Trail des Vulcains 2013

La féérie d’un enfer blanc

 

            Cette année le parcours du trail des Vulcains a été remanié. La distance a été augmentée, un classique.

Petit rappel de mes éditions précédentes.

2009 : Ptit trail è 35 km pour 1350 mètres de dénivelé 116ème en 4h10mn 42s sur 351 arrivants. Bien content d’être arrivé car cette année là je m’y suis présenté avec moins de 3 semaines d’entrainement. La cause à une chute en moto puis dans la foulée j’ai tutoyé l’arrêt respiratoire.

2010 : grand trail è 61 km (il a pris 3 km de plus mais nous n’avions pas pu monter le puy de dômes : descente verglacée) pour 2400 mètres de dénivelé 95ème en 6h57mn19s sur 210 arrivants.

2011 : grand trail è 65 km (il a pris 4 km de plus) pour 2500 mètres de dénivelé 97ème en 8h34mn45s sur 162 arrivants.

2012 : Oups ! J’ai oublié de m’inscrire…

2013 : Je suis inscrit toujours pour le grand trail qui vient de passer à 50 miles soit 81km pour 3000 mètres de dénivelé.

            Cette année j’ai emmené avec moi deux dauphins : Sébastien et Florent (le mari de l’époustouflante Sigrid !). Ils se sont inscrits sur le marathon (1700 mètres de dénivelé). C’est pour eux une préparation pour le marathon du Mont blanc. Nous ne partirons pas ensemble car l’ultra démarre à 5h15 tandis que le marathon démarre à 8h30. Tant pis. Nous nous retrouverons à l’arrivée.

            Nous roulons sans encombre. Nous arrivons un quart d’heure avant la fermeture des retraits des dossards. J’y retrouve une bénévole de l’ACFA (Association des Coureurs de Fond d’Auvergne). En fait c’est depuis 2008 (j’ai couru les deux dernières éditions des 50km des Dômes) que je côtoie les bénévoles de l’ACFA : Ils sont tous très chaleureux. La chanson de Brassens « L’auvergnat » n’est pas un mythe. Et ce n’est pas Florent qui va me contredire.

            La météo est excellente : Le matin soleil en prévision et encore du soleil pour l’après-midi. Les conditions de course sont nettement moins bonnes pour nous les Beaucerons : Grosse épaisseur de neige (matez la photo où un valeureux pisteur est entrain de poser les balises ; De la neige jusqu’à la taille !). Elle a un peu fondu, mais il en reste une bonne couche : Nos genoux vont la sentir… Et notre Florent qui est arrivé en maillot de bain (j’exagère un peu). Pas de bâton pour aborder ce terrain. Selon ma bénévole, les bâtons et les chaînes (si si ça existe aussi pour les baskets !) sont quasi-indispensables. La seule ville où Florent pourrait trouver des bâtons, c’est à Clermond-Ferrand. Heureusement que nous sommes sur une terre d’accueil ; Ma petite bénévole va prêter ces bâtons. Grand merci à elle.  Je quitte Florent et Sébastien en leur rappelant la consigne principale : démarrer le trail tranquillement. De toute façon le relief est là pour calmer toutes velléités ; nous attaquons le massif central avec une moyenne pour les pentes de 8% et ceci sur une douzaine de kilomètres.

             Comme chaque année je suis reçu par mon ami auvergnat Julien. Malgré l’invitation de Julien, mes deux compères sont timides et ils n’osent pas accepter l’invitation : Et pourtant Dieu que la Truffade était bonne. Le soir, une bouchée pour Jean-Michel (pas de problème moi j’étais présent), une bouchée pour Florent (là c’est pour ma bouche !) et une bouchée pour Sébastien (c’est encore pour ma bouche !). Le soir je me suis couché dans un lit bien calé (le ventre si vous avez bien compris). La nuit fut courte : 3 heures. Je m’oblige à prendre mon petit déjeuner malgré une satiété toujours présente ; J’ai encore les pommes de terre coupées en tranche collés aux parois de l’estomac par le fromage ! Je t’y recolle 500 grammes de gâteau de riz par-dessus tout ça. Bon je vous avoue que question performance, cela ne va aider à les bousculer. Qui ça me direz-vous ? Et bien les performances. Mais en tout cas je me suis protégé des risques de fringale et d’hypoglycémie sur le trail… Je vais peut-être le faire en totale autonomie alimentaire !?!

