ULTRA TRAIL BRETON 2010

Bonjour,

 

            Il est 19h30 en ce Vendredi 14 Mai. J’arrive juste à mon lieu de destination : Le Pouldu camping du Kérou. Le timing est serré. Il faut : aller à l’accueil pour garer ma moto sur mon emplacement,  aller chercher le dossard, manger puis enfin monter la tente. A minuit le planning est bouclé. Demain c’est le départ du Bretagne Ultra Trail ; soit 117km à parcourir avec un dénivelé de 3100m. Enfin quand je dis demain ce n’est pas pour dire dans 2 heures !  Et oui le départ est à 5h00 et un bus nous attend à 3h00 du matin pour nous amener sur la ligne du départ à Quelven, petit village de la commune de Guern dans le Morbihan. Ca y est le réveil tonne, il est 2h00. Le réveil est difficile : une crampe au mollet gauche apparait et mes cuisses sont légèrement crispées : la position des jambes sur une moto n’est pas top. Mauvais présage….

            Au petit matin je retrouve des trailers bretons (Gérard et Christophe) qui ont participé à la course « le relais des châteaux » en Aout 2009. Le monde est petit. Surtout en Bretagne ! Les 2 bus nous amènent tranquillement à la sortie du village de Guern où le départ doit être donné.

            Nous sommes reçus dans un très joli petit café dénommé « Les Anges ». Bon, nous sommes un peu serrés mais bientôt le parcours va nous donner de l’air. Les organisateurs préviennent : « Attention, garder du jus pour la 2ème partie de la course car elle n’est pas facile ». Pan ! C’est parti les 140 coureurs partent au pied de la magnifique chapelle de Quelven.

            Nous avons 18km à parcourir avant de trouver le premier ravitaillement en eau. Il fait frais quelques degrés au dessus de zéro. Je n’ai pas froid et les jambes ont l’air de dérouler correctement. Je fais attention à ne pas partir trop vite car, à cet instant, le chemin est encore long et on ne peut pas apercevoir l’arrivée ! Elle doit se faire sur une plage : j’attends ce moment avec impatience. Nous traversons bois et villages endormis : il fait nuit, les frontales éclairent les chemins accidentés. Certes le dénivelé négatif (593m) l’emporte sur le dénivelé positif (525m). Mais le terrain présente de belles côtes qu’il faut négocier à faible allure. Je suis parti avec mes bâtons ; pour le moment ils ne me sont pas très utiles. La machine commence à chauffer (bien que diverses petites douleurs apparaissent dans les membres inférieurs), je prévois d’enlever mon coupe vent. Au détour d’un bois, une belle bâtisse religieuse apparaît : je m’arrête pour me changer et prendre une photo (vous pouvez vous aussi vous arrêtez de lire et regarder les photos !). Je suis rejoins par Christophe qui fait de même. Je prends dans mon sac à dos mon vêtement à manche courte technique et sort mon appareil photo. Un signaleur breton est présent sur les lieux : avant de me prendre en photo, il me donne le nom breton de cet édifice. C’est la chapelle Madeleine (je ne sais pas le dire en breton). J’en profite pour manger une banane. Je n’ai pas faim mais dans ce genre d’épreuve il faut devancer la fringale. Une horde de coureurs (une bonne vingtaine environ) surgit des bois, ils passent comme ils sont venus. Puis ledit Gérard apparait à son tour : un salut de courtoisie  est échangé. Pour moi Gérard est un bon repère : j’ai pris la bonne allure pour durer. Bon, cela fait bien10 minutes que je fais du tourisme il est tant de repartir. Christophe m’accompagne. Le jour commence à pointer lorsque nous arrivons dans le village  « An mil ». Nous traversons les maisons à toit de chaume, c’est géant, fantastique, génial quoi ! (vous pouvez de nouveau regarder les photos..).  Et tout ceci dans une forêt magnifique. Mes yeux font oublier les petites douleurs au niveau des jambes. Le premier ravitaillement en eau arrive : les 17,7km ont été bouclés en 2h15 environ. C’est un peu plus que ce que j’avais prévu mais qu’importe le cadre est magnifique. Et... le principal est le plaisir. Le parcours n’a pas été de tout repos non plus. L’arrêt est très symbolique. 2 petits verres d’eau et hop on repart. Il fait toujours très frais et le corps ne réclame pas : très bien élevé ce corps !

