déjà connu cette ambiance là : du –13°C avec des stalactites à l’horizontale. Bon, aujourd’hui il ne fait pas si froid tout de même. Je peux vous assurer que la veste GoreTex vous l’appréciez. Je sens qu’il caille dehors mais à l’intérieur votre corps vous dit : « Tout va bien ! ». J’ai tout de même relevé mon buff jusqu’au nez. Il ne s’agit pas de griller mes poumons comme à l’Origole. Une fois que vous avez effectué votre tour du Puy de Dôme, vous êtes content d’attaquer la descente et sans tarder. Cependant, il s’agit de faire attention aux marches gelées. C’est, on ne peut plus casse-figure. Le vent souffle toujours aussi fort. Ce n’est pas encore un climat tempéré. A mon tour j’encourage les grimpeurs. Je vois bien dans leur yeux un gros questionnement : « Là-haut c’est comment ? ». Je les rassure : « Sur le Puy, il n’y a que du soleil et des nanas !!! ». Ca marche ! Leur visage s’éclaircit de bonheur. Sacré non d’un chien, je pourrais faire un bon politicien !?!!! Par contre, pour ma part j’ai perdu beaucoup de mon aisance. Disons carrément que ma langue est plus agile que mes jambes. Dans la descente je freine comme je peux. Beaucoup de traileurs me doublent. On ne peut pas dire que je sois très rassuré quand je pose mon pied par terre. D’ailleurs parfois mon centre de gravité se déplace vers l’arrière. Mais bon, je reste debout. Je trouve un malheureux encore moins fringant que moi. Il aborde un lacet (un virage bien évidemment, rien à voir avec les chaussures !) à la corde. Je suis à l’extérieur et en le dépassant je lui dis : « Je ne te double pas. Je ne peux pas m’arrêter ! ». D’ailleurs, à force de freiner les mollets se crispent. Je suis obligé de m’arrêter pour faire passer les débuts de crampes. Enfin la moitié de la descente est entamée. Le vent a faibli. Le terrain est un peu moins glissant. Je retrouve mon Jean. Un p’tit mot d’encouragement. Puis c’est Sébastien d’Ymeray. On discute un peu. Il en profite pour m’informer que le trail d’Ymeray aura lieu au mois de Novembre. OK j’y serai. Nous reprenons le même chemin mais dans les directions opposées.  Puis c’est mon pote breton qui a terminé l’UT4M que je retrouve. Je le félicite pour sa performance alpine. Il me remercie. Il me dit qu’il en a bavé pour le terminer. Je l’encourage et il me félicite. Nous reprenons chacun notre chemin. Le même vous avez bien compris dans deux sens opposés. Vous voyez l’Ultra-trail c’est très convivial. Je repars.

 

Les gambettes ont accusé le coup de la descente. Les jambes se sont trop contractées. Je n’arrive plus à allonger la foulée. Bon, je vais courir à petits pas. Je m’accorde des pauses. Mon objectif est revu à la hausse : de 10 heures je passe à 12 heures. J’en profite pour faire un selfy. Le visage ne respire pas franchement la joie ! L’hymne à la joie n’a pas été écrit par un traileur… Mauvais moment à passer. J’alterne petites foulées et pauses. Je me retrouve en compagnie d’une jeune femme. Comme moi, elle dans une mauvaise passe. Par contre, elle trouve les traileurs très gentils ; Elle a été encouragée par les uns et par les autres. Je pense que nous avons tous connu des moments de galère et nous savons que dans ces moments difficiles il n’y a que notre tête pour nous sauver. Donc les encouragements de nos compagnons d’un instant nous aident à repousser nos limites. C’est une des raisons que ce sport de fous est si convivial. Oubliez mon visage. Lancez-vous et vous verrez. De plus je vous assure un haut niveau d’oxygénation. Il me reste encore la moitié du parcours à effectuer. Moins d‘une quarantaine de kilomètres. La jeune femme reprend son rythme. Je m’accorde encore quelques minutes de marche. Puis je reprends ma foulée avec une allure réduite. Un peu plus loin je rattrape la jeune femme. Je l’encourage une nouvelle fois tout en lui disant que tout se passera bien. Ravitaillement. Je prends un peu plus de temps qu’il ne faut. Mais les cuisses ont besoin de ce temps. Ma moyenne est tombée à 7,1 km/h. Ce n’est pas la bérésina ! Si je gère bien mon état je pourrais rentrer en 11 heures. Je reprends du service sur les chemins auvergnats. La foulée s’améliore mais je ne peux toujours pas tenir le rythme. Je suis en toujours en mode alternatif : Je cours puis je marche un peu pour souffler. Dommage j’aurais pu allonger sur les chemins vierges de neige. Nouveau ravitaillement. Pas de précipitation. La forme olympique n’est pas au rendez-vous !

