ORIGOLE 2010

Bonjour,

L’Origole a failli ne pas avoir lieu cette année. Les organisateurs ont du batailler ferme pour obtenir les autorisations nécessaires : l’ONF n’était pas partante pour donner les diverses autorisations.

Enfin grâce à la ténacité de Philippe Clément (Directeur de la course) et de ses amis, la course a bien eu lieu : 1km de plus par rapport à l’année dernière. L’annonce fut tardive mais cela n’a pas empêché les organisateurs d’afficher  200 inscrits sur le grand trail (76km) et 100 inscrits sur le petit (29km). L’année dernière nous étions 300 à vouloir en découdre avec le grand. Et quand je dis « en découdre » je n’exagère pas ! Pour ceux qui n’auraient pas lu la saga de l’année dernière, je résume : 300 au départ, de la boue et encore de la boue, à l’arrivée 110…

Vous comprenez, après cette mise en bouche, que vous vous trouvez devant  le trail le plus dur de la région Ile de France.

Bon le temps de cette année ne m’inspire pas réellement confiance : la température est négative et la neige recouvre un terrain gelé. Cette année pas de boue mais un sol gelé risque fort de ralentir notre progression. Vais-je pouvoir faire parti des arrivants cette année ? Cela fait 3 jours que je me shoote de médicaments : ma chaleureuse fille m’a refilé sa crève. Je pars donc avec deux options : soit je meurs sur place, soit je tue la crève !

            J’arrive bien en avance car j’ai un doute sur l’heure de départ (22 ou 23h ?). Finalement c’est bien 23h. Du coup après avoir récupéré mon dossard, je m’allonge par terre dans les gradins du gymnase et je ferme les yeux.

            Le traditionnel brieffing démarre. Mauvaise nouvelle : pas d’Origole l’année prochaine. Bonne nouvelle : une nouvelle formule prendra sa place dans deux ans, le Directeur de la course nous laisse entendre que la version sera améliorée (plus de kilomètres ? Plus de dénivelé ?). Bon je vais surveiller l’affaire.

            Comme d’habitude 3 boucles (représentant les pétales du Téléthon), mais dans un ordre différent : les boucles 2 et 3 ont été inversées. On garde cette année la boucle la plus dure pour la fin.

1: BOUCLE D’ORLANDE*

Distance de 29,1 km avec 660 m de dénivelé positif et quelques difficultés.

On rejoint les Etangs de Hollande* par des sentiers, on traverse le domaine de Plainvaux et ses fougères, on passe devant le magnifique Château des Mesnuls, on grimpe au Camp Romain pour rejoindre l’Etang des Maurues (je n’en ai pas vu !) avant de retrouver les Etangs de Hollande et revenir vers le centre ville.

2: BOUCLE DU COUPE GORGE

Distance de 22,5 km avec 270 m de dénivelé positif et quelques petites difficultés.

On découvre un magnifique panorama sur l’Etang du Perray, puis forêt de Rambouillet et retour  en passant par l’Etang du Gruyer et l’Etang du Coupe Gorge.

3: BOUCLE DE L’ARTOIRE

Distance de 24,250 km avec 1 050 m de dénivelé positif et relativement difficile (ni relativement, ni difficile mais achevant le trailer). En longeant l’Etang du Perray, on rejoint les Vaux de Cernay avec retour par les rigoles (et là il y a longtemps qu’on ne rigole plus justement !)

            23h00, 300 trailers s’élancent dans la rue principale du Perray-en-Yvelines soit pour 29km (le petit trail) soit pour 76km (le grand trail). Je me place au milieu du peloton. Il faut faire attention de ne pas se griller en suivant ceux qui ne participe qu’à la première boucle. Environ 2km de route permettent de lancer l’allure avant de rejoindre la forêt. Là voilà ! L'entrée dans la forêt donne un aperçu de l'état du terrain : C’est largement mieux que l’année dernière, le sol n’est pas dur : la neige renvoie une certaine souplesse et canalise l’effet boue. Les chemins ne sont toujours pas déblayés !! Ils restent des racines et des branches à enjamber. Tout le monde est frais : on peut donner les alertes à la vue des obstacles.

            Au fait parlons de la température ressentie : je ne ressens pas les petits degrés négatifs dans ma petite veste hivernale (c’était un investissement pour l’UTMB 2010). En dessous, un vêtement technique léger à manche longue, un collant hivernal, des gants, un protège cou et ma traditionnelle chaussette (un protège cou en fait) sur la tête qui recouvre bien les oreilles.