            La 2ème section est un peu plus cool, mais cela continu de grimper, de descendre, de tourner et de revirer. Maintenant les montées se font en marchant pour ne pas bruler trop d’énergie. Au passage une petite compote de pomme et une barre de céréale au chocolat permettent de compléter un petit trou dans l’estomac. Quelques portions plus rapides engagent à allonger la foulée. Mais une petite douleur sur le haut des cuisses puis une petite douleur derrière les cuisses calment mes ardeurs. Ces alertes me rappellent qu’il est nécessaire de prendre une pastille de Sportéïne (arnica + sodium). Ces pastilles ont un seul but : éviter les crampes. Sur cette 2ème section, l’alternance des fronts raides et moins raides rend ce trail très agréable à courir dans cette forêt majestueuse. Maintenant le dénivelé positif est supérieur au dénivelé négatif. Juste à l’entrée du deuxième ravitaillement, j’entends : « Allez Jean-Louis ». Je réponds à ces dames : « Ce n’est pas Jean-Louis, c’est Jean-Michel ! ». Ces dames m’acclament à mon tour. Je m’arrête pour grignoter. Le ravito de Bubry est complet. Il m’a fallu 3h25 pour faire ces 27,9km. Christophe est déjà reparti. Je repars à mon tour.

            A partir de cet instant mon cerveau commence à transformer mon métabolisme en poursuiteur. Je me lance à la poursuite de mon collègue Christophe. Le tracé est plutôt roulant jusqu’au moulin de Hédénec. Un tronc est en travers, tel un faon je bondis pour éliminer cet obstacle. Comment ça vous ne me croyez pas ! Si si j’ai sauté par-dessus le tronc. Bon d’accord il n’était pas si gros que ça et p’tre sauté comme un vieux cerf mais je l’ai passé tout de même… Puis arrivent les terres du Bugul Noz, les portions deviennent très techniques. Je vous traduis en langage de Beauceron : il y a plein de gros cailloux qu’il faut contourner ou enjamber. Donc je les passe en marchant, il ne s’agit pas de se casser la figure ! Puis arrivent des devers, des bosses et hauts talus à escalader et descendre : je suis à la peine. Néanmoins, au détour d’une ligne droite, j’ai Christophe et quelques coureurs en ligne de mire : ils ne sont plus qu’à quelques mètres. Les muscles des cuisses me font un peu mal : ils ont perdu leur souplesse légendaire (auprès des petites foulées sparnoniennes). Dans une clairière, un signaleur informe les coureurs de leur place. Je suis 64ème (sur  140 partants) au bout de 5h20 de course. J’essaye de gagner du terrain petit à petit. Lorsque je remarque qu’un des concurrents est aussi à la peine et commence à décrocher le groupe. Cela fait déjà 5 heures que je cours (et marche), pourquoi ne pas faire la course avec ce coureur à une allure modérée. Mais le cerveau commence à gamberger. Je ne vais jamais arriver avant la nuit et je risque d’abandonner. Je pense aux paroles de Gérard (notre Président) : la course c’est les jambes mais beaucoup le moral. Puis ce sont les paroles de mon médecin qui arrivent aux portes de la déraison : «  Quand vous courez, vous fabriquez des endorphines qui occultent la douleur ». Bon alors endormachinchoses venez j’ai besoin de vous car le parcours commence à devenir sélectif. Après quelques minutes de bataille cérébrale, la machine se remet petit à petit en route : je colle au groupe, puis prends le commandement puis me détache de ce groupe. Arrive le ravitaillement en eau et… mon femmes-club ! De nouveau j’entends : « Allez Jean-Michel ». Maintenant, à chaque ravitaillement je vais avoir droit à leurs encouragements.

