UTMB 2010

Bonjour,

L’UTMB (ultra trail tour du Mont-Blanc) : une aventure de 166km avec un dénivelé de 9500m : Ca monte un max ! On n’atteint pas encore la lune (elle se situe environ à 384 000 km) mais bon mes jambes ne carburent pas non plus à l’année lumière… Ces 9500m de dénivelés sont repartis sur 10 cols. Nos pieds vont fouler 3 nations : La France, l’Italie puis la Suisse.

Il est 3h15, le soleil n’a pas encore donné rendez-vous à la lune, je pars sur mon bolide : une moto (pas une fusée !). Le temps est toujours aussi dégueu….. La météo a annoncé du bon temps sur Chamonix ; La pluie devrait arriver Dimanche. Effectivement, en ce Jeudi 26 Août, il fait très beau et chaud : cela change de l’Eure et Loir ! Je plante ma tente au camping « les cimes » et je m’en vais chercher mon graal : mon dossard. La météo annonce de la pluie pour Samedi matin ou après-midi. Ça se gatte…

Vendredi 27 août, le temps a changé : de gros nuages arrivent. Nous essuyons un bel orage matinal (enfin moins matinal que moi). La tente tient bon. Seules quelques gouttes pénètrent à différents endroits : C’est que ma tente a roulé sa bosse sur une bonne partie de l’Europe (c’était dans ma jeunesse). Enfin, il est temps pour moi de partir pour Chamonix. Je ne sais pas si c’est l’altitude ou si c’est l’émotion, mais, on peut dire que ce jour là mon cerveau n’était pas au mieux de sa forme ! Je vous relate. Après avoir vérifié le contenu de mon sac à dos (impérativement, il faut du linge de rechange, une casquette ou un bandana, une couverture de survie, deux frontales avec des piles de rechange, un sifflet, des bandes élastiques, un téléphone portable, 1,5 litre de boisson et de la nourriture), après avoir placé des affaires de rechange, de la nourriture et le nécessaire de toilettes dans un sac supplémentaire (il sera présent à Courmayer et à l’arrivée), je pars prendre le train. Sur le parcours, je refais la check-list dans ma tête et … Nom de Dieu de Nom de Dieu, j’ai oublié mon sac de rechange à déposer à la consigne ! Demi-tour. Bon, il ne pleut plus, c’est toujours ça. Donc je récupère mon sac et me revoilà reparti. Enfin Chamonix ! Bon je me dirige vers le lieu du départ, après avoir donné mon sac. Lorsque, sacré bon sang de bon soir, je suis parti sans mes bâtons. Heureusement que je suis parti avec plusieurs heures d’avance. Donc auto-stop pour aller récupérer mes bâtons et je profite de la gentillesse de mes voisins de camping : il me ramène sur Chamonix.

Il est 17h00, je suis à la pasta-party. Je me restaure. Il est maintenant 17h30, je suis sur l’emplacement du départ avec mon attirail au complet. Les nuages sont de plus en plus menaçants. Quelques gouttes tombent. Je sors mon Pancho. Ca y est, le rêve approche. La musique de l’UTMB démarre. Mon organisme absorbe cette énergie qui sera surement très utile dans peu de temps.

18h30 sonne. Le speaker annonce 1, 2, 3. La foule crie : « U T M B ». C’est magique. Et nous ne partons pas ! Et oui, je suis au fond du peloton et la file est longue : plus de 2300 coureurs se sont engagés dans cette folie. Le démarrage se fait très lentement. C’est ce que je désirai : il ne s’agit pas de se griller dans les premiers kilomètres. La foule est présente et nous encourage. Au passage, un barman nous tend des bières. Personne n’en prend. Moi si. Je me saisie d’un verre. La foule hystérique hurle alors et applaudit. Je bois quelques gorgées : un peu de bière c’est bon pour les ultras. J’enlève mon Pancho : il fait chaud là-dessous. Je trottine. La pluie se remet à tomber. Maintenant, les gouttes deviennent de plus en plus agressives. Je remets mon Pancho pour la 2ème fois.

Nous passons un pont pour atteindre la montée du col du Voza. Le début se fait sur route bitumée. De nombreuses personnes nous encouragent. Je m’arrête pour prendre quelques photos. Cela permet aussi de ne pas se laisser griser par la vitesse. Il faut monter piano piano. Je n’oublie pas que je pars pour 30/40 heures de course ! Le ciel est bouché. Brumes et nuages se mélangent. J’observe cette vallée. Le temps a beau être très maussade, les couleurs gris argentées et bleu nuit sont enchanteresses. Maintenant, nous laissons le bitume. Ça grimpe fort, plus de 10% de dénivelé. Les bâtons se mettent en action. Je les plante devant moi et pousse fort dessus. Je les ramène devant moi dès que mes pieds sont à leur hauteur. Au début, dans les faux-plats je me remettais à trottiner. Mais, le cerveau (il devient fonctionnel !) me dit : « ne suis pas ce gars, tu vas t’y perdre ». Donc tous les faux plats suivants se font en marchant, c’est plus sage. Les jambes ne ressentent aucun effort et je double tranquillement. Allez zou encore une photo. Que la vallée est petite ! La nuit est là avec les lumières de la civilisation. C’est beau, j’ai bien fait de venir. Il est 21h, un petit coup de fil à ma femme : « tout va bien, à demain. Si tu veux je te téléphone vers 5h00 du mat ! ». Nous sentons la fraîcheur, cela me fait du bien. Nous montons encore et encore. Je continue de doubler (je me fais doubler aussi).

