Trail des Tordus 2010

Bonjour les petites foulées,

C’est le mois de Juillet, synonyme de fin de saison pour vous. Pas pour moi ! Un petit trail champenois de 60 km est dans mon agenda histoire de maintenir  la forme de l’été. Entre Le Mesnil et Verzenay il y a un peu de moins de 250km à faire. Le départ étant à 8h00, il me faut partir vers 3h00. Le réveil doit sonner pour 2H00. Comme à mon habitude je suis réveillé avant : il est 1h30. Je décide de me lever et surtout e ne pas oublier d’éteindre le réveil sinon ma sirène risque de me passer un doux chant à mon retour !

Il est 2h30 lorsque je pars ; Malgré que ce soit une journée de gros départ de vacances je ne vois pas beaucoup d’automobilistes parisiens. : Circulation très très fluide autour de Paris. 5h30 me voilà arrivé. Je dois attendre 6h00 pour aller chercher mon dossard. 6h00 je vais dans le bâtiment « MOËT et CHANDON »où des presses hydrauliques attendent la future récolte. Moi aussi j’attends. Les bénévoles arrivent au compte-goutte. Ils doivent  avoir l’habitude de « buller » dans le coin. Je patiente tranquillement, il n’y a pas le feu au champagne. J’en profite pour jeter un œil sur le parcours : Euh, le parcours ressemble plus à du tricot qu’à autre chose. Le trail porte bien son nom : trail des tordus. Bon voyons le profil : 3 bosses, Bon Dieu ça a l’air de grimper ! Il y a de longs plats pour la récup. Cela devrait se passer tranquillement.

7h45 briefing dans la cour « MOËT et CHANDON » : 1ère boucle bleu suivre les balises bleus/blanches (les trailers du 40 et 60 km), 2ème boucle Jaune suivre les balises jaunes/noires (les trailers du 20km nous rejoignent et les trailers du 20 et 40km terminent par cette boucle), 3ème boucle suivre les balises rouges (dernière boucle pour le 60km) et attention la randonnée suit le fléchage vert ! Et bien moi qui ai l’habitude de me perdre juste en suivant un seul type de balise, je risque fort de me retrouver à Reims ! Tordus vous avez dit !! Une fois n’est pas coutume, parlons de récompense : A l’arrivée du 60km un magnum ! A l’arrivée du 40km une bouteille réglementaire (75cl) ! Pour le 20km, on n’en parle pas  (ils partent à 10h00) !

Je me place sur la ligne de départ, après tout aujourd’hui c’est Champagne ! Au coup de sifflet tout le monde part. Tout de suite il faut monter un tout petit raidillon : très court mais brutal. Au bout d’une minute de course, je suis encore en 3ème position : pas de gazelle au trail des tordus. Vais-je monter sur le podium ? Une grande première ! A la sortie du village nous sommes dans les vignes. Le chemin est très dur ; Je parle du revêtement pas du dénivelé. Je ne suis pas à l’aise dans mes trails : j’aurai du mettre des baskets (c’est bien connu, on y est plus à l’aise !). J’attends la forêt avec impatience. Je lâche un peu de lest : il ne s’agit pas de griller ceux qui sont venus pour le 40Km… Je suis en 10ème position. Je m’arrête. Ce paysage de vigne est sympa. Clic une photo. 5 concurrents sont passés. Je repars. Ca monte mais tendrement. Je continue à observer ce panorama : des vignes à droite, des vignes à gauche, des vignes derrière et des vignes devant. Une nouvelle halte pour la photo souvenir. Maintenant je suis en 20ème position. C’est plus sage. Bon calculons : il doit y avoir les 2/3 des coureurs qui sont devant, qui doivent envisager de faire le 40km. Donc, je dois être en dans les 6 premiers du 60km. Le soleil commence à taper. Le mollet gauche commence à donner des signes de tension (vous allez me dire : « normal pour un électronicien ! »). Vivement la forêt ! Je regarde comment sont montés mes concurrents : ils sont tous en baskets ! Me voilà bien handicapé avec mes trails : elles sont moins souples et amortissent moins bien les impacts du sol. Nous traversons de temps en temps les vignes : il faut se mettre en file indienne. Je fais ma culture des marques « MOËT et CHANDON », « POMMERY ». Ce n’est surement pas la région où l’on peut revendiquer que la bière est (à mon goût) bien meilleure que le champagne.