             La course reprend. A travers des sentiers de sangliers et les rives du ruisseau du moulin de Hédénec, je double régulièrement des concurrents dont une Dame, Anita, qui avait lâché le groupe précédent ; Impressionnante cette Dame avec son allure régulière qui est tenue même dans les côtes. Puis un autre groupe composé de plusieurs hommes et une femme est avalé : les jambes continuent de dérouler. Plus j’allonge la foulée, plus il me semble que les maux des cuisses s’estompent. Nous nous rapprochons du ravitaillement de la mi-course. L’estomac commence à crier famine. Heureusement il ne reste plus que 2 kilomètres. L’estomac peut attendre. Sur un chemin, je vois une Dame qui retient son petit chien. Je lui dis : «  Vous faites bien car j’ai tellement faim que je crois que je l’aurai bien mangé ! ». Je continue donc sans avoir pris mon hot-dog. Je bip à l’entrée du gymnase : je suis à 6h32 de course pour 54,4km pour 1000m de dénivelé. Un peu plus de 8 km/h de moyenne. J’avais espéré parcourir ce trail à 9km/h de moyenne, c’est râpé ! De toute façon le principal est d’atteindre la plage du Kérou et en état ! Bon ce n’est pas le tout mais le ventre est au rouge (le voyant pas la bouteille !). J’entre dans le gymnase en recevant de nouveau une chaude acclamation de la part de trois charmantes bénévoles (voir la photo). Je réponds à cette ovation par : « Enfin des connaisseuses ! ». Rires dans la salle. Je m’approche du buffet. J’engouffre tout ce que je trouve sans me préoccuper des conventions habituelles : entrée,  plat, fromage puis dessert. Je mange dans un désordre total. Je fais un break pour des étirements. Je reprends le remplissage de l’estomac. Puis je m’assois pour me masser les cuisses. Je reprends encore ma libation de solide ! Voilà 30mn que je fais le plein, il est temps de repartir et quitter cette première partie concoctée par Christophe Malardé. Ces 55km ont été fabuleux  aussi bien du point de vue du trail que du point de vue du panorama.

            Je sors du gymnase. C’est très dur. Je dois monter quelques marches pour reprendre la route. A la sortie de ces marches une chaise vide. Je m’assois. J’en ai plein les chaussures (ce sont des trails pas des bottes !)  Je les quitte et les vide de tous ces petits résidus de bois et de quelques cailloux qui vous font souffrir votre voute plantaire à chaque fois que le pied retrouve le sol. Du coup, je repars une nouvelle fois avec Christophe. Oulala ! J’ai du troqué mes jambes contre des poteaux ! Le premier kilomètre se déroule clopin clopan. Je me demande si je n’irais pas plus vite en marchant. Omniprésent les endormachinchoses font leur travail. La foulée revient. Les difficultés aussi ! Il faut franchir une nouvelle fois des murs mais aussi une petite zone marécageuse. Le casse-patte recommence. J’ai de nouveau lâché Christophe. Les organisateurs ont décidé d’avoir nos peaux. Je marche dans tous les tracés techniques même si c’est plat. J’attends les voies express pour relancer. Et lorsqu’il s’agit de relancer c’est très dur : les cuisses sont meurtries et bridées. Il me faut un peu de temps pour les remettre en route. Je rattrape 2 concurrents. Je les suis dans un chemin plein d’herbes. Puis je passe devant. Et patatra je me retrouve par terre. Le pied gauche (cela ne pouvait être que lui) vient de buter contre une pierre. Déséquilibré, je viens de faire un roulé-boulé. Du coup, je me replace derrière et attend de retrouver une véritable voie express. Lorsque la mécanique est de nouveau rodée, pof, il faut s’arrêter devant un mur ou un passage technique. Notre peau, ils veulent notre peau : au ravitaillement une bouteille de gnole (véridique regardez les photos) attend ce qui désirent mourir sur place ! La nature est toujours un enchantement. La vallée de la rivière Scorff (c’est juste pour rappeler que nous sommes en Bretagne) fait oublier les douleurs. Quelques pêcheurs nous regardent passer.  Nous changeons de rive pour revenir sur nos pas. De nouveau du dénivelé. Les organisateurs nous avaient prévenus : il fallait garder du jus pour la deuxième partie. Personnellement, j’en fabrique plus que j’en ai ! Le cerf est devenu un vieux bouc p..ant. Un petit ruisseau rafraichit les pieds et nettoie les chaussures. Je le traverse et m’arrête devant un mur. Je lève puis tourne la tête. Je vois qu’à quelques encablures nous revenons sur le ruisseau. J’évite le mur et remonte le ruisseau. Puis arrive un lieu où la fatigue laisse place à l’émerveillement : les Roches du Diable. On y accède en suivant la rivière Ellé. Faites comme moi arrêtez vous et appréciez le paysage. Vous pouvez aussi aller voir d’autres photos sur les sites donnés en annexe. Donc après un passage sur des pontons en bois et  un sentier accidenté et parsemé de racines, je pose mes bâtons pour photographier ces roches bien rondes encerclant l’Ellé. BOB Le Bouhellec (photographe du challenge et de toute évidence Breton) profite de mon arrêt pour me mitrailler. Il faut repartir : un ravitaillement et un marathon m’attendent. L’eau va se mériter : elle se situe tout en haut d’une belle ascension. J’arrive sous les vivats de mon femmes-club (non je n’ai pas vu Jean-Louis !).Le petit chien est là lui aussi et il se cache le méfiant ! Je m’arrête longuement : j’ai soif et je dois manger. Christophe et son groupe arrive. Je donne un cachet de Sportéine à Christophe qui souffre de crampes. Ils repartent sans moi. Je continue de me restaurer.