            Au gymnase de Volvic, je retrouve des connaissances : Un fondu des 24 heures de Vierzon et un camarade trailer beauceron. Nous discutons avec un drouais : Un Maratouriste. Le départ va être bientôt donné. Il est plus de 5h00, AM bien sûr. Il fait nuit. A 5 heures cela me parait normal ! La température  se situe entre -1°C et -2°C. Malgré une tenue légère pour la saison mais correcte pour l’effort à fournir, je n’ai pas froid. Il faut dire qu’il n’y a pas la moindre brise et que les calories emmagasinées dans l’estomac doivent servir de carburant. D’ailleurs j’ai beaucoup hésité dans la veste : Veste d’hiver ou coupe-vent « les petites foulées ». Avec des températures aux alentours de -5/-6°c sur les hauteurs, j’ai délaissé notre coupe-vent. Pas de pub pour notre association. Désolé ! Bon il est temps de faire chauffer les trails. Je ressens comme un manque. Rendez-vous compte. Depuis début Décembre je n’ai pas fait d’ultra ni de sortie longue. Le sevrage a été long… Et… Il était temps que se terminent ces conner… ! Un mois à faire des sorties d’une heure (pour travailler la vitesse) guère plus et un autre mois à travailler encore la vitesse sur des sorties de deux heures et tout ceci sans faire une seule côte : Quelle déchéance !?! Pour aborder ce nouveau tracé du trail des vulcains, ce n’est pas l’entrainement qu’il aurait fallu suivre. Mais, bon. Je suis là pour le plaisir de revoir la chaîne des Puys sans oublier la petite famille de Julien. Je compte donc sur l’héritage des entrainements passés pour boucler la course.

            5h15. Nous nous élançons. Je me suis placé dans le dernier quart du peloton. Beaucoup de personnes sont sur le bord de la route pour nous encourager. Environ 400 trailers forment une mini marée montante. Et oui, nous avons deux cents mètres de plat et après ça grimpe ! Les dix premières minutes, mes jambes moulinent tranquillement en compagnie de mon compagnon des 24h de Vierzon. Le sevrage est déjà oublié. Les jambes augmentent d’un ton le rythme. La musique ne s’échappe pas encore de mes poumons. C’est trop tôt. Le corps n’a pas besoin d’oxygène. Je trouve ce nouveau tracé un plus corsé que l’ancien. Je table sur une dizaine d’heures. Si cela continue comme ça je vais devoir prévoir une arrivée bien après 15h. Devant des dénivelés à plus de 10%, je marche. Et dire que sur l’ancien tracé, les douze premiers kilomètres je les faisais en courant sans interruption. Autre nouveauté : Nous rencontrons très rapidement de la neige. Elle est bien fraiche et déjà en grosse quantité. Les premiers trailers l’ont piétinée mais cela reste de la poudreuse. Espérons que mes deux compagnons pourront courir sur une neige damée par nos services. Je repars en petites foulées. Maintenant la neige est à mi-mollet. Le travail des bâtons se résume à maintenir en équilibre le bonhomme. Je ne peux pas prendre beaucoup d’appuis : La neige est relativement dure en surface (les températures sont très négatives) et les points d’accroche sont très bas : Les bras ne peuvent donc pas tirer sur les bâtons comme habituellement. La montée n’est pas facile mais tout ce blanc dans ce noir est magique ! Je suis un wagon de coureurs un peu rapide pour moi. Il est préférable d’en choisir un autre moins alerte. Je me mets sur le bord du chemin. Je picole mon eau  hydratante et performante. Je n’ai pas envie de casser la croute et vous savez pourquoi !?! J’enlève ma veste d’hiver : Je sue comme une bête là dedans. Elle trouve place autour de ma taille. Une nouvelle cohorte de trailers pointe leur bout de nez. Je repars derrière eux. Nous continuons notre ascension dans une brume plus que matinale. Je me demande si le temps, finalement, ne va pas rester bouché. Déjà hier nous aurions du voir le soleil. Inutile d’appeler la grenouille. Pour le moment, il faut continuer à grimper. Le Puy de la Nugère n’est plus très loin. Pas le temps de soufflet ; Ce n’est pas vrai ! Cela fait maintenant un bon moment que les poumons ont rempli le silence auvergnat. En fait si. A peine les 958 mètres d’altitude du Puy de la Nugère atteint que nous redescendons ; Nous y pratiquons notre premier cours de descente à ski sans en avoir les outils : La portée ne se fait que sur une taille réduite (je chausse des trails en 44, difficile de concurrencer une paire de ski). La première appréhension passée, la glisse (en fait on n’a pas le choix) ne se passe pas si mal que ça. Je suis sûr d’être très loin de la grâce de notre Patrick Dupont, néanmoins je reste sur mes deux jambes malgré quelques petites arabesques… De toute façon, il n’y a personne pour juger de mon style. Notre groupe s’est effiloché ; La pente et la poudreuse ont eu, elles, grâce des petits trailers. Comme toujours, après la descente, la montée. Parfois la neige se dérobe sous nos appuis. Du coup, je reste en équilibre sur un pied et très rapidement je dois rechercher un appui stable pour mes bâtons. Une fois que le pied de grue (l’oiseau pas la Damoiselle) est sécurisé, le deuxième pied peut aller rechercher un appui moins mouvant. Nous traversons une futaie ; La neige recouvrant les branches des arbres et la brume colorant la nuit rend le paysage féérique. J’en chie mais qu’est que c’est beau. Enfin un sommet : Le Puy de Tenuzet. Je sors de ce sous-bois pour me trouver devant une myriade de couleurs : Le cratère a été travaillé par l’homme. Nous nous trouvons en face dune carrière de pouzzolane.