Enfin la forêt : Forêt Domaniale de Verzy. Nous l’avons atteint après une belle montée : longue et d’un dénivelé très correct. La 1èremoitié se fait en courant et la fin en marchant. Très rapidement je comprends que ce trail est très roulant. De petits dénivelés succèdent à de longs chemins larges et plats. Mon cerveau fait le choix de la tactique. Allure 50km des Dômes (les 1000mètres de dénivelé auvergnat ont été parcourus en 4h20).On déroule donc surtout que la tension du mollet gauche a disparu. Nous entrons dans un parc aventures accro-branches vide. Enfin je veux dire que je ne vois personne évoluer au milieu des branches. Les trailers autochtones sont un peu surpris de me voir prendre des photos et recollé au train. Je suis toujours en 20ème position. La forêt a un aspect un peu bizarre. Je vous en parlerai un peu plus tard. Le 1er ravitaillement arrive. 10km. Ils ont été parcourus en 53 minutes. Je bois, je mange et je n’oublie pas de m’asperger d’eau. Même sous les bois il fait chaud. Je repars  en calculant : 53 x6 est égal à 318 minutes. Donc cela fait un temps de 5h18. Le début chez moi étant toujours plus rapide que la fin (allez savoir pourquoi !), j’évalue que l’arrivée devrait être franchie, tranquillement, au bout de 5h30/6h00 de course. Bon, ce n’est pas tout mais pendant que je gamberge il ne faudrait pas que je me laisse distancer. J’ai toujours le groupe de quelques coureurs en point de mire. Tout d’un coup, j‘entends des discussions. Apparemment une erreur de navigation : mon groupe vient de rencontrer dans le sens inverse la tête de course. Nous avons loupé une petite boucle (jeu de mot franco-anglais « loop » est « boucle » en anglais et prononcer « loupe ». Un que j’aime bien c’est « pin-up », mais là je ne vous donne pas ma traduction !) de 3km environ. Après avoir étudié le problème sur le plan du parcours (à l’arrivée) nous avons trouvé l’erreur commise ;  En fait nous n’avons pas vu la balise bleue à gauche et nous avons du suivre les balises jaunes pendant quelques centaines de mètres. Bon je vous l’avez dit que cela être tordu à suivre ce balisage : il y a des parties de course qui sont uniquement bleues, d’autres qui sont bleues et jaunes (ils se prennent en sens inverse généralement), d’autres qui sont à la fois bleues, jaunes et rouges. Et je ne vous parle du balisage vert ! Quoiqu’il en soit ce n’est pas moi le fautif. Le collègue qui nous a lancé sur une fausse piste est pardonné : Et oui, nous courons dans la forêt des faux. De nouveau nous retrouvons les vignes et la chaleur : bon pour le raisin mais pas pour nos têtes. La fin des boucles est en descente sauf  l’arrivée de la boucle qui se termine sur un raidillon supplanté d’une arche bleue. Bon le timing est respecté : les 20km ont été parcourus en 1h46.Pour une fois j’ai été régulier : 53mn +53mn = ?!!? Je vous laisse vérifier la régularité….. Voyons. Faisons la moyenne réelle. Et oui, il ne faut pas oublier que le tour a été raccourci de 3km (finalement pas je ne suis pas si régulier que ça) et qu’initialement il faisait un peu plus de 21km. Donc les 18km ont été parcourus à une moyenne de 10,2km. La foulée auvergnate ne fut que dans la tête pas dans les jambes (le 50km des dômes a été couru en 11,5km/h de moyenne)! Normal, cela reste un trail : On marche bien plus souvent que sur une course de route même montagneuse.