 

Je regarde mon GPS. Plus qu’un semi-marathon. Je décide de jouer au poker-menteur. Je vais allonger mes pas pour retrouver un 11km/h sur les zones de plat. Il faut que le cerveau ne se préoccupe plus des jambes. Point final. La machine repart. Les sensations reviennent petit à petit. Les montées sont abordées en mode récupération. Les descentes ne se passent pas trop mal ; Je reconnais l’une d’elle. Ou plus exactement l’état dans lequel j’étais pour l’aborder. L’année du marathon j’avais tenté la marche à reculons pour étirer mes mollets afin d’éviter les crampes. Cela n’avait pas marché. Alors aujourd’hui que je peux la descendre normalement, je ne vais pas me plaindre. Et quand vous savez que le final est proche cela vous donne un peu de punch. Pour vous mettre une couche d’adrénaline positive en plus, il y a  les concurrents que vous rattrapez : Les derniers marathoniens sont encore plus à la peine que vous. Allez remettons un coup de gaz supplémentaire. Eux aussi sont courtois. Ils m’entendent arriver, alors ils s’écartent ou s’arrêtent pour me laisser passer. A chaque fois je les remercie. Tiens le temps se gâte. Pour le moment ce n’est qu’un grésil. Inutile de sortir l’imperméable. Mais qui je vois au détour d’un petit bois. Ma p’tite jeune femme. Elle n’a pas du s’attendrir sur les ravitaillements. Forcément je la félicite pour son courage. Je lui dis : « Tu vois c’est fait. L’arrivée n’est plus très loin. Bravo ». Effectivement nous attaquons la phase de descente vers Volvic. Il doit rester plus qu’une quinzaine de kilomètres. Maintenant avec la descente la température reprend un peu de peps. Du coup le grésil se transforme en petite pluie. La veste GoreTex peut supporter les pluies fines. Je laisse mon imperméable dans ma poche arrière. A ce sujet ce tee-shirt manche longue colle bien à la peau ; Il n’y a aucun balourd. Le rythme est bon : Comprenez un 11km/h sur les parties plates ou sensiblement plates. Nous sommes en Auvergne tout de même. Le dernier ravitaillement se pointe à l’horizon. Je retrouve les personnes qui ont effectué la descente du Puy de Dôme plus rapidement que moi. Je bois et je mange sans excès. Mais cette halte a ranimé ma fatigue. Le coup de poker n’a pas réussi. Je repars donc à petite allure. Il reste 11 kilomètres et tout en descente ou presque. A cet instant vous savez que vous irez jusqu’au bout. Le visage change de physionomie. La pluie est présente pour cette fin de parcours mais n’est pas suffisamment forte pour mettre en défaut ma veste. Puis sur le dernier plateau. Un arc en ciel. Fabuleux ! Une marathonienne m’entend. Heureuse, elle s’exclame : « C’est l’arrivée ! ». Et bien non juste un magnifique arc en ciel. Je regarde mon GPS. Je l’informe qu’il ne reste plus que 6 kilomètres. Je ne suis pas sûr que nous ayons la même vision des 6 derniers kilomètres !

 

Le château surplombant Volvic est le préambule à l’arrivée. Je regarde mon GPS : 10,5km/h. Il est en accord avec ma forme. Pas explosive juste suffisamment bonne pour avoir une allure correcte. Je regarde le chrono. Trop juste pour descendre en dessous des 10 heures. L’objectif initial sera atteint. Dans les temps et avec toujours ce même plaisir. La descente du Puy de Dôme est à travailler. P’tre utilisé des chaussures avec des clous comme Jean-Christophe. Quelque soit le temps j’ai toujours connu ce Puy verglacé. Alors c’est peut être une solution. La deuxième : se bander les yeux et faire la descente à la mode Kamikaze ! Bon. Maintenant je suis dans la ville. Les gens applaudissent à mon passage. Le gymnase est en vu. Dernière ligne droite. Virage à gauche. Plus qu’une centaine de mètres. Et hop on rentre dans le bâtiment. 10 heures 8 minutes et secondes. Content je m’accapare une des chaises qui se trouvent à ma droite. J’ai tout donné. Faut que je me repose.

 

JMichel

 

 

1er                   LORBLANCHET Thomas  06:43:42        10.85 km/h

2ème                GENTES Angélique                       09:04:16        8.05 km/h

Résultats des gallardonnais et des ismériens :

103ème            GODOU Jean-Christophe 09:16:55        7.86km/h

220ème            BAUD Jean-Michel            10:07:49        7.21km/h

266ème            DUBOIS Sébastien            10:29:44        6.96 km/h

339ème            AMANN Jean                      11:08:40        6.55 km/h

Et mon pote breton :

360ème            MAIDON Franck                  11:25:07        6,39 km/h

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