La seconde de Sciences et vie de la terre :

La pouzzolane est une roche siliceuse d'origine volcanique, faiblement agglomérée, friable, dont la couleur varie du gris au rougeâtre, utilisée depuis l'Antiquité comme constituant secondaire des ciments et des mortiers. De nos jours elle est aussi utilisée dans le rempotage.

            Cette carrière laisse apparaître les différentes couches minérales. Aujourd’hui, ces couleurs rouges, ocres, bronzes, grises sont vêtues par endroit d’un manteau neigeux. Le jour commence à se lever. La petite brume se laisse pénétrer par la lumière crépusculaire. C’est un ballet d’ondes lumineuses qui accrochent nos yeux. Nous sommes nombreux à nous abreuver de ce tableau éphémère. Nos appareils photographiques passent de main en main pour que chacun d’entre nous ramène un peu de féérie numérisée.  Je planterais bien ma tente ici. Mais j’en n’ai pas ! Les yeux sont repus comme un peu mon estomac ; Même s’il ne réclame rien (si vous avez sauté le prélude, retournez y vous saurez pourquoi mon estomac est quelque peu repu), je lui offre une gourde de riz au lait. Après une petite rasade d’eau, je repars avec un cerveau totalement retourné. Euh… Après la montée… La descente ! Celle-ci est courte mais raide. Les cuisses travaillent au freinage. Les mollets travaillent à l’équilibre. Les talons travaillent à l’accroche. Les bras, prolongés par les bâtons, travaillent à l’équilibre. Cela devient un Dimanche de labeur. M’enfin, j’ai signé pour en chier. Et j’en chie ! Allez comprendre : J’aime ça ! Tout à coup. Patatrac ! Une rotation autour du talon gauche a rompu mon équilibre (précaire !). Je me retrouve sur le flanc entrain de glisser. J’arrive à m’arrêter : Merci les arbres… Je me remets sur mes pieds et repars en glissade plus ou moins contrôlé. La descente est terminée. Et ... Maintenant… Il faut remonter ! Le Puy de la Louchardière n’est pas très amical : Plus raide tu meurs ! 200 mètres de dénivelé, ce n’est pas énorme. Mais avec moins de 500 mètres pour les gravir, même en marchant je couine ! Et… Arrivé au sommet… Il faut… il faut… il faut redescendre. Avant de s’adonner à une quelconque glisse, les yeux repèrent les virages qui vont permettent de réduire la vitesse. Allez, on s’élance pour au moins trois cent mètres de descente. Je descends tout schuss. Je vous avoue que ce n’est pas la technique que j’ai choisi. J’y étais invité par la pente. Ne pouvant pas jouer sur ma masse, il faut réduire la vitesse et surtout l’énergie cinétique. Les bâtons se plantent à droite, puis à gauche, puis encore à droite pour limiter cette énergie cinétique : Je vous rappelle la formule la-dite fameuse énergie cinétique : Un demi de m x V au carré. Cela vaut vraiment le coup de réduire sa vitesse. Sinon je prends le risque de me rompre le cou. D’ailleurs une première alerte. La tête tente d’entraîner le haut du corps vers le sol. Mes abdominaux (jusqu’ici je ne vous en avez jamais parlé) ramène tout ce petit monde en avant. Sauf. Je suis sauf. L’équilibre est revenu. Dans cette pente le chasse-neige n’est pas possible. Il faut effectuer un dérapage. Là c’est mon choix. J’effectue mon dérapage à gauche. Puis un autre tout de suite à droite. Je plante un bâton et je m’arrête. Ouf ! Je peux respirer. Repos pendant une poignée de secondes. Je reprends ma descente. Les quadriceps travaillent en compression. Ils fournissent beaucoup d’effort dans ce nouveau schuss. Deuxième alerte. Décidemment le cerveau désire de s’envoyer au tapis !  Une nouvelle fois mes abdominaux récupère la situation. Le schuss peut continuer. D’ailleurs je commence à prendre du plaisir dans ces sports hivernaux. Finalement mes trails valent bien une paire de ski ! Je ne peux pas vous narrer le nombre de fois où la tête à inviter mon corps à basculer en arrière, ni vous donner le nombre de dérapages effectués, mais, le fait est là : Je suis resté juché sur mes deux jambes jusqu’en bas de la pente. Bientôt une partie de plat m’attend. Cela devrait aller mieux.