Après une halte ravitaillement, la course reprend dans les champs de vignes. Nous grimpons autour du phare de Verzenay (musée du champagne). C’est au tour du mollet droit de protester. Put…. de terrain : les chemins sont durs comme de la roche calcaire. Ces chemins qui serpentent à travers les vignes sont blancs et poussiéreux. Si on m’avait proposé un verre de champagne au détour d’une vigne j’aurai accepté pour faire passer cette poussière blanche. De nouveau, je suis impatient de retrouver le parc boisé de la montagne de Reims. Le parc naturel de Reims regroupe 68 communes dont Verzenay. Le relief est constitué de strates géologiques sédimentaires datant des ères tertiaire et quaternaire, formant un plateau recouvert par la forêt tandis que les versants sont plantés de vignes pour le Champagne. La forêt est là toute proche. Elle va à nouveau nous protéger de Râ. L’allure est toujours bonne. Je retrouve un concurrent : comme moi, il a prévu de faire le 60km. Il est à la peine : il aurait du prendre le temps de se ravitailler correctement  au 20ème km. Il ne peut pas suivre mon allure. Les chemins sont toujours aussi pénibles à aborder avec mes trails. Et quand ils ne sont pas durs comme de la roche ils sont gravillonnés ! Une véritable autoroute ce trail. Tout est fait pour le tourisme. Cette forêt domaniale de VERZY est connue au niveau mondial. Pourquoi me direz vous? Un peu de culture donc: Le fau est une variété de hêtres aux rameaux et branches tortueux (Fagus = hêtre). Parmi ces hêtres, il peut y avoir aussi un chêne qui lui aussi est Fau (c’est pas vrai !?! Si si). Les Faux sont caractérisés par une croissance lente et une longévité exceptionnelle. D’où le nom de ladite forêt et finalement dudit trail. Si les causes exactes d'apparition du phénomène tortillard, ne sont pas encore connues à ce jour, ces caractères se transmettent de façon héréditaire. La culture des faux n’a pas fait passer les maux de mon mollet droit. De plus en plus crispé l’animal. Au 29ème  kilomètre environ, je m’arrête : il faut tenter de ramollir ce bon dieu de mollet. Le collègue me rattrape. Nous faisons chemin ensemble jusqu’au ravitaillement du 30ème kilomètre qui se boucle en 2h50mn. Je viens de finir les 10km en 1h04mn : la vitesse baisse !

De nouveau je bois et je mange. Mais cette fois-ci, il faut que je rajoute une séance de kiné : je m’assois pour masser le mollet. Cela fait déjà quelques minutes  que mon collègue  est parti et pendant ce temps des flots de concurrents arrivent: Ceux qui font le 20km mais aussi les marathoniens. Je repars après une halte de 15 minutes. Le mollet est toujours dur. Dans ces conditions, je décide de finir le 40km et d’abandonner le 60km : il faut que fin Aout je sois disponible pour l’UTMB, donc, pas question de se blesser. Je « courotte » et marche. En fait je tente de suivre l’allure d’un groupe. Une petite descente. J’allonge la foulée. Je me remets à doubler. Mais un faux plat montant me rappelle cette triste vérité : le mollet est dur et est incapable de soutenir une petite allure. D’ailleurs je suis obligé de m’arrêter pour tenter de décontracter ce vilain mollet. Je me rends très vite compte qu’il va falloir terminer à la peine. Donc je cours mais à petit pas. Enfin nous sortons de cette forêt. Nous retrouvons le moulin de Verzenay et plus loin nous distinguons le phare. Des concurrents continuent de me doubler. Je vais descendre dans les profondeurs du classement ! Ce n’est pas grave, je reviendrai surement pour ne pas rester sur un échec et surtout pour le magnum !!! Je rattrape une jeune femme qui est encouragée par son mari. Elle termine son 20km. Son visage creusé transmet toute la douleur de la course. Elle se prénomme Sarah. Je l’encourage et l’attends. Elle se bat contre elle-même pour finir. Son mari et moi-même l’encourageons. Le raidillon de l’arrivée est là : nous prenons chacun notre file de présélection. C’est dur pour Sarah, mais elle sait que c’est le final et que ça y est c’est fait.

Je passe la ligne des 40km et reçoit cette bouteille de…… de…… bière évidement ! Finalement je suis en veine ils auraient pu nous refiler une de leur satané bouteille de champagne ! Le speaker annonce ma place : 12ème des 40km ! Ah ben ça alors ! Bon, malgré moi j’ai grapillé quelques places du fait de l’erreur du groupe. Bon,  pour une fois que la distance est réduite  je ne vais pas me plaindre !!! Après 4h10mn00s de course à 8,9km/h  je ressens un manque : j’arrive frais comme un gardon ! Seul le mollet droit est heureux d’être arrivé. Ma femme va avoir son petit cadeau : une bouteille de champagne gagnée à la loterie ! La région de Reims a sauvé son honneur….

 

A bientôt JMichel

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