             Encore 23 km avant Quimperlé et son ravitaillement en dur. L’Ellé nous la suivons, la quittons pour faire encore un peu de grimpettes et la retrouvons. Une guerre d’usure. C’est quasiment étonnant de pouvoir encore courir avec mes cuisses douloureuses. Même les petites côtes sont avalées en courant. De nouveau, je rattrape le groupe de Christophe. Hormis au moment des ravitaillements, aucun courir ne m’a doublé depuis une quarantaine de kilomètres. L’arrivée de Quimperlé se fait dans la douleur : l’étonnement est terminé ! Je ne vois que des visages exténués parmi les coureurs. 13h26mn en 96,4km. J’avale goulument des pattes d’amande pour réactiver le moteur. Je m’allonge pour reposer ce qui reste de la carcasse. Je vois arriver tous les concurrents doublés arrivés les uns après les autres. Nous sommes nombreux à prendre du repos. Les bénévoles nous encouragent et nous informent : beaucoup d’abandons (pas étonnant) et le premier a mis 2 heures de plus par rapport aux prévisions des organisateurs (là cela fait plaisir).

            Bon on repart pour la « der des ders ». Les dents sont maintenant serrées, il va s’agir de tenir. Je reste un petit moment avec un camarade d’infortune. Puis l’histoire se répète (vous en avez peut-être marre ?!?), les jambes repartent. Ca continue de monter et d’être casse-patte. Jusqu’au bout… Au bout d’une montée, je suis arrêté par une barrière en bois. Des personnes me regardent avec pitié. JE ME SUIS PLANTE !!!! Ils m’informent que j’aurais du prendre un chemin à gauche. Tout d’un coup, je vois mon moral descendre dans mes chaussettes. Bon, voyons le bon côté des choses : le demi-tour va s’effectuer en descente.  Je remonte mes chaussettes (c’est toujours ça) et je repars inquiet ; vais-je retrouver mon chemin ? Puis la délivrance, les balises sont  là bien visibles. J’arrive au dernier ravitaillement. Plus de femmes-club. Jean-Louis a du abandonner. Je téléphone à ma femme qui attend mon coup de fil. « Allo, tu es arrivé. Non, j’ai un peu de retard ! Il me reste encore 13 km à faire. Il me faudra surement 2 heures pour les parcourir. » Je finis de me restaurer avant de repartir

            Les dents sont toujours serrées. Le trail est un éternel recommencement : c’est dur mais je rattrape des concurrents. Les murs à franchir sont moins hauts mais leurs franchissements sont pénibles. Enfin un chemin roulant, je rattrape 2 concurrents : nous faisons cause commune. Un 4ème nous rejoint. Je donne le tempo : on court lorsque c’est à peu près plat et on marche dans les faux-plats montants. Et… Enfin… la mer. La plage de sable puis on remonte sur les chemins côtiers et l’arrivée. Il fait sombre, la nuit arrive, il est 22h05. Je suis parti depuis 17 heures 0 minute et 43 secondes ! 117 kilomètres, 3100 mètres de dénivelé, 1 chute, 1 erreur de pilotage et plein de paysages bretons dans la tête. Il ne me reste plus qu’à me restaurer, me doucher et me coucher.

Merci à BOB Le Bouhellec (photographe du challenge), à Pierre Yves Douguet de Briecet et à Christophe Faligon pour les photos mis en ligne gracieusement.

Bravo à Texier Yann de l’ACP Baud (je ne pouvais pas ne pas le mentionner !) qui a réussi à passer le premier la ligne d’arrivée en 12 heures 30 minutes et 0 seconde.

Vous pouvez aller sur les adresses suivantes pour trouver d’autres photos :

http://trailarmorargoat.canalblog.com/archives/2009/10/27/15589248.html (adresse du site Armor Argoat)

http://gourincourt.site.voila.fr/but2010/bretagneultratrail1.html  (accès aux photos de Bob)

http://www.photosportouest.com/2010_Bretagne_Ultra_Trail--617--22-fr-f.html   (accès aux photos professionnels de Yves Mainguy)

 

JMichel Baud


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