            Je viens de parcourir 15 kilomètres à une moyenne d’un peu plus de 7 kilomètres à l’heure. Mes objectifs ne sont pas encore à la rue. Je viens de faire le plus gros dénivelé. Il reste encore la montée du Puy de Dôme. Pas une mince affaire. Mes dix heures de courses sont encore envisageables. On y croît !

            Nom d’un chien de traineau ! La galère ce plat. Je suis un groupe de 4 trailers. Et, nous marchons. Nous ne pouvons faire rien d’autre. Les pieds s’enfoncent d’une quinzaine de centimètres dans la poudreuse. Lorsque nos trails touchent le dur c’est pour tordre nos pieds dans toutes les positions possibles. Le sol est gelé en dessous et notre chemin n’est qu’une série de bosses. Nous ne pouvons savoir ni quel angle ni quel azimut va prendre nos baskets : Un enfer ! De plus, la trace est étroite. Nous sommes obligés de poser un pied devant l’autre. Notre popotin se tortille. Et dire que certains mâles trouvent ça sexy ! Notre progression est lente et difficile. J’évalue ma vitesse à 3 kilomètres à l’heure. Vous pourriez croire que du coup ma respiration tombe. Et bien que nenni. Mon corps réclame toujours plus d’oxygène. La neige réclame son pesant d’énergie. Je ne peux reposer ni mes poumons ni mes jambes. Mon cerveau divague. Il émet un doute : Vais-je tenir le coup ? Le trail se transforme en randonnée galère dans cette neige. Heureusement que le paysage est magnifique. Il fait avaler la pilule. Autre compagnon bien faisant. Le soleil. Il est là bien présent. On sent, ou plutôt, on devine sa chaleur. Voilà un trail d’hiver avec tous les ingrédients de la réussite. Je suis content d’être là malgré tout ce que j’ai pu vous dire.

            Enfin le premier ravitaillement. 21 kilomètres en plus de trois heures. Je revois mes pronostics à la hausse. Au vu du terrain, je vais mettre plus de douze heures. Je ne vais donc pas être à l’heure au rendez-vous de Sébastien et Florent. Cette année nous sommes accueillis dans une salle au volcan de Lemptegy. Je m’approche de la table. Entre deux respirations j’avale quelques condiments et quelques boissons chaudes. Une impression bizarre me fait relever la tête. C’est ça. On m’observe. De l’autre côté de la table, à une petite dizaine de mètres. Un groupe de bipèdes est à l’abois ! Ceux sont des secouristes. Ils sont une bonne demi-douzaine. Leurs regards en disent long. Ils doivent se dire : « Ce client, il est pour nous. On attend un peu, et, dans quelques secondes il tombe ». J’attends, moi aussi ! Je profite un peu de ces visages. Puis je lâche avec un grand sourire : « Désolé tout va bien ! ». De suite, je vois les visages se détendre. Crispés, ils devaient être crispés à l’idée de devoir me faire du bouche à bouche. Je n’ai pas de glace pour voir ma tête mais je les comprends... Je continue ma restauration et ma respiration. En sortant de la salle je me fais poinçonner mon badge : Je viens de valider cette première étape.

            La galère reprend sous ce soleil radieux. Je ne me pose plus de question sur mon état : tout va bien ! Maintenant j’ai un rendez-vous : L’ascension du Puy de Dômes par le sentier des muletiers.

La minute historique :

            Ce sentier vous mène au sommet du puy de Dôme, le plus haut des volcans des monts Dômes, à 1 465 mètres.
            De là haut, on voit l'alignement nord/sud de la centaine de volcans que constituent la chaîne des Puys.