Altitude 1800 mètres, nous descendons. La boue est de la partie. Les savoyards doivent être heureux, eux qui aiment la glisse ! La boue ne me gène pas, il faut dire que j’en ai eu mon sous au trail de l’Origole. Je prends les bords : il y a de l’herbe. Les trails accrochent. Le rythme des bâtons dans la descente a changé : ils restent toujours bien devant moi et le mouvement des bâtons est devenu rapide. Cela fait : tchac, tchac, tchac, tchac…. Je suis toujours dans la même situation que la montée : je double tout en me faisant doubler. Les muscles des jambes commencent à se faire légèrement sentir. Pas de douleur, mais il vaut mieux réduire l’allure. Puis un oiseau de mauvaise augure me double en disant : « ne vous pressez pas, la course est annulée ». Je ne le crois pas ou ne veux pas le croire. Nous continuons la descente vers Saint-Gervais. Puis un groupe de quelques coureurs me rattrape avec la même ritournelle. Là, le doute s’installe. Je me rapproche de Saint-Gervais. J’entends une activité anormale pour un ravitaillement. Un haut-parleur crache des informations ; Je ne peux pas distinguer les paroles. Ça sent effectivement le roussi.

Il est 22h00 environ. J’arrive en pleine effervescence. Les paroles sont devenues claires : la course est annulée. De gros grains sur le col du Bonhomme et de Sègne ne permettent pas d’assurer la sécurité. Pas de départ demain. Il faut aussi surveiller son portable. Des informations seront fournies par SMS. Forcément, la déception est grande. Mes premières pensées vont vers ces hommes et femmes qui ont parcouru la moitié de la terre pour participer à la Mecque du trail : japonais et australien doivent être effondrés. Je me restaure, puis on nous fait patienter dans une grande salle ouverte pour l’occasion. Nous attendons que la logistique de rapatriement sur Chamonix se mette en place : il faut aller réveiller chauffeurs de bus, de tramway et/ou de SNCF. Puis une annonce de départ pour prendre le tramway puis le train est faite. Je suis la foule sans avoir compris la totalité du message : le cerveau flancherait-il de nouveau ?!? Nous nous trouvons agglutiné devant l’arrêt du tramway. Deux voitures nous attendent. Je ne peux pas monter. Il faut attendre de nouveau. Elle est un peu longue l’attente mais c’est tout à fait compréhensible. L’ambiance est plutôt bonne au vue de la situation. Enfin un 2ème tramway arrive. Je ne peux toujours pas monter. Tout d’un coup, la possibilité de passer la nuit à Chamonix s’envole d’un trait : déjà un nouveau tramway apparait. Je pars avec ce troisième tramway. Il reste encore beaucoup de monde sur le quai. Des petites lumières apparaissent sur notre gauche durant la descente du tramway : des trailers font le chemin à pied. La correspondance est là et elle nous attend ; Plus efficace que les transports Eurélien et Transilien réunis, désolé Denis !!! Nous courons un peu (il faut se remettre dans l’ambiance de la rentrée !). Je monte et trouve une place assise. Nous partons pour Chamonix. Le train est bondé : ambiance rentrée quoi !?! Allez les dernières photos souvenirs : clic clac et on range définitivement l’appareil photo. Une bonne surprise m’attend : dans la vallée, le train assure les arrêts. Je ne vais pas être obligé de rentrée à pied au camping.

Il est 1h00 lorsque je suis enfin prêt pour rejoindre Morphée. Le sommeil ne se trouve pas facilement. Il est tard, ou tôt au choix, quand je réussi à fermer les yeux. Tant pis, je n’ai pu voir Morphée. Elle a du repartir d’un coup d’aile. J’ai du dormir deux petites heures. Le moral est en berne ce matin. Je prépare mes affaires pour rejoindre ma petite famille Gallardonnaise. Mes voisins en peine pour moi, me proposent de prendre un café et une nouvelle fois de me conduire sur Chamonix. Il est environ 9h00 lorsque je récupère mon sac resté à la consigne. Entre temps j’ai pu voir le dernier car partir pour Courmayeur. En fait, dans la nuit nous avons reçu un SMS : on nous propose de prendre le bus à partir de 6h30 pour Courmayeur. Ainsi, l’organisation, toute la nuit, c’est sacrément démenée pour rapatrier nos sacs à Chamonix et proposer une solution de secours (le temps le permettant). La CCC (Courmayeur-Champex-Chamonix) a été retardée et a accueilli non seulement les coureurs de l’UTMB mais aussi les coureurs de la TDS (Traversée des Ducs de Savoie).

Je suis déçu et frustré par cet orage qui a stoppé cette aventure. J’ai l’habitude de combattre ma nature mais la Nature, elle, restera toujours la plus forte.

A plus tard et bonne saison à tout le monde.

JMichel



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