            Les 8 premiers kilomètres se passent tranquillement : je double et je me fais doubler, la routine quoi ! Après avoir traversée le bois de Bourras et les étangs de Hollande nous arrivons sur « les quelques difficultés » (selon les termes des organisateurs) arrivent. Nous arrivons en file indienne sur la 1ère série de montagnes russes. C’est magnifique. Je profite des montées pour regarder le ballet des frontales suivant un tracé sinueux sur les coteaux recouverts de neige : le spectacle est féerique dans cette nuit presque glaciale. On enchaine des montées raides et les descentes abruptes. La machine commence à se mettre en route. J’en oublie le dicton : qui veut aller loin doit savoir ménager sa monture. Les montées se font en marchant. Les bâtons se plantent dans la neige mais bien en avant et les bras poussent fort dessus. Les bâtons sont réglés court ainsi je peux transmettre un maximum de puissance. Je double quand je peux : il faut attendre la venue d’un passage « large ». Quant aux descentes elles sont abordées tout schuss : le corps est en position demi-assise (le cul en arrière, moins joli à dire mais tellement plus descriptif !). Les bâtons assurent l’équilibre, et les jambes la dynamique : Ca va vite, on me laisse passer parfois.  Les groupes de trailers commencent à s’espacer.

            Après ce manège (montagnes russes), il faut assumer le terme Origole : des traversées de rigoles. On doit monter des petits murs abrupts. Pour franchir ces difficultés, il faut être souple. Etant donné mes qualités légendaires dans ce domaine, je franchis quelques rigoles en me couchant directement dans la neige et en poussant sur les bâtons. Les jambes suivent comme elles peuvent !

            Nous retrouvons le passage typique de ce trail : un tunnel suivi d’une échelle métallique qui permet de monter sur la digue. Un photographe nous y attend. C’est presque la fin de la première boucle, on retraverse les étangs de Hollande. A la sortie de la forêt, un chemin plat nous dirige vers les lumières du Perray. Cette année le chemin est praticable : on peut l’aborder en petites foulées malgré quelques appuis fuyants. La traversée des champs se fait en compagnie du vent. Il ne reste plus que quelques petits kilomètres avant de retrouver le gymnase.

            Je pousse la porte du gymnase et me présente aux hommes du chronomètre: 52 paire et blanc ! Les 29 premiers kilomètres ont été parcourus en 3h30 et 32 secondes. Cela fait du 8 km/h de moyenne avec 660 mètres de bon dénivelé. Je suis 57ème à la fin de cette boucle.

             Maintenant resto ! Je commence par la soupe. Je me dirige vers le buffet : il y en a pour tous les goûts : de la charcuterie, des gâteaux d’apéritif, des pâtes de fruit, des bananes, du chocolat, des fruits, des sandwichs, etc.… Je reste une vingtaine de minutes. Un participant du trail court se demande comment nous pouvons faire pour repartir après cette première boucle arrassante. Je repars en ayant perdu des places : je suis à la 65ème place.

            Cette boucle du coupe gorge va me permettre de me reposer ! Le balisage est toujours impeccable. Je ne me suis pas perdu. Il faut dire qu’il suffit de suivre les traces. Donc direction sud puis cap à l'ouest en direction de la N10. Nous passons sur un pont. Il est tard, quelques automobilistes passent en se demandant surement : que font ces givrés à courir sur ce pont ? Il est près de 3 heures du matin. Bientôt, les petites foulées vont se réveiller (c’est vous les petites foulées !) pour aller participer à la course des kangourous à Maintenon et toujours dans le cadre du téléthon.

            Bon reprenons notre chemin. On contourne l'étang de Gruyer. Les chemins sont toujours plus praticables que l’année dernière ; C’était un véritable bourbier en 2009. Cette année, il y a par endroit de la boue mais la neige glacée fournit de longs répits aux foulées. Je double un peu malgré une sensation de lourdeur dans les jambes. Je peine à avancer. Ma crève serait-elle en train de prendre le dessus ? Je reprends ma traditionnelle collation : Une compote de pomme suivie d’une barre énergétique accommodée de 2 pastilles de sel. Mes jambes m’amènent tant bien que mal vers l'étang du Coupe Gorge. Chez moi, ce n’est pas la gorge qui est coupée… J’ai la sensation de ramer dans une boucle de 8km qui nous ramène au nord de cet étang. Ca y est, ça démarre : je m’étale les bras en avant. Une branche vient de retenir mon pied droit. C’est le signal de la fatigue. Il faut lever les pieds un peu plus haut. Plus tard, se sera une fougère qui va modifier la position de mon centre de gravité : il se retrouve au sol ! Je me relève et repars.

            Les jambes m’envoient le signal d’alarme qui m’est bien connu : Attention crampes en formation ! Il faut ralentir. Je galère. Mais pourquoi suis-je donc revenu ? Tout mon entourage me qualifie de FOU : Franchement, passer une nuit à courir, il faut l’être vraiment ! Et maintenant je retrouve l’allée cavalière et son important volume de boue. Cela ne sert à rien de courir la dedans ; On risque de s’épuiser pour pas grand-chose et laisser une chaussure dans ce marécage.