Un chemin historique

            Gravissant en lacets les 450 mètres de dénivelé qui mènent au sommet du puy de Dôme, le sentier des Muletiers est l'ancien chemin qui, dit-on, conduisait les pèlerins du temple de Mercure. Construit au Ier siècle à la gloire de Mercure, dieu des voyageurs, des marchands et des voleurs, ce grand temple était un important lieu de culte pour les gallo-romains. Ses vestiges ont été découverts en 1872 lors de la construction de l'Observatoire.

 

            Mais avant de se retrouver au bas du Puy de Dômes, il faut encore trimer dur dans les grandes poudreuses auvergnates. La progression y est toujours lente. 3 petits cols rappellent le leitmotiv des trail. Tu montes. Puis tu descends. C’est alors qu’il faut … monter. Pas plus de suspens. Maintenant il s’agit de redescendre pour … S’attaquer au petit col de Ceyssat, où nous attend un ravitaillement. Je m’y abreuve et m’y restaure. Il faut être bien armé pour gravir les 450 mètres de dénivelé sur 2,3 kilomètres ; Un dénivelé en moyenne proche des 20%. Ce Puy de dômes ne sied pas aux émotifs ! Surtout que, pendant que vous montez à allure « randonnée de montagne », les concurrents qui vous précèdent dévalent la pente dans le sens inverse. Personnellement je trouve ça très sympathique ; les coureurs qui montent félicitent ceux qui descendent et ceux qui descendent encouragent ceux qui montent. Et cette année nous sommes gâtés. L’absence de vent et un soleil chaleureux nous permettent de profiter d’une vue exceptionnelle. Les appareils photos sont à l’honneur. Après avoir effectué un tour sur les hauteurs du Puy de dômes, Il faut redescendre. Mais avant, une charmante auvergnate doit me poinçonner mon dossard. Une fois la chose faite. La descente peut se faire. J’ai repéré pendant la montée deux passages critiques : quelques mètres de glace à éviter. Hormis ces passages à risque qui sont passés à allure très modérée, je descends tambour battant le reste du chemin enneigé ; Enfin je fais de la vitesse. Certes, il ne faut pas avoir froid aux yeux, mais la neige est suffisamment tassée pour que mes trails accrochent le sol. Par contre dans les virages je réduis la vitesse et opte pour une glisse style « descente slalom » ! Et ça passe. Me voilà à nouveau devant le ravitaillement du col de Ceyssat. Il est 11h24. Inutile de s’arrêter, ce n’est pas encore l’heure de l’apéro ! Je viens donc de parcourir 36 kilomètres en un peu plus de 6 heures ; Un petit 6 km/h de moyenne. Il est très vraisemblable que je fasse le plan Marshall ; Je devrais être en retard à la dernière balise et donc me diriger vers le tracé B. 72 kilomètres à la place de 81 kilomètres, ce n’est pas un drame. J’en aurais eu tout de même pour mon argent ! Isn’t it !?!

            Le chemin sur lequel on court est en descente. Je suis la foulée d’un plus ancien que moi. Il carbure trop bien à mon goût. Je réduis ma vitesse. Je le laisse partir. Il y a encore 35 kilomètres à parcourir… et … quelques puys à gravir. Donc la prudence est mère de sureté. Dicton que j’avais oublié il y a peine une demi-heure. M’enfin. La neige, sur cette trace, ne s’oppose pas à la vitesse : On ne s’enfonce pas trop et les appuis sont corrects. Par contre, le physique, lui, s’enfonce dans une fatigue latente. C’est le moment de sortir le joker : La barre de céréale énergétique. La vraie ! Celle qui vous booste lorsqu’elle arrive à l’entrée de votre estomac. Je l’accommode d’une gourde de riz au lait et d’une rasade de boisson énergétique. S’agit de refaire les pleins. Maintenant il n’y a plus qu’à attendre que les chevaux (je vous le dis c’est bien meilleurs que les bœufs. Je ne comprends pas que l’on fasse tout un plat du cheval !). Ne vous méprenez pas. Quand je dis « attendre » ce n’est pas l’arrière-train calé sur un quelconque coussin. Mais c’est plutôt la petite foulée qui attend de devenir grande. Ah pour ce qui est de la reprise de vitesse, il faudra attendre. Ca regrimpe. Pas long mais encore raide. Figurez vous que, après avoir sortie quelques chevaux et quelques décibels dans cette montée, et bien, maintenant … il s’agit de … descendre ! Je fais une courte halte pour déterminer le chemin approximatif (c’est essentiellement la neige qui a le dernier mot) que je vais suivre et pour choisir la technique de descente. J’opte, cette fois-ci, pour le ski-bosse ! La pente n’est pas bien raide mais présente de petites rondeurs à contourner ou à franchir ; Si j’arrive à tourner je les contourne, sinon je passe sur les bosses en espérant qu’elles m’aident à réduire ma vitesse. Allez hop c’est reparti. Je suis les aspérités du terrain. Ca vire sur les bosses. Les virages sont assez serrés. Je ne peux point vous dire si mes trails sont bien parallèles. De toute façon c’est le cadet de mes soucis de faire un ski propre. L’objectif étant de rester sur les jambes. L’équilibre est bien là. Faut dire que les bâtons sont de bien braves compagnons dans ce passage. Ils se plantent (pour un bâton c’est normal) sur les hauts des bosses et peuvent ainsi servir de point de rotation. La descente est maitrisée. Les quadriceps travaillent essentiellement en compression : Je cherche principalement à freiner, question de survie ! Tandis que le triceps sural (muscle du mollet pour les incultes) est soumis à la fois à la compression et à l’extension selon la position du pied. La vitesse commence à prendre le dessus. Changement de technique. J’introduis la technique du chasse-neige. J’ai besoin de souffler. Je m’arrête sans encombre. Ouf. Je respire. Je reprends une rasade oculaire de ce paysage féérique. Une fois que mes yeux se sont repus de ce blanc et de ce bleu, je repars pour une descente en ski-bosse. Fin de la glisse. Je retrouve le plat et toujours cette neige en abondance.

             Le chemin vers notre ravitaillement est tout tracé : Une piste de la largeur d’un pied. Du coup, comme les mannequins de haute couture, nous suivons une ligne avec un certain déhanché ; Je ne me suis pas vu, mais je suis quasiment certain que Mrs Dior, Cardin ne m’auraient pas embauché ! Ma progression est de nouveau très lente. Je ne vois pas comment, dans ces conditions, je puisse passer la dernière barrière horaire. Le plan Marshall me va : 72 kilomètres dans ces conditions de course, cela reste un exploit pour le petit Beauceron que je suis. Je dirai même espérons que je n’arrive pas à temps sur la barrière horaire. Les organisateurs ont placé la limite à 13h30 de course pour l’ultra avec une barrière de « déviation » au 69ème kilomètre. Les coureurs qui y arrivaient après plus de 11 heures de course sont orientés sur Volvic : Il faut courir à plus de 6,3 km/h de moyenne pour « passer ». Pour le moment je me dirige vers le ravitaillement du 48ème kilomètre : Le ravitaillement de Lemptegy ; Ceux qui suivent doivent se dire : « tiens c’est la deuxième fois ». Effectivement.  L’approche se fait dans un ballet de trailers : Ceux qui arrivent voient ceux qui en repartent. Mais le principal n’est pas là. J’ai à procurer du plaisir à deux parties de mon corps : Un l’estomac (la truffade de Julien est digérée depuis longtemps), deux les guibolles (faut que je me trouve une chaise)! Je me présente rissolé (un peu cuit quoi !) devant la table de Lemptegy. Je fais quelques provisions et me dirige vers une chaise de libre. Mes deux objectifs sont en cours d’acquisition : l’estomac retrouve des condiments et les jambes ont droit à une séance de décontraction. Je m’accorde un peu de temps. J’ai besoin de me ressourcer (Volvic n’est pas très loin...). Après une deuxième collation, je repars pour terminer les 24 derniers kilomètres ; Normalement je devrais me contenter de 72 kilomètres. Pour passer la dernière barrière horaire, il faudrait une résurrection. Bon je sais que cela a déjà été fait il y a 2000 ans mais faut pas croire au Père Noël ! En sortant de notre ravitaillement, nous suivons le chemin tracé dans la carrière. Chose presqu’irréelle : Pas de neige. La route a été déblayée. Les agents de la DDE du Puy de Dômes auraient pu intervenir plus tôt ! Mais dès que l’on sort de la carrière, on retrouve notre neige. Elle est bien là. Bien épaisse. Bien poudreuse. Faut donc suivre la trace encore et encore.