            Les rencontres deviennent de plus en plus rares. Je  rattrape encore quelques coureurs. Je m’arrête pour me ravitailler une nouvelle fois au bord d’une clôture. Du coup un petit groupe de coureurs repassent devant moi. Je repars avec ma peine. De nouveau la N10 synonyme de fin de boucle. Justement je sens la faim approcher. Que c’est long ce dédale de bois qui longe le Perray. C’est encore le petit matin, la ville est endormie. Enfin le gymnase. Je repousse la porte du gymnase. Il est 5h35. Je pointe à la 47ème place. J’ai parcouru cette boucle « plate » à 8,2km/h de moyenne. Nous sommes 147 à avoir poussé cette porte pour la 2ème fois. Il faut que je me ravitaille et il faut aussi que je décontracte mes jambes. N’ayons pas peur des mots : je suis cuit !!!

            Cette fois-ci je prends 2 soupes avec du gruyère et un peu de pates : pendant que j’ingurgite cette pitance, je m’assois, masse les cuisses et les assouplie. Puis je me dirige vers le buffet froid et engloutie encore quelques condiments : l’objectif étant de reprendre des réserves pour la dernière boucle. Je sais qu’elle va être dure : des montées raides vont se mélanger avec des murs de quelques mètres à franchir. Après une halte de plus d’une trentaine de minutes, je repars en 60ème position. L’arrêt fut long mais bon !

            Les jambes ont tout d’un coup repris une belle vitesse de croisière : un véritable miracle. La crève s’en est allée. Je fonce. Je rattrape des concurrents  qui ont du faire demi-tour suite à une erreur de navigation. Dans le parc qui longe une rivière je double déjà d’autres coureurs. Nous n’avons pas fait 2 km que déjà des organisateurs nous rappellent à l’ordre : « faites demi-tour vous avez pris la boucle en contre-sens ». Et voilà c’est fait. Décidemment, je ne pourrais pas faire un trail sans me planter. Bon ce n’était pas de ma faute, j’ai juste suivi comme un bon mouton ! Allez on repart de plus belle. Je refais coucou aux personnes que je venais de doubler. Et de 2 : une nouvelle fois on me remet sur le bon chemin. Cette fois-ci c’est moi le fautif. Il faut dire quand je cours comme un bourrin, je perds un peu le fil de l’histoire. Bizarrement je trouve que c’est dans les agglomérations que c’est le plus difficile de s’orienter. Voyons, j’ai du perdre au total plus d’une quinzaine de minutes au total.

            Ce n’est pas grave. Je me sens bien : je relance la mécanique. Je cours sur le bitume. La civilisation est encore toute proche mais absente : les autochtones dorment … Un peu plus loin, dans une montée, je m’arrête pour aider un trailer à se dépatouiller du méli-mélo que fait le tuyau de sa poche à eau. Il me remercie chaleureusement et m’invite à reprendre ma course : maintenant il va pouvoir se débrouiller seul sans s’énerver. Je repars donc : nous sommes entre civilisation et vie sauvage dans les bois. Les grimpettes démarrent. La guerre d’usure va avoir lieu !

            Les alentours des Vaux de Cernay présentent du dénivelé à haut pourcentage. J’arrive sur des concurrents sans bâton. Courageux, ils montent juste avec la puissance de leurs cuisses. Les montées font une centaine de mètres. Elles se terminent par des faux plats montants (d’ailleurs pas si faux que ça…). Je les vois marcher. Moi, je pousse dur sur mes bâtons pour alléger le travail des cuisses. Et, dès que le pourcentage du dénivelé le permet je me remets à courir entre les arbres. Le jour commence à pointer son nez. Nous devons aussi traverser de petits ravins. Je m’arête toujours pour visualiser le passage et surtout prévoir la première foulée qui va attaquer le mur de l’autre côté. Il ne s’agit pas d’aller s’écraser sur le mur de la rigole. Mon engagement se présente bien. Je me retrouve le corps plaqué contre la montée. Avec les bâtons j’assure les appuis. Les mains et les genoux sont en contact avec la verticale du sol. Les cuisses poussent pour atteindre, non pas le nirvana (la difficulté n’est pas forcément une souffrance), mais le niveau supérieur du talus (et non pas le niveau supérieur de l’esprit). A cette heure et après tant d’effort, l’esprit est un peu ramollo !!! Chose vivifiante cette fois-ci pour l’esprit, les jambes se remettent systématiquement dans une belle allure. Ainsi va cette matinée. Je marche dans les difficultés de cette boucle,  je cours à chaque fois que c’est possible et je rattrape des concurrents (ils sont usés, ils ne font plus que marcher).

            Malgré cet enthousiasme  je ne vois toujours pas la fin de cette boucle. Ma vitesse moyenne de course ne doit pas être bien élevée. D’ailleurs l'Abbaye des Vaux de Cernay ne se révèle toujours pas devant mes yeux. Dommage car elle annonce le retour au bercail. Finalement après avoir longé un mur d'enceinte, au milieu de nulle part, je vais récupérer une précieuse information : Ma situation kilométrique dans cette dernière boucle. Un véhicule et de sympathiques bénévoles sont là. Je blague un peu (vous me connaissez !) puis je m’informe du nombre de kilomètres restants. Coup de massue ! Je n’ai fait que la moitié du parcours. Bon, j’attaque la côte qui se présente à moi. Certes je viens d’utiliser le terme « attaque » mais j’ai parlé de côtes. N’oubliez pas qui dit côte dit marche. Donc je monte en marche forcée. Quand, j’entends courir dans mon dos et me demander : « Ton numéro. Donne-moi ton numéro. » La charmante bénévole avait omis de noter mon numéro de dossard. C’était un contrôle de passage. Je me retourne en lui répondant : « 52 ». Puis je repars en entendant son chaleureux remerciement. Ma course a failli ne pas être validée.

            En haut de la côte, je prends la décision de marcher pour m’alimenter. Je n’ai pas faim mais il faut gérer les calories qui vont disparaître. Puis je décide de repartir avec une allure plus modérée. Je ne sais absolument pas si je suis capable de tenir cette allure jusqu’à la fin. Je ne rattrape plus personne. Je suis bien seul au milieu au milieu de ces bois. Je maintiens cette allure modérée durant au moins une trentaine de minutes. Puis la bête qui sommeille en moi se réveille. Bon, on ne va pas y passer le réveillon ! Je décide de repartir sur les bases d’avant le contrôle. La foulée est repartie. Les minutes commencent à devenir longues : en trail on progresse à l’aveugle, aucun repère kilométrique. Quand, après un long moment de solitude, je vois au loin de nouveau un concurrent. Comme les autres, je le vois marcher. Je le rattrape bien entendu. Par contre je ne peux pas vous dire si c’est au bout de 10 minutes ou au bout de 30 minutes. Mon allure l’impressionne : il me félicite et m’informe que devant 2 trailers ne sont pas loin. Cela remet du baume au cœur. On se salue. Je continue la course poursuite. Le relief est toujours impressionnant. Puis. Ca y est. Je les vois. La jonction de nouveau est faite. C’est une histoire qui va se répéter encore quelques fois. Je sens l’usure venir. Je débouche sur des champs. Le dénivelé disparait pour laisser place à de longues lignes droites sur les chemins agricoles. Nous ne sommes plus abrités. On sent bien le vent. La combinaison du vent et de ces chemins droits et « plats » sont pénibles. Seule l'approche de l'arrivée donne un peu de peps. Un groupe de bénévoles à l'entrée du Perray m’informe : il ne me reste plus que 2 kilomètres. Qu’ils sont longs ses kilomètres ! Ca y est je sens l’arrivée venir. Vous vous rappelez. Suite à une erreur de navigation, j’avais emprunté la boucle dans le mauvais sens. Je me retrouve au même endroit mais cette fois-ci dans le bon sens ! Une montée d’adrénaline ranime mon cerveau. Voilà le pont. Ah oui, il faut faire le tour du gymnase par derrière. Et. Enfin. Je me retrouve pour la 3ème fois devant cette porte. Je la pousse. Je regarde le compteur : 11heures 9 minutes et 40 secondes.

            L'accueil dans le gymnase est toujours aussi chaleureux. Tout le monde applaudit à chaque arrivée d’un rescapé. Je récupère une chaude veste estampillée : Finisher 2010. Ah ! Il est un peu plus de 10h du matin. Les petites foulées viennent donc de commencer de courir à Maintenon, à eux de prendre le relais du Téléthon. Je peux aller, maintenant, me restaurer et me doucher tranquillement.

            Cette année, se fut moins éprouvant que l’année dernière mais finir par la boucle de l’Artoire est terrible. Je mets 2 minutes de moins que l’année dernière avec un gros kilomètre en plus et je gagne une place ! J’arrive 37ème sur 104 arrivants. La dernière boucle a été avalée à 6,8km/h de moyenne. Lorsque l’on prend en compte les phases de ravitaillement, j’ai couru l’Origole à 6,7km/h de moyenne.

            Cette année beaucoup moins d’abandons : un peu moins de 50%.  Et félicitons le premier : GALLAND Benjamin qui met 07 heures 48 minutes et 4 secondes (9.6 km/h de moyenne) pour parcourir ces 76 kilomètres. Il arrive ¾ heure avant le second tout de même !

            Avant de partir, je salue notre Directeur de course, Philippe Clément en lui lâchant : « ce fut terrible, mais je te remercie tout de même ! »

 

Bonne année à tous