            Très rapidement, je me retrouve devant une … montée pardi ! Le Puy des Gouttes nous offre encore une pente à plus de 20%. En haut, un trailer prend un bain de soleil et du repos (il est cuit) et une vue magnifique qui ranime vos émotions. Je peux une nouvelle fois m’émerveiller : Toute l’Auvergne s’offre à nous. Enfin l’offrande n’a pas été gratuite. Il a fallu payer de sa personne pour voir toute cette chaine de puys couverte de neige arrosée par un soleil azurin. Le plaisir est de courte durée. Après quelques dizaines de mètres de course sur la crête, il faut, il faut, …, redescendre ! Cette partie a toujours fait partie du trail des Vulcains. Donc cette pente, je la connais bien : Déjà sans neige elle est un peu délicate à entreprendre, alors, aujourd’hui, il faut y aller très prudemment. Les bâtons m’aident à ne pas perdre mon équilibre. En bas, dans le cratère, ce n’est pas carrossable ; Sous la neige se trouvent des mottes d’herbes hautes. Je le sais puisque j’y suis déjà passé par des temps plus cléments. Ce n’est donc pas ici que je vais développer une foulée sparnonienne. Il faut encore patienter. Patienter pour faire quoi ? Euh … pour … gravir une … montée : Le Puy de la coquille. La grimpette est encore ardue. Mes trails sentent la neige se dérober. Je tiens bon. Surtout qu’il va falloir jouer une fois de plus à l’équilibriste. Et oui, j’entreprends maintenant la descente. C’est bien connu en Auvergne : Tout ce que tu montes, et bien, tu dois le redescendre. Sympa, non ?!? A peine la glisse terminée qu’il faut rerereremonter ! Le Puy de Jume s’enchaîne juste après celui de la Coquille. Ne trouvez pas cette histoire interminable ? Allez courage, il ne vous reste plus qu’une bonne quinzaine de kilomètres à lire. Alors que la montée de Jume est moins difficile que notre Coquille précédente. La descente elle m’a engagé à renouer avec quelques arabesques fantaisistes. Au 60ème kilomètre, la pente est brutale. Je n’ai pas le choix, je suis devant un slalom géant. Je m’élance sans peur ; Surement, à ce stade de la course, l’homme n’est plus trop lucide ! Je pars tout schuss. Un virage par ci. Un moulinet du bras par là. Un autre virage par là. Et de nouveau, les membres supérieurs décrivent des mouvements en fonction de l’assiette du bonhomme. Puis une descente tout schuss de quelques petits mètres. La gamelle est proche. On va bientôt me ramasser à la petite cuillère ! De nouveau ça vire. Ca vire tellement que j’effectue une demi-valse ; Du coup je me retrouve stoppé le dos à la pente par je ne sais quel miracle. L’apesanteur n’a pas réussi à me mettre au tapis. Je m’en tire bien encore cette fois-ci. Je ne sais pas si ce sont toutes ces émotions qui m’ont épuisé mais je me sens cuit. Il temps de retrouver le gymnase de Volvic, les guibolles n’en peuvent plus. Je poursuis ma descente aux enfers. Mais non. Tout va bien. Surtout que la pente est devenue moins abruptes. La neige devient moins épaisse. A l’approche du ravitaillement, nous retrouvons des autochtones qui nous encouragent. Vous ne pouvez pas savoir comme cela fait chaud au cœur quand le physique est entamé. Ce n’est pas le moment de s’attendrir. Ravito d’abord. Je zyeute une place assise la plus adaptée à mon état de fraicheur : Pas trop bas, pour ne pas prendre le risque de ne pas pouvoir se relever, pas trop haut, il faut que les pieds restent en contact avec le sol. J’en trouve une à côté d’une spectatrice. Je m’excuse de ce dérangement, elle est obligée de se décaler un peu pour que mon postérieur puisse s’étaler à sa guise,  mais, surtout, de l’odeur de chacal qui m’accompagne ! Jusqu’à maintenant je ne vous avez parlé que de ma respiration. En tant qu’homme délicat, je n’ai jamais épilogué sur ma sudation. Dans une émission scientifique j’avais entendu un professeur expliqué que la sueur n’avait pas d’odeur mais que c’était les bactéries qui étaient sur notre peau qui étaient à l’origine de ces désagréments olfactifs. A mon avis je dois avoir plusieurs bataillons de bactéries sur ma peau ! Fin de l’épilogue. Tout en mangeant et décontractant les jambes, je discute avec ma spectatrice (courageuse !) avant de repartir.

            Il me reste 7 kilomètres à parcourir ; Merci plan Marshall ! Maintenant c’est plus cool : c’est pratiquement que de la descente, la couche de neige diminue à chaque kilomètre. L’allure démarre faiblement puis prend un rythme honnête au vu de l’état du bonhomme. Finalement, j’aurais pu faire les 81 kilomètres, mais cela m’aurait amené à un retour à Volvic très tardif. Je réalise que cela fait un bout de temps que je ne vois plus de balise. Dans l’euphorie de la descente, j’ai loupé le chemin à droite entrainant une file de trailers avec moi : Ils me suivaient à l’oreille, et, pourtant mon hululement est bien loin de l’harmonie des chants des sirènes ! Nous avons tous perdu beaucoup de lucidité en chemin. Il faut faire demi-tour. Et du coup une montée en plus à gravir ! Au fur et à mesure les compagnons d’infortune font demi-tour pour retrouver le chemin balisé. Une barrière est là balisant un chemin. Il nous accompagne vers un ruisseau. La neige disparait assez rapidement pour laisser place à des passages légèrement boueux. Les baskettes retrouvent leur couleur d’origine : couleur boue ! Dommage, la neige les avait lessivées. Il ne reste plus que le bonhomme qui est lessivé ! Nous descendons en file indienne sans dire mot ; Nous attendons plus qu’une seule chose : Voir Volvic et mourir ! Mais non. Voir Volvic et se reposer (mais pas pour l’éternité). Enfin la fin ! Le château de Tournoêl nous annonce que les retrouvailles avec la civilisation est proche. Cela fait bien une bonne dizaine de kilomètres qu’à chaque montée de jambe, une douleur rappelle que les quadriceps sont durs. Que cela ne tienne, un final est un final. J’accélère. Oh pas une accélération à vous décoiffer. Une petite accélération. Quelques dixièmes de kilomètres par heure en plus. Juste pour le moral. Juste pour se dire que l’Auvergne n’a pas eu ma peau ! Je file sur ce chemin qui n’en finit pas. Puis une révélation. Sous un soleil magnifique la statue de notre Dame de la Garde nous indique le chemin à suivre. Faut la croire. Volvic est là à nos pieds. Nous entrons dans Volvic par un chemin tortueux. Plus que … deux petits kilomètres. Puis plus qu’un kilomètre. Plus que 500 mètres. Le gymnase est là après le virage : 200 mètres encore à parcourir. Enfin le Gymnase. J’entends une voix connue : Celle de Sébastien qui m’encourage. Les sacripants ils m’ont attendu. Il faut faire le tour. A l’entrée je retrouve mes secouristes. Je les salue. J’entre dans le gymnase. Je passe l’arrivée. Cuit. Je suis cuit mais heureux.

            Il m’aura fallu 12 heures 23 minutes et 12 secondes pour parcourir les 72,2 kilomètres à 5,82km/h de moyenne.

Pour 350 participants partant pour l’ultra 81km:

Ultra 81km :

Le 1er met 8h30’27’’ (9,46 km/h), un savoyard ! Tandis que le dernier de l’ultra met 13h12’28’’ (6,09km/h).

Ils ne seront que 109 à passer la barrière horaire.

    

Ultra dévié : le 1er met 11h21’18’’ (6,36 km/h). Tandis que le dernier de l’ultra-dévié met 13h10’14’’ (5,48km/h). Quant à moi, je prends la 61ème place.

Nous ne serons que 99 à le terminer.

 

            Après ce récit de l’ultra, il ne faudrait pas oublier la performance de nos deux marathoniens.

            Sébastien Clément 140ème en 5 heures 56 minutes et 36 secondes (7,07km/h)

            Florent Jacquin 151ème en 5 heures 59 minutes et 5 secondes (7,02km/h)

            Sur 343 arrivants, les Beaucerons se positionnent dans la première du tableau sans être des spécialistes de la discipline.

 

            Si les photos vous a enthousiasmé, vous pouvez prendre une rasade supplémentaire en allant sur les liens ci-dessous.

 

Lien photo

https://skydrive.live.com/?cid=2a3eb919a1cac9f4&id=2A3EB919A1CAC9F4!4429&Bsrc=Share&Bpub=SDX.SkyDrive&sc=Photos&authkey=!Ao7zIL_8iKkC3B8

 

Lien vidéo

http://www.trail-de-vulcain.fr/pages/medias/videos.php

 

Un peu plus de lecture

http://www.kikourou.net/recits/recit-14172-trail_de_vulcain_-_72_km-2013-par-nini.html

http://capsulteam.over-blog.fr/article-cr-jeanno-vulcain-2013-ultra-trail-116183178.html

 

Jean-Michel Baud

A bientôt